Ma réponse sera assez simple, Gaspard : est-ce que la morale se transmet par les gènes ? Non. Chaque individu naissant ne peut profiter d’une capitalisation du pouvoir éthique de tous ses devanciers ; il a tout à refaire. D’où l’intérêt, la nécessité de l’éducation.
Autant il profitera du progrès médical dès sa plus tendre enfance, autant vis-à-vis de l’éthique, il aura tout à intégrer... ou pas. Il y a donc de nos jours de parfaits salopards, comme il y a trois mille ans, côtoyant déjà à l’époque de véritables saints, comme aujourd’hui.
Il y a un biais proprement contemporain à tomber dans l’historicisme et le progressisme béat parce qu’on a su au fil des siècles condamner l’esclavage et donner à la femme la place qui lui revient (je ne vous mets pas dans le même sac, vous valez bien mieux, évidemment), biais dont je me méfie, rien n’étant acquis définitivement du fait de notre condition de mortel, tout dépendant de la qualité de l’éducation, qui est en berne de nos jours. Donc... gare !
Je crois que votre putative confiance en un constant progrès spirituel de l’espèce n’est pas étranger à votre sensibilité à Steiner. Je répète donc que l’on déborde ici le cadre de la philosophie, ce qui me convient, pour aborder des contrées plus ésotériques. Et à ce moment-là, la croyance en une vie zen après la fin de celle-ci est tout aussi recevable, elle aussi insistant sur la futilité d’une vie politique terrestre...