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Hassan Nasrallah répond à Netanyahou : l’Axe de la Résistance est prêt à la guerre

Entretien du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 26 janvier 2019, avec Ghassan Ben Jeddou, fondateur de la chaîne panarabe et anti-impérialiste Al-Mayadeen.

Cette interview en direct a duré plus de 3 heures.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=8me1_jvBxvg

Traduction : sayed7asan.blogspot.fr

 

 

Transcription :

Ghassan Ben Jeddou : [...] Pourquoi avez-vous gardé le silence depuis le 10 novembre dernier, et décidé de prendre la parole aujourd'hui ?

Hassan Nasrallah  : Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

De toute évidence, ce silence, ou le fait que je me sois tenu à l'écart des médias, n'ont rien à voir avec des problèmes de santé, et je reviendrai sur ce point dans quelques instants, car durant cette période, on s'est souvent enquis de mon état de santé, mais je confirme que tout ce qui a été dit (dans les médias israéliens) n'est que mensonges sans aucun fondement de vérité. Mon cerveau, mon cœur [Rires], mon corps, et avant cela mon âme et mes facultés intellectuelles, avec la grâce de Dieu, mes sens, tout va pour le mieux. Je ne souffre d'aucun problème de santé, et je n'ai pas eu le moindre souci de santé.

Ghassan Ben Jeddou : Vous n'êtes pas allé (vous faire soigner) à Shiraz (Iran) ?

Hassan Nasrallah : [Rires] Si seulement c'était vrai (Shiraz est l'une des plus belles villes d'Iran) ! Mais rien de tout cela ne s'est produit. Au contraire, dans un démenti précédent, j'ai dit à ceux qui s'enquéraient auprès de nous ou à ceux qui répandaient ces rumeurs que de base, je n'avais aucun problème de santé, Dieu merci, malgré le fait que je viens d'atteindre la soixantaine. Et Dieu merci, par la Grâce de Dieu le Très-Haut et l'Exalté, je ne souffre d'absolument aucun problème de santé, et tout ce qui a été dit n'est que mensonges. Il est risible d'entendre certains auteurs et certaines sources parler non seulement de maladie, mais affirmer que je suis mort, que mon corps est dans une chambre froide depuis plusieurs jours, et que la direction du Hezbollah est en réunion exceptionnelle, etc.

Quoi qu'il en soit, j'ai évoqué ce point pour appeler les gens à (être conscients du fait que) nous vivons dans une époque où notre slogan doit être « Vérifions la teneur des informations ! » (cf. Coran, 49, 6 : « Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-en la teneur. »). Et je dis même plus que cela. Car il s'agit de s'assurer de la vérité ou du mensonge des informations. Mais lorsqu'elles nous viennent de menteurs patentés, d'un ennemi fondamentalement fourbe et haineux, il ne faut y prêter aucune attention, ne s'en soucier aucunement et ne pas y apporter le moindre crédit.

Voilà ce que je voulais dire en guise d'introduction.

Quant aux véritables raisons (de mon silence), premièrement, je ne suis pas un adepte des paroles et discours nombreux et profus, comme vous le savez. Lorsqu'il y a une occasion particulière durant laquelle je dois m'exprimer, je le fais. Nous établissons là des principes qui resteront valables à l'avenir (au cas où cette situation se répète). A certaines occasions, je me dois d'apparaître et de discourir, comme par exemple le jour de la commémoration des dirigeants martyrs du Hezbollah, le 16 février, j'ai l'obligation de parler, naturellement : cela fait partie de nos traditions au Hezbollah. Il y a des occasions particulières ou je me dois de discourir longuement. Il y a parfois des événements et des développements qui se produisent, et on étudie la question de savoir si je dois m'exprimer, ou si un autre de nos frères (au Hezbollah) doit le faire, etc. Nous n'avons pas pour usage de parler sans raison précise.

La réalité est que durant les mois de décembre et de janvier, nous n'avons pas d'occasions (particulières). Il s'est trouvé qu'aucune de nos principales occasions – comme le Jour du Martyr, le Jour des dirigeants martyrs, le Jour de 'Achoura, le Jour d'Al-Quds par exemple –, surtout celles du calendrier hégirien (islamique), n'est tombée en décembre ou en janvier. Par conséquent, je n'avais pas d'occasion (particulière) où je (devais) apparaître.

Deuxièmement, des événements se sont produits. L'événement important qui a eu lieu est ce qu'on a appelé le Bouclier du Nord, ou Bouclier Nordique, dont nous allons parler ce soir avec la grâce de Dieu. Après que Netanyahou ait annoncé, durant une conférence de presse exceptionnelle aux côtés de l'ancien chef d'état-major des armées (Gadi) Eizenkot, quelque chose de supérieur à des mesures militaires mais d'inférieur à une guerre, et qu'il l'a appelé l'Opération Bouclier du Nord. Et Netanyahou s'est engagé dans une énorme opération médiatique.

