@ Jean :
Mes exemples sont tout ce qu’il y a de plus concrets. Vos références, en revanche, sont toutes du même tonneau. Je pense qu’il faut aller chercher partout le meilleur, non s’en tenir à une école de pensée, qui plus est une école qui néglige totalement les travaux d’anthropologie et qui vivote sur le mythe du marché ante-diluvien.
Je vous avais déjà posé la question sans avoir de réponse, mais sur votre échelle de confort des peuples, où placez-vous l’homme des sociétés archaïques, celui qui vit à moitié nu de ce que la nature lui offre ? Croyez-vous qu’il était pour autant plus malheureux que son homologue moderne, avec tous ses gadgets sophistiqués et l’échange d’une espérance de vie plus importante contre des maladies qu’on ne connaissait pas avant ? Je ne suis pas en train de vous dire que c’était mieux avant, je vous dis simplement qu’il est vain de considérer que nous sommes sur la bonne voie parce que nous avons doublé l’espérance de vie et multiplié ces gadgets comme des petits pains. Le "sauvage" en pagne n’avait certes pas le confort, mais il ne baignait pas non plus dans l’envie perpétuelle. Il n’était pas bien loti, mais il n’était pas frustré non plus. Nous, nous sommes et l’un, et l’autre, et notre système s’est rendu tellement esclave de lui-même qu’il ne survit qu’au travers des envies des uns et des autres exaucées au jour le jour. Ainsi n’avons-nous plus d’autre choix que de consommer chaque jour davantage. Ce constat, je le tends aussi bien au nez du libéral que du socialiste, cul et chemise en la matière.
Maintenant reprenons l’exemple que vous trouvez caricatural. Je vais être précis :
Y a-t-il oui ou non des enfants doués au sein de familles de cas sociaux ?
Ces enfants ont-ils oui ou non le droit à une instruction digne de leur potentiel ?
Le cas échéant, n’est-il pas évident qu’une telle instruction a un prix ?
Dès lors, qui va la leur offrir ? Milton ? Hayek ? Leurs descendants ? Le mont-de-piété ? Devront-ils s’endetter dès leur majorité, voire se prostituer ?
Vous me parlez du chèque éducation, fort bien. Mais vous savez que malgré cela, il y aura toujours de bonnes écoles et de nettement moins bonnes. Ces écoles auront toutes la liberté de discriminer les élèves qu’elles accepteront en leur sein et quelque chose me dit que certaines catégories seront d’office repoussées. Une fois que les places dans les bonnes écoles auront toutes été prises par des parents vivant en zone pavillonnaire - et dont les enfants, d’ailleurs, ne seront pas forcément les plus doués qui soient - où échoiront fatalement les autres ? Que faut-il faire alors ? Fermer les écoles les moins bonnes et doubler la superficie des meilleures ? Sans compter, bien sûr, que jamais un chèque scolarité ne permettra de recouvrir entièrement les frais engendrés...
Bref, il faut que vous compreniez une chose, une chose très simple dont ne parlent pas les gens que vous avez cités : il y a une fracture anthropologique entre ceux qui pensent que l’individu est un préalable à toute société (libéraux et socialistes, les frères ennemis), et ceux qui pensent que l’individu est le produit de sa communauté d’appartenance, la nation. Vous faites partie des premiers, je fais quant à moi partie des seconds. Dans le premier cas, le chacun pour soi est de rigueur entre ayants droit (ce qu’ont du mal à comprendre les socialistes), dans le second, tout potentiel individuel est pris en compte, quel qu’en soit le coût, car la communauté a autant de devoirs envers l’individu que celui-ci n’en a vis-à-vis d’elle. Je veux dire par là que d’un côté chaque individu doit contribuer en fonction de ses capacités au capital commun (et je ne parle pas uniquement, ni en premier lieu d’argent), de l’autre chaque capacité se doit d’être mise en valeur grâce au capital commun. Un patriote ne peut que l’entendre ainsi. Au-delà de toute référence martiale, le patriote est attaché à la santé et à la vigueur de sa patrie, santé et vigueur qui ne seront entretenues au mieux que par l’attention portée à l’actualisation des potentiels de chacun de ses membres, en tant que parties intégrantes. Dans cette optique, la sécurité "sociale" a sa raison d’être, non pas pour soigner tous les déshérités de la terre, mais par solidarité envers un membre de la nation qui tombe malade et se retrouve dans le besoin. Rien à voir donc, ni avec la logique des libéraux, ni avec celle des socialistes, éternels bouffons des premiers.