Le problème est plus profond qu’une mauvaise gestion. Comment imaginer que dans un marché "libre", où chacun fait ce qu’il veut (ou peut, plutôt), sans concertation avec ses futurs concurrents, la demande va coïncider avec l’offre ?
Ah, j’oubliais, on va faire varier les prix. Si l’offre est insuffisante, on va faire monter les prix. A-t-on vraiment résolu le problème ? Non, on a empêché ceux qui ont moins de moyens de consommer ce qu’ils voulaient... Si l’offre est excédentaire, on jettera l’excédent (pas d’autre choix à court terme) et puis on diminuera les prix (et tant pis si ça ne permet plus aux éleveurs de rembourser les investissements qu’ils ont réalisés pour produire des oeufs : car avant de se lancer, ils ont estimé que les prix resteraient à peu près stables, comment faire des projets autrement ?).
Dans l’ensemble, croire qu’on est libre parce qu’on peut entreprendre est parfaitement idiot. La meilleure étude de marché (comme celle faite pour le A380) peut se retourner très vite et devenir parfaitement déconnectée du monde réel qui ne fait que changer.
S’il n’y avait qu’une entreprise France, avec, disons, une assurance que les gens de bonne volonté mangent toujours à leur faim avec un logement décent, alors on pourrait vivre sans stress en arrêtant d’accumuler pour des lendemains incertains. Mais voilà, mettre tout le monde en concurrence et vivre dans un climat perpétuel de peur, c’est bon pour la soumission, pardon, c’est ce qu’on doit prendre pour de la liberté. On en a de la chance, d’être libre.