La vérité est que nous nous sommes réunis avec les frères (cadres du Hezbollah) et que nous avons fait une évaluation (de la situation). Nous avions plusieurs hypothèses d'action, et il a été envisagé que je m'exprime deux ou trois jours après l'annonce de Netanyahou, mais nos discussions nous ont amenés à la conclusion suivante : le mieux est de laisser Netanyahou, Eizenkot et les Israéliens dire tout ce qu'ils veulent jusqu'à la fin de l'Opération. Car il était clair que tant Netanyahou qu'Eizenkot avaient besoin de cette énorme opération médiatique, et on y reviendra plus tard avec la grâce de Dieu. Nous avons fait le choix de ne pas les aider, et de ne pas participer à leur grosse opération médiatique. Nous avons donc décidé, moi et mes frères (cadres) de tout le Hezbollah, de ne faire aucun commentaire sur l'Opération Bouclier du Nord jusqu'à ce qu'elle se termine.

Et à propos, pour confirmer cette idée, le mandat d'Eizenkot vient de se terminer, et afin de lui permettre de partir avec un accomplissement – je vais évaluer cet accomplissement dans un instant –, ils ont annoncé la fin de l'Opération Bouclier du Nord alors qu'elle n'est même pas terminée. Jusqu'à hier, les foreuses continuaient à rechercher des tunnels...

Ghassan Ben Jeddou : Hier ?

Hassan Nasrallah : Oui, jusqu'à hier, vendredi, et nous sommes aujourd'hui samedi. Aujourd'hui, avant de venir ici, je suis entré en contact avec les frères, et je leur ai dit qu'hier, selon leur rapport, les foreuses étaient toujours actives à la frontière. Qu'en est-il aujourd'hui, (leur ai-je demandé) ? Ils m'ont répondu qu'aujourd'hui ils sont au repos, parce qu'on est samedi. Je n'avais pas pensé qu'ils seraient en week-end samedi, je pensais que les militaires travaillaient (même) le samedi.

Vous voyez, Eizenkot a annoncé la fin d'une Opération qui n'est pas encore finie, et ce seulement pour pouvoir la compter comme l'un de ses accomplissements. Nous avons donc pris la décision de rester silencieux jusqu'à la fin de l'Opération. Voilà.

De même, dans ce contexte, il y a quelques semaines, ont commencé à circuler les propos concernant mon état de santé, mon décès, ma mort, (les soins d'urgence prodigués à) Shiraz, (à) l'hôpital de Damas, les médecins iraniens...

Ghassan Ben Jeddou : ... l'état d'alerte de la direction du Hezbollah...

Hassan Nasrallah : Et pour vous dire la vérité, nous nous sommes également consultés avec les frères, et il nous est apparu que l'ennemi voulait me forcer la main pour que j'apparaisse dans les médias, pour que je m'exprime selon le timing qui lui convient. Mais je ne veux pas parler selon leur timing. Nous choisissons notre propre timing.

Deuxièmement, nous ne voulons pas établir un principe selon lequel chaque fois qu'un site internet sans aucune valeur, qu'un auteur ridicule, que des informations ou analyses disent que je suis malade ou décédé, je me dois d'apparaître à la télévision pour dire à tout le monde que je vais bien et que je suis en bonne santé, car alors je devrais apparaître chaque jour à la télévision.

C'est pourquoi je dis à tous ceux qui m'aiment, et également à l'ennemi : nous ne sommes aucunement tenus de faire cela. Est-ce que nous démentons (les ragots) ou pas ? Nous n'avons pas de principe établi, et nous en décidons à notre guise (en fonction des circonstances). Cette fois-ci, nous avons décidé de nous taire, afin de ne pas nous engager (pour les prochaines fois). Car la dernière fois, nous avons démenti (ces rumeurs). Si nous l'avions encore fait cette fois-ci, nous aurions (en quelque sorte) établi un principe selon lequel chaque fois qu'une information, qu'un site internet (quelconque), qu'un journal ou qu'un média affirme qu'untel (Nasrallah) est malade et que nous ne démentons pas, c'est qu'il est vraiment malade. Nous ne voulons pas nous engager sur cette voie.

Il y a également une autre raison (à mon silence), c'est qu'en 2018, je m'étais mis d'accord avec vous pour que notre entretien annuel ait lieu en janvier, le premier mois (de l'année). Je me suis également dit que si je devais m'exprimer une ou deux fois (avant cette rencontre programmée de longue date), notre entretien risquerait d'être parfois répétitif et ennuyeux pour les spectateurs, et je ne veux pas ennuyer les gens. Voilà toute l'histoire, avec la grâce de Dieu.

Ghassan Ben Jeddou : Merci beaucoup en tout cas (pour cette attention).

Hassan Nasrallah : Quoi qu'il en soit, le mois de février arrive, et nous avons trois occasions durant lesquelles je dois discourir. Que Dieu le Très-Haut et l'Exalté nous préserve tous.

Ghassan Ben Jeddou : Qu'Il vous accorde santé et longue vie. Mais j'ai tout de même une remarque, Eminent Sayed (descendant du Prophète). Dans tout ce que vous venez de dire, c'est comme si vous vous adressiez à l'ennemi, l'ennemi israélien. Mais n'aviez-vous pas la possibilité de rassurer votre base, vos masses populaires ? En fin de compte, eux aussi étaient inquiets. Les alliés, les amis et ceux qui vous aiment étaient inquiets.

