@Laconicus
« Il
m’avait semblé comprendre de votre propos que vous estimiez que ce qui est
objectif peut plus facilement se légaliser : par exemple un tas d’ordure
donc la toxicité est bien objective ».
------>
Non, je vous disais que même les personnes les plus libertaires que je connais
ne défendent pas une liberté absolue sachant que son exercice pourrait mettre
en péril la sécurité des biens et des personnes ainsi que leur santé. Je ne disais pas qu’il fallait évacuer toute
subjectivité des choix politiques, je m’oppose même à cette logique qui est
très présente dans le néolibéralisme. Ce n’est pas pour autant que j’estime que
n’importe quel ressenti, surtout lorsqu’il consiste à restreindre des droits,
est légitime, fusse -t-il majoritaire. Pour prendre un exemple caricatural, je
serais en opposition radicale à une majorité qui justifierait la mesure de
réduire une minorité en esclavage par son ressenti.
« Disons
que le voile chariatique entre plus nettement en conflit avec une république de
neutralité religieuse dans un espace officiellement républicain... »
------> Non.
La neutralité religieuse n’a rien à voir là-dedans, elle ne concerne que l’Etat
et ses agents, pas les usagers. Puisque vous justifiez l’interdiction du voile
en vous appuyant sur le ressenti majoritaire, à quoi rime la limitation de
cette interdiction aux espaces officiellement républicain ?
« C’est
une imbécillité car la quenelle d’une part n’est pas un signe nazi et d’autre
part s’inscrit parfaitement dans la tradition populaire de l’humour gaulois
grossier »
------>
Et pourtant, on pourrait utiliser pour l’interdiction de la quenelle exactement
les mêmes arguments que ceux que vous utilisez pour l’interdiction du voile. Vous
dites que ce n’est pas un signe nazi mais ce geste est de fait interprété comme
tel ( comme vous, vous interprétez que le voile est un appel à la soumission
indépendamment de la signification que les femmes qui le portent leur donnent ),
et le seul fait de donner l’impression de faire en bande organisé la promotion
de quelque chose de détestable va créer un désordre public qui tournera mal. La
question n’est pas de savoir si la quenelle a une signification nazie, magique
ou je ne sais quoi d’autre pour les quenellistes. On s’en fout : la
société veut juste de pas avoir une personne qui pue en public parce que
l’odeur pénible est perçue par l’entourage et que cela donne envie de vomir.
C’est la même chose pour certains gestes qui sont ressentis comme déplaisants
et même insupportables. On pourrait ainsi dire que l’important est de bien
faire comprendre que la France n’est pas une terre vierge à prendre pour en
faire ce qu’on veut mais un pays qui a une histoire et qui a vu nombre de ses habitants
juifs déportés pour être exterminé du seul fait de leur judéité. La société
doit donc prendre une disposition juridique pour mettre fin à cette nuisance. Eh
oui, cette disposition pourra peut-être ensuite être utilisée pour réduire la
liberté d’autres personnes et cette fois de manière abusive. Mais à qui la
faute, à l’origine ? Réponse : au premier con égoïste, c’est-à-dire le
quenelliste. Les sociétés sont obligées d’en passer par des formulations juridiques,
des contraintes, des sanctions, pour limiter autant que possible les
comportements pénibles des gens qui se donnent tous les droits et qui trouvent
normal que ce soit aux autres de supporter leurs nuisances. Car ce geste est
imposé visuellement à des gens qui le détestent pour de bonnes raisons.
Vous allez
me répondre que la majorité des Français n’est pas opposé au signe de la
quenelle mais premièrement, vu le matraquage médiatique autour de ce geste, ça
ne m’étonnerait pas qu’une majorité en ai la vision du CRIF. Et deuxièmement,
comme je l’ai répété à plusieurs reprises, restreindre des libertés en
prétextant des ressentis majoritaires ou minoritaires, pour moi c’est du pareil
au même, je ne choisis pas entre tyrannie de la majorité et de la minorité, je
les rejette avec la même intensité. Ma position pour le signe de la quenelle
est la même que celle du voile : ce sont des imbécilités.
« Les
Gilets Jaunes ont été soutenus ou considérés comme un mouvement inspirant la
sympathie par près de 2 français sur 3 (72 %) ».
------> Oui mais ça ne fait pas de ce mouvement une majorité et ensuite ce taux de sympathie
est tombé dans les limbes au fil des semaines. Bref, je ne vois pas ou vous
voulez en venir avec cet exemple.
« J’ai
seulement inversé votre phrase pour montrer sa réversibilité, et pour indiquer
que cela ne fait pas avancer le débat ».
------> Récapitulons :
vous me dites que l’interdiction du voile permettrait de prévenir la dégradation
du capital social. Je vous réponds que vous avez tort et qu’au contraire ça l’aggraverait.
Votre
affirmation ferait avancer le débat mais pas ma contestation ? Moi il me
semble que c’est bien ça le débat car nous ne sommes pas du tout d’accord. On
peut toujours inverser nos phrases et montrer leur réversibilité mais ça ne
change rien au point : je ne trouve pas votre argument de prévention de la
dégradation du capital social pertinent pour les raisons que j’ai expliqué.