-Je fais partie
des 99 % qui ont visionné les deux précédentes vidéos et qui n’ont pas été voir
les liens. Mais il y’a une raison à cela (on pourrait dire que c’est une excuse
mais je ne pense pas du tout que ce soit le cas car si c’était à refaire, j’agirais
de la même façon). Et cette raison est très simple : il m’a semblé que le centre
du débat n’était pas les attentats en eux-mêmes mais l’approche méthodologique
permettant d’aborder ces attentats. Je n’ai donc pas ressenti le besoin de m’attarder
sur les faits (puisque ce n’était pas vraiment le sujet, ils étaient tout au
plus un prétexte pour analyser les méthodes de traitement d’un événement ) et
je ne le ferai pas plus ici , par contre j’ai fait quelques petites recherches
( mais vraiment pas grand-chose ) sur des questions épistémologiques qui
étaient abordées et qui me semblaient confuses
( du genre : le rasoir d’Okham permet-il de considérer que l’explication
la plus simple est la plus plausible ou alors est-ce une procédure logique qui
se limite , pour des raisons de dépenses d’énergie , à examiner en premier
l’explication la plus simple avant de passer à l’examens d’explications plus
complexes ? Comment déterminer que telle ou telle autre hypothèse est plus
simple qu’une autre dans une affaire aussi complexe que les attentats du
11 septembre ?) Il m’a semblé que le centre du débat était ces questions d’ordre
méthodologique.
- Sam dit
que la méthode d’instruction d’un dossier judiciaire relève de la démarche
scientifique. Ce n’est pas faux mais il y’a un point qu’il évacue beaucoup trop
rapidement dans cette vidéo, c’est la spécificité de la procédure judiciaire. Car,
qu’on le veuille ou non, la procédure judiciaire a ses spécificités, on ne peut
pas traiter par exemple de la véracité des liens entre Ben Laden et les
attentats du 11 septembre comme on le ferait sur le plan physiologique sur les liens entre le diabète et l’obésité. Après de nombreuses recherches,
l’explication la plus parcimonieuse désigne la graisse abdominale et pelvienne comme
le facteur de risque principal du diabète de type IIa, c’est à ceux qui
contestent cette hypothèse d’apporter la preuve qu’elle est fausse mais jusque
là , le consensus physiopathologique mettra cette graisse au centre de la
pathogénèse du diabète IIa. Mais on ne peut pas agir de la même façon pour la
procédure judiciaire : ce n’est pas parce que l’explication la plus
parcimonieuse désigne un coupable que ce dernier doit être considéré comme coupable,
il existe en droit le concept de présomption d’innocence. On ne peut pas condamner
par exemple un homme pour un meurtre parce que l’explication la plus parcimonieuse
est qu’il a commis ce meurtre, la preuve de sa culpabilité doit être établie et la
charge de la preuve dans ce cas revient à ses accusateurs et l’homme sera
considéré comme innocent jusqu’à ce qu’elle soit faite, le juge ou le jury doit
être certain que l’accusé a commis l’infraction qu’on lui reproche avant de le
déclarer coupable. De là l’expression « hors de tout doute raisonnable ». S’il
subsiste un doute raisonnable dans l’esprit du juge ou des jurés, l’accusé doit
être acquitté.
Reopen est
un groupe qui demande la réouverture d’une enquête judiciaire. C’est dans cet esprit
que ce groupe affirme que la charge de la preuve de la culpabilité de Ben Laden
revient à ceux qui l’en accusent. C’est la raison pour laquelle Reopen répond (maladroitement,
il aurait fallu le formuler différemment) que la question n’est pas de savoir
quelle est l’hypothèse la plus parcimonieuse mais quelle est la bonne. C’est aussi
la raison pour laquelle Reopen ne dit qu’il vaut mieux dire qu’on ne sait pas
au lieu de valider une hypothèse parce qu’elle serait la plus simple, sur le
terrain probatoire judiciaire ça ne fonctionne pas comme ça. C’est aussi la
raison pour laquelle Reopen, au lieu de dire ce que serait une preuve de la culpabilité
de Ben Laden , dit plutôt ce qu’une telle preuve ne peut pas être ( aveux obtenus
sur la torture , vidéos trafiquées etc. ).
Il faudrait à ce stade du débat arrêter de parler de « méthode
scientifique » car cela induit une confusion qui consisterait à amalgamer
par exemple le traitement d’une affaire judiciaire et l’analyse d’une hypothèse
en physique sous prétexte que le champ judiciaire et le champ de la physique se
traitent tous deux par la méthode scientifique , ce qui permet d’évacuer les spécificités
de chacun de ces champs. Je conseillerai à Sam et à Reopen de se limiter à parler par exemple de "méthode
critique "ou de "méthode rationnelle" , car je sens bien qu’à un moment donné ,
la confusion sera telle qu’ils ne se comprendront plus du tout au point de ne
plus parler des mêmes sujets …