Hassan Nasrallah : Non, ils ont été rassurés d'une manière ou d'une autre (publication d'une photo le 1er janvier). Il y a eu des contacts et des questions qui nous sont parvenus en interne, mais certains signes de la part de quelques amis étaient suffisants pour rassurer. L'important est que même notre base populaire commence à comprendre les choses, et elle doit se fortifier (face à la guerre psychologique de l'ennemi) afin qu'il ne puisse pas nous atteindre et nous manipuler à ce sujet.

Ghassan Ben Jeddou : Abordons donc la question de l’Opération « Bouclier du Nord », Eminent Sayed (descendant du Prophète), et le dossier des tunnels. Sans aucun doute, c’était là un événement majeur, ou du moins Israël a tout fait pour le présenter comme un développement très important, et pas seulement sur le plan médiatique. Ils ont porté la question au Conseil de Sécurité de l’ONU. Et Israël a déclaré qu’ils avaient découvert des tunnels du Hezbollah, et les ont détruits du côté de la Palestine occupée. J’ai deux questions claires : 1/ Quelle est votre première analyse au sujet des tunnels, et 2/ En toute franchise, avez-vous été surpris par le fait qu’Israël découvre ces tunnels ?

Hassan Nasrallah : Premièrement, tout mon propos sur la question des tunnels – et j’en parlerai dans le détail et à votre guise, car les Israéliens attendent cela (avec impatience), et je vais satisfaire leur envie, et nos amis également attendent cela. Mais tout mon propos reposera sur cette base : je ne suis aucunement tenu de confirmer ou d’infirmer le fait que moi ou le Hezbollah serions ceux qui ont creusé ces tunnels. Je m’exprime indépendamment de la question de savoir qui a creusé ces tunnels, c’est compris ? Car (en ces matières), nous favorisons toujours de « laisser planer l’incertitude », comme on dit. Il n’est pas nécessaire qu’on travaille pour les Israéliens et qu’on leur fournisse des informations gratuitement. Jusqu’à présent, le côté israélien prétend que c’est tel parti (le Hezbollah) qui a creusé ces tunnels, mais jusqu’à présent, ils n’en ont fourni aucune véritable preuve. Je n’ai aucune raison de régler ce problème pour eux. Quoi qu’il en soit, je ne suis pas tenu de dire ce qu'il ne serait pas judicieux de dire, et le fait que nous menions notre bataille avec franchise et sincérité ne signifie pas que nous devions toujours tout révéler avec franchise (et transparence). Tout ce que nous disons est vrai (mais certaines choses doivent rester secrètes ou incertaines).

Ghassan Ben Jeddou : Mais il y a bien des tunnels ?

Hassan Nasrallah : Oui, bien sûr, il y a des tunnels qui ont été découverts, c’est un fait (indéniable). Nous partons donc de la situation apparente, et nous commentons ces faits. Oui, il y avait bien des tunnels au Sud du Liban, indépendamment de la question de savoir s’ils étaient anciens ou nouveaux, s’ils ont été creusés avant la résolution 1701 ou après, c’est-à-dire avant la guerre de 2006 ou après (je ne trancherai pas cette question). Indépendamment de la question de savoir qui les a creusés, combien il y en a, quelle est leur importance (stratégique) et leur valeur (je ne dirai rien à ce sujet), oui, il y a des tunnels.

Israël, après de longues années, a découvert un certain nombre de ces tunnels, et il n’y avait rien de surprenant à cela. Ce qui est vraiment surprenant, c’est que ces tunnels soient restés (secrets) si longtemps avant d’être découverts par les Israéliens. Car comme vous savez, notre frontière est très différente de celle de Gaza. Notre frontière est un terrain rocheux, montagneux, etc., et toute partie creusant des tunnels ou ne faisant même qu’utiliser un marteau à la frontière ne pourra pas le faire facilement (de manière discrète) et peut être entendue par beaucoup de gens. Je tiens a déclarer à ce sujet que cela ne nous a aucunement surpris, car il est naturel (prévisible) qu'une telle opération se produise à la frontière, car Israël, et en particulier depuis mon discours dans lequel j’ai parlé (de la « Promesse de la Galilée »)...

Car je dois rappeler ce fait, qui a un lien fort avec la question de l’Opération « Bouclier du Nord » et ce qui se passe au Nord (de la Palestine occupée). Il y a plusieurs années, lorsqu’Ehud Barak était Ministre de la Défense du gouvernement Netanyahou –ce n’est pas à l’époque où Barak était Premier Ministre –, (donc lorsque Barak était) Ministre de la Guerre dans le gouvernement de Netanyahou, il jouait les gros-bras, et il est venu à la frontière Nord, la frontière entre le Nord de la Palestine et le Sud du Liban, et il a fait un discours aux militaires israéliens dans lequel il leur a dit : « Tenez-vous prêts pour le jour où votre gouvernement vous ordonnera d’envahir le Sud du Liban. » Le lendemain (16 février 2011), j’avais un discours programmé, et j’ai déclaré : « O combattants de la Résistance islamique, tenez-vous prêts pour le jour où la direction de la Résistance pourra vous demander de vous emparer de la Galilée. » Depuis ce discours et jusqu’à ce jour, il y a un dossier intitulé « Galilée », le dossier « Le Hezbollah et la Galilée », et il a un lien fort avec ce qui s’est passé durant les dernières semaines.

Ghassan Ben Jeddou : Mais une petite remarque, Eminent Sayed, avec votre permission. Vous venez d’indiquer que les tunnels pouvaient être anciens ou récents. D’après vos informations, y a-t-il des tunnels anciens qui étaient là avant la résolution 1701 (12 août 2006) ?

Hassan Nasrallah : Naturellement. Et cela confirme...

Ghassan Ben Jeddou : Naturellement il y en a ?

Hassan Nasrallah : Oui, bien sûr, et cela confirme l’échec des renseignements israéliens. C’est aussi ce que je voulais souligner ce soir. Selon mes informations, au moins un des tunnels qui a été découverts durant les dernières semaines datait de 13 ou 14 ans. Il est creusé sous les terres de la Palestine occupée. Cela signifie que les services de renseignement israéliens, l’armée israélienne, les services de sécurité israéliens et toutes les technologies israéliennes, durant 14 ans, ont été incapables de découvrir l’existence de ce tunnel dans leur propre territoire. Et certains médias israéliens ont mentionné le fait que l’un de ces tunnels était estimé dater de 13 ans, et c’est là une estimation exacte, très proche de la vérité. Je confirme que certains de ces tunnels sont antérieurs à la guerre de juillet (2006) et à la résolution 1701, et cela confirme un échec des renseignements israéliens durant 13 années complètes.

Ghassan Ben Jeddou : Selon vos informations, tous les tunnels ont-ils été découverts ?

Hassan Nasrallah : Ce point doit rester incertain (pour l’ennemi). Et je veux poser une véritable question… Bien sûr, je pourrai continuer à répondre à tes questions, et s’il me reste des choses à dire à ce sujet sur lesquelles tu ne m’auras pas interrogé, je les dirai de moi-même. [Rires] Parmi les points importants dans ce dossier, c’est que l’ancien chef d’état-major des armées et ancien Ministre de la Défense [Moshé] Ya’alon...

Ghassan Ben Jeddou : (En poste) il y a deux ans.

Hassan Nasrallah : Il a déclaré durant l’Opération « Bouclier du Nord », comme ils l’appellent, il a déclaré aux colons du Nord : « Nous connaissions l’existence de ces tunnels depuis deux ans… ». Car les colons eux-mêmes ont dit qu’ils signalaient depuis deux ans à l’armée qu’il y avait des signes d’opérations de creusage de tunnels à la frontière ou à l’intérieur du Nord (de la Palestine occupée), et l’armée a récusé cela de manière catégorique. Que leur a répondu Ya’alon ? Il a déclaré : « Oui, il y avait des tunnels et un creusage de tunnels, mais nous avons menti aux colons pour tromper l’ennemi. » Ma question à tous les colons au Nord de la Palestine occupée est la suivante : aujourd’hui, comment pouvez-vous savoir si Netanyahou, Eizenkot et le nouveau chef d’état-major vous mentent ou disent la vérité lorsqu’ils affirment qu’il n’y a plus de tunnels au Nord ? Vous devez vous assurer de ce point.

Ghassan Ben Jeddou : Tous ces événements signifient-ils que votre menace de vous emparer de la Galilée a été mise en échec et n’est plus d’actualité ? Car lorsque Netanyahou a annoncé la fin de l’Opération qu’il a nommée « Bouclier du Nord » – et vous nous surprenez aujourd’hui en nous informant qu’en réalité, l’opération n’est pas terminée, et que les recherches continuent…

Hassan Nasrallah : Ils continuent à rechercher des tunnels, oui.

Ghassan Ben Jeddou : Donc l’opération n'est pas terminée. Malgré cela, Netanyahou a organisé une conférence de presse et s’est félicité et enorgueilli, déclarant qu’ils avaient mis fin à toutes (les menaces) et fondamentalement écarté ce danger. Cela signifie-t-il que la menace qui plane sur la Galilée a été définitivement écartée ?

Hassan Nasrallah : Il promet cela à son peuple pour lui présenter un accomplissement faux et mensonger. Je vais évoquer ce point de manière précise. Lorsqu’il a organisé la conférence de presse (initiale), avec à ses côtés Eizenkot, il a déclaré qu’ils allaient commencer l’Opération dans le Nord et découvrir les tunnels, en affirmant que l’un des rôles et des objectifs de ces tunnels était de préparer l’Opération de (Libération de) la Galilée promise par le Hezbollah. Premièrement, du point de vue médiatique, il nous a rendu par là un énorme service, et c’est l’une des raisons de notre silence.

Ghassan Ben Jeddou : Netanyahou ?

Hassan Nasrallah : Netanyahou, oui.

Ghassan Ben Jeddou : De quelle manière ?

Hassan Nasrallah : Je vais l’expliquer. J’ai bien dit qu’on allait en parler en détail. remièrement, Netanyahou, Eizenkot et toute leur équipe, de manière générale, se comportent toujours avec les menaces arabes, les pays arabes et les armées arabes, et même parfois avec les mouvements de Résistance arabe en les prenant à la légère et en les dénigrant. Mais par cette déclaration, Netanyahou affirme à toute la société israélienne que ce qu’a déclaré le Hezbollah au sujet de l’opération (de Libération) de la Galilée est une chose sérieuse et véridique, et qu’Israël considère la chose avec le plus grand sérieux et fait des plans en considérant cette base comme acquise (le Hezbollah est sérieux et capable de s’emparer de la Galilée). Et ils annoncent l’Opération « Bouclier du Nord » pour mettre en échec cette opération.

Et je te dis encore plus que ça. Tout ce que nous voyons aujourd’hui en fait de constructions de murs et de placement de blocs de ciment énormes (à la frontière israélo-libanaise), et même de transformation de la géographie frontalière (par des travaux de terrassement colossaux menés depuis 2015 par l’opération de Libération de la Galilée), jusqu’aux disputes avec le Liban sur la possession de certaines collines, la véritable raison de tout cela est la crainte israélienne face à l’opération présumée de Libération de la Galilée. Car j’ai déclaré que ce n’était qu’une possibilité. J’ai dit « Il est possible que… », et ils sont effrayés à ce point. Qu’en aurait-il été si nous avions dit que c’était une certitude, hein ? Nous ne sommes pas encore parvenus à l’étape ou nous disons que c’est une certitude. Le moment n’est pas encore venu – ça viendra (plus tard), avec la grâce de Dieu.

Toutes les mesures prises (par Israël) à la frontière confirment qu’ils considèrent le Liban avec confiance (dans le sérieux de nos menaces). (Ils disent) : « Si le Hezbollah a dit que durant la prochaine guerre, ils pourraient envahir la Galilée, c’est qu’ils sont capables de le faire. » Ils n’ont pas dit que c’était (seulement) du tapage médiatique, de la guerre psychologique, des prétentions (vaines), de simples discours (pompeux) comme peuvent en faire certains arabes, et il n’y a donc aucune importance à cela. C'est pourquoi tout cet argent est dépensé actuellement à la frontière– comme je l’ai dit, pour la construction de murs, les mesures (de sécurité), la modification de la géographie même de la géographie (collines aplanies, monticules dressés, etc.).

Plus encore, la plus grande manœuvre de toute l’histoire d’Israël s’est déroulée fin 2017, et cette manœuvre d’une semaine a été entièrement défensive. Une semaine complète, en défense de la Galilée et du Nord ! Cela est excellent de notre point de vue. Si, de mon côté, je voulais convaincre les Israéliens, la société israélienne et l’armée israélienne que si nous prenions un jour la décision d’entrer en Galilée, nous le ferions vraiment, il me faudrait sûrement déployer de grands efforts. Mais Netanyahou m’a épargné ces efforts, lui et Eisenkot. Bien sûr, il l’a fait pour des raisons personnelles (électorales), et non pour nous rendre service.

Deuxièmement, l’autre service qu’il nous a rendu est qu’il a fait entrer la peur, la frayeur et même la terreur dans le cœur de tous les colons du Nord. (Il nous a fait cette énorme faveur) gratuitement ! Et certaines (personnalités) israéliennes, dont certains de ses opposants, le lui ont reproché. Et sur des chaines étrangères, j’ai vu des colons israéliens déclarer qu’avant l’Opération « Bouclier du Nord », ils étaient rassurés, persuadés qu’il n’y avait pas de tunnels, et tout ce que nous craignions, c’est que des missiles tombent sur nos têtes en cas de guerre, et nous nous sommes construit des refuges souterrains fortifiés (pour y faire face). Mais si nous ne savons pas par où (les combattants du Hezbollah) vont surgir, où pourrons-nous nous réfugier ? Netanyahou, également pour ses objectifs personnels, sur lesquels je reviendrai dans un instant, par le battage médiatique énorme qu’il a fait autour de l’Opération « Bouclier du Nord », qui en vérité ne nécessitait nullement un tel tapage, nous a également rendu un grand service dans la guerre psychologique, en faisant entrer la terreur, le sentiment d’impuissance et la panique dans le cœur de tous les colons au Nord de la Palestine occupée.

Vous devez être confiants, Professeur Ghassan, sur le fait que du jour de l’Opération « Bouclier du Nord », chaque fois qu’un colon dans les colonies du Nord entendra quelqu’un utiliser un petit marteau – en Libanais, on l’appelle « chakouch » [Rires] –, il contactera l’armée israélienne et lui dira qu’il entend un bruit de marteau. Tout ça, c’est un cadeau de Netanyahou. C’est pour cela qu’on est restés silencieux. On s’est dit « Très bien, il nous rend tous ces énormes services, pourquoi devrions-nous l’interrompre ? Qu’il continue à parler ! » Voilà pour le deuxième ou troisième point. Mais le plus important est le dernier point (que je vais évoquer maintenant).

Ghassan Ben Jeddou : Entre parenthèses, je crains que vous veniez de donner un mot d’ordre secret à vos partisans dans le Sud-Liban, leur demandant de tous frapper du marteau (pour terroriser les Israéliens).

Hassan Nasrallah : [Rires] Ils répondront à cet appel, avec la grâce de Dieu.

Et le troisième ou quatrième point, c’est que Netanyahou et Eizenkot – je vais évoquer un nouveau point, permets-moi de l’expliquer en détail – ont trompé le peuple israélien. Lorsqu’ils déclarent que l’Opération « Bouclier du Nord » est terminée car ils ont découvert et détruit ou fermé (tous) les tunnels, c'est... (un mensonge grossier). [Rires] Netanyahou n’est pas un général, mais Eizenkot se considère comme un général, un penseur de premier plan sur les questions stratégiques, un visionnaire, et on s’attendrait à une expertise valable de sa part. Se trouve-t-il un général, un minimum versé dans les actions militaires, qui puisse considérer plausible que sur une vaste aire frontalière – une centaine de kilomètres –, si le Hezbollah veut envahir la Galilée, il va se limiter à 4 ou 5 tunnels dans lesquels il va entasser des milliers de combattants pour les faire entrer en Galilée et s’en emparer ? C’est complètement insensé sur le plan militaire.

Ghassan Ben Jeddou : Comment allez-vous donc vous emparer de la Galilée ?

Hassan Nasrallah : [Rires] Demande à l'ennemi (israélien) de te le dire ! Leurs généraux, qui comprennent ces questions – ils les comprennent tous, et je reconnais à l’ennemi sa capacité à comprendre –, mais parfois, leurs intérêts personnels l'emportent sur leur raison, et ils mentent et vont jusqu’à nier la vérité. Mais les généraux israéliens, qui comprennent bien cela, ont déclaré que le Hezbollah n’a pas besoin de tunnels pour entrée en Galilée. La nature de notre frontière et la géographie du terrain, et jusqu’à notre démographie même, sont très différentes, et constituent des facteurs qui nous favorisent. Et c’est de ce problème même qu’Israël parle depuis toujours, depuis Yithzak Rabin, qui est un chef militaire historique de cette entité. Pour entrer en Galilée, nul besoin de tunnels. Certes, les tunnels peuvent constituer un facteur d’appoint, dans une mesure partielle et limitée, mais une opération d’une telle ampleur, si on prend la décision de la mener un jour, nécessitera toute la frontière : les collines, les vallées, les montagnes, etc. Et je leur déclare que vous ne savez pas d’où (on surgira)…

Et j’ai bien dit « Si on le décide », je le répète. Car la décision d’entrer en Galilée sera prise dans le cas d’une guerre lancée contre le Liban, et c’est alors que nous verrons si nous entrons en Galilée ou pas ; nous ne parlons pas d’une action initiée par nous, et je le précise pour réfuter toute accusation ou illusion qui ferait dire à certains que le Sayed (Nasrallah) veut déclencher une guerre, ou menace d’entrer en guerre, non : tout cela est dans une perspective défensive. Ils se savent pas comment on entrera : sur terre, sous terre, depuis les cieux, depuis les hauteurs… Il y a peu de temps, une chaine libanaise a analysé la possibilité de recours à des motos, qui peuvent franchir des obstacles de 2, 3 ou 4 mètres, et il est connu que le Hezbollah utilise des motos (notamment pour s’approcher des tanks et les détruire)… [Rires]

Quoi qu’il en soit, personnellement, j’ai beaucoup ri lorsque j’ai entendu Netanyahou et Eizenkot déclarer que l’opération de (libération de) la Galilée et le danger représenté par une telle opération étaient terminés du fait de la découverte des tunnels. Il y a premièrement une faille fondamentale dans cette idée, car l’opération de (libération de) la Galilée ne se limite pas à la question des tunnels, et il y a également une autre faille de détail dans cette évaluation, à savoir qu’ils n’ont aucun moyen de savoir que tous les tunnels ont été découverts.

Ghassan Ben Jeddou : Résumons donc votre propos. Premièrement, dans votre stratégie, il n’est pas nécessaire d’entrer en Galilée et de vous en emparer, mais vous pouvez y être contraints si Israël attaque le Liban et lance une large offensive, toute vaste guerre, alors votre plan militaire pourra inclure de vous emparer de la Galilée. Et si vous prenez la décision de vous emparer de la Galilée, vous dites aux Israéliens que cela peut être réalisé de différentes manières : par des tunnels, avec des motos, des milliers de combattants qui pourraient arriver des cieux, etc. Mais ce long mur de ciment, Eminent Sayed, ne va-t-il pas vous handicaper ? Surtout qu’il est dans une région – on en reparlera plus tard – qui est disputée. C’est un territoire libanais, mais disputé entre vous et la Palestine occupée (Israël).

Hassan Nasrallah : Oui, c’est bien notre plan militaire. Afin de défendre notre pays, il est de notre droit de prendre toutes les mesures défensives possibles. Telle est notre doctrine. Certains (opposants au Liban) ne sont pas d’accord, mais c’est leur problème. Que quelqu’un d’autre que nous prenne d'abord toutes les mesures défensives requises pour protéger notre pays, et nous pourrons nous retirer. Mais tant qu’il n’y a pas d’alternative (au Hezbollah face à Israël), ce qui est le cas jusqu’à ce jour, nous nous considérons responsables de la défense de notre pays. Face à la guerre dont nous menace Israël, une guerre de destruction, de déplacement massif de la population, d’explosion – vous avez bien entendu les déclarations israéliennes à ce sujet –, il est de notre droit de recourir à tous nos points de force.

L’un des aspects de notre plan, oui, nous le disons en toute franchise, sur notre plan écrit, sur nos préparations de terrain, pour lequel nous nous entrainons et faisons des manœuvres, nous nous préparons et le planifions – c’est déjà prêt, nos préparatifs ont déjà été menés à terme –, oui, un aspect de notre plan est d’entrer en Galilée. Mais le plan ne sera déclenché qu’au cours de la guerre, en fonction de son développement. Durant la guerre, nous déciderons si nous entrons ou pas. Je ne veux pas donner d’informations catégoriques à l’ennemi israélien à ce sujet (je le laisse dans l’incertitude), mais je tiens à lui confirmer que cela fait partie de notre plan opérationnel, de même que lui a des plans (pour envahir le Liban).

Ghassan Ben Jeddou : Donc vous en êtes capables.

Hassan Nasrallah : Nous en sommes capables, avec la grâce de Dieu, et ce mur… L’important est que nous ayons la capacité (de nous emparer de la Galilée). Lorsque cette capacité est entre nos mains, la décision de la mettre en œuvre ou non dépend des données de terrain, des circonstances et de nos intérêts. Oui, nous possédons cette capacité, sans aucun doute. Nous la possédons depuis des années. Et après notre expérience en Syrie, cela est devenu beaucoup plus facile pour nous que ce que nous considérions ou pensions (avant d’avoir mis en œuvre ces capacités dans une véritable guerre).

Quant à ces murs et fortifications qu’ils érigent, et dont le Coran nous a parlé il y a plus de 1400 ans – « Même tous rassemblés, ils ne vous combattront qu'à l'abri de leurs places fortes ou retranchés derrière leurs murailles. » (Coran, 59, 14). Ces lâches qui se terrent derrière leurs murailles, même ces murailles, nous leur avons trouvé une parade avec la grâce de Dieu.

Ghassan Ben Jeddou : Laquelle ?

Hassan Nasrallah : Je ne vais pas te le dire, bien sûr. [Rires]

Ghassan Ben Jeddou : Ne révélez pas votre plan militaire, mais de quelle manière ?

Hassan Nasrallah : Il y a plusieurs possibilités. Rien n’est insurmontable. Il y a toujours une solution. Ils sont capables de réfléchir, et nous aussi, mais (à cet égard), nos facultés (intellectuelles) sont supérieures aux leurs. L’important est que nous nous triturions les méninges, c’est tout. [...]

Ghassan Ben Jeddou : Le plus souvent, Eminent Sayed, vous promettez à l'ennemi israélien que s'il agresse ou envahit (le Liban), la riposte sera foudroyante. Et durant votre dernier discours, le 10 novembre, vous avez confirmé cela, mais vous avez employé une formule notable : « Nous riposterons et vous le regretterez. » Que vouliez-vous dire par là ?

Hassan Nasrallah : Lorsque cela se produira, tout le monde verra clairement ce qui causera ces regrets. Il vaut mieux (ne pas être précis) et les laisser y réfléchir.

Ghassan Ben Jeddou : Encore une fois, Eminent Sayed, je ne vous demande pas de nous dévoiler votre plan militaire, mais que signifie qu'Israël va la regretter s'il attaque, et qu'il sera frappé par une riposte foudroyante ?

Hassan Nasrallah : Il saura qu'il ne doit pas renouveler une telle agression, car le prix qu'il paiera pour cette agression sera beaucoup plus grand que ce à quoi il s'attendait.

L'un de mes propos ce soir sera justement de lancer un appel à Netanyahou et au nouveau chef d'état-major, et également à ceux qui les entourent au sein de l'entité ennemie, à ne pas faire d'erreur d'évaluation quant à ce qui se passe dans la région, surtout pour la question de la Syrie.

Mais terminons-en d'abord avec la question des tunnels, et nous aborderons ensuite ce point.

Ghassan Ben Jeddou : Je vous en prie, au sujet du fait qu'Israël le regrettera, s'agira-t-il d'un regret global, d'un regret limité à certaines villes, à leurs entreprises, à leurs institutions, à leur infrastructure... ? Cela signifie-t-il qu'ils le regretteront (sur tous les points) de la Galilée à leur frontière la plus au sud avec Gaza ?

Hassan Nasrallah : Je vais t'emboîter le pas : laisse ton imagination aller aussi loin qu'elle le peut. [Rires]

Ghassan Ben Jeddou : Oui, mais je ne suis pas expert en matière militaire pour savoir jusqu'où votre riposte pourra aller.

Hassan Nasrallah : En fin de compte, toutes les options restent ouvertes pour nous. Les Etats-Unis et Israël ont pour usage, dans leur arrogance et leur hybris, d'utiliser la formule « Toutes les options sont sur la table. » Aujourd'hui, l'Axe de la Résistance, sur tous les fronts, est en position d'affirmer que « Toutes nos options sont sur la table. » Toutes les options restent ouvertes.

Tout ce qui est nécessaire, avec raison, sagesse et courage également, car il arrive que certains essaient de dissimuler leur lâcheté derrière (une façade de) sagesse. Avec raison, sagesse et courage également, tout ce qui sera requis pour la résistance, la victoire et le renforcement de la dissuasion dans cette bataille, nous le ferons sans aucune hésitation.

Ghassan Ben Jeddou : Avec votre permission, lorsque vous parlez de résistance et de victoire, la résistance signifie-t-elle de dissuader l'ennemi de réaliser ses objectifs, au minimum de vous expulser (de Syrie) et de vous dissuader de manière définitive (d'y retourner) ? Et la victoire signifie-t-elle qu'Israël cesse définitivement toute agression (contre l'Axe de la Résistance) ?

Hassan Nasrallah : Nous nous perdons dans les détails. Vous parlez tantôt d'agression totale, de guerre, et vous nous demandez quels seraient nos objectifs face à une telle guerre (déclenchée contre nous) ; et d'autres fois vous ne parlez pas de guerre totale, mais de tentatives (israéliennes) de modifier les règles d'engagement, de frappes spécifiques et limitées visant à modifier les règles d'engagement.

Nous ne permettrons pas... Le premier point (la guerre) est une question majeure qui mérite d'être traitée longuement à part, mais en ce qui concerne le deuxième point, nous ne permettrons pas à l'ennemi de modifier les règles d'engagement, ni de nous imposer de (nouvelles) règles d'engagement. Les actions successives de la Résistance nous ont permis d'établir un certain niveau de dissuasion que nous devons pour le moins maintenir, voire renforcer en notre faveur, chaque fois que l'ennemi tente de modifier les règles d'engagement.

Ghassan Ben Jeddou : Comment est-il possible...

Hassan Nasrallah : Je parle ici du front libanais. Pour ce qui concerne Gaza, cela regarde nos frères de la Résistance, et pour ce qui concerne la Syrie, nous en parlerons en détail lorsque nous aborderons ce point. [...]

Ghassan Ben Jeddou : Israël considère, et ne cesse de répéter qu'aujourd'hui, la ligne rouge est que vous fabriquiez, à l'intérieur du Liban ou à la frontière, des missiles de (haute) précision. Je me souviens, Eminent Sayed, qu'en 2006 ou 2007, après la guerre de 2006, vous nous avez ébahis, et vous avez choqué l'ennemi israélien en révélant que vous possédiez des missiles capables de frapper les points les plus au sud de la Palestine occupée, jusqu'à Beer-Sheva. A présent, c'est comme si (Israël) découvrait quelque chose de nouveau, à savoir les missiles de précision. Pouvez-vous nous expliquer ce point ?

Hassan Nasrallah : Vous voyez, à une certaine époque, (les Israéliens) avaient un problème à ce que nous possédions des missiles ayant une portée supérieure à 20 kilomètres. En général, les mouvements de Résistance n'avaient que des (lance-roquettes multiples) Katioucha, qui ont une portée de 19, 20 ou 21 kilomètres en fonction de... Par la suite, la Résistance a acquis des missiles d'une portée de 40 kilomètres, et pouvant atteindre Haïfa. Ils ont essayé d'y mettre fin, mais ils n'y sont pas parvenus. La Résistance a ensuite acquis des missiles pouvant aller au-delà de Haïfa.

Ensuite, durant la guerre de juillet (2006), j'ai déclaré que nous étions capables de frapper « au-delà, bien au-delà de Haïfa », c'est-à-dire jusqu'à Tel-Aviv. C'est ce que nous entendions en premier lieu lorsque j'ai dit « au-delà, bien au-delà de Haïfa ». Durant la guerre de juillet (2006), nous avons frappé Haïfa et nous avons frappé le centre (d'Israël). Il ne restait que Tel-Aviv (qui a été épargnée). Aujourd'hui, Israël...

Ghassan Ben Jeddou : Excusez-moi, c'est donc ce que vous vouliez dire (durant votre premier discours de la guerre de 2006) ? C'est la première fois que vous expliquez ce point. (Le 14 juillet) 2006, lorsque vous avez dit « au-delà, bien au-delà de Haïfa », vous vouliez dire Tel-Aviv ?

Hassan Nasrallah : Bien sûr. C'est la principale ville au-delà de Haïfa. Et c'est pourquoi, durant la guerre, lorsque Israël a commencé à menacer de frapper Beyrouth, nous avons menacé de frapper Tel-Aviv (en représailles). Et je ne peux pas menacer d'une chose dont les Résistants ne sont pas capables.

Avec le temps, et face à (l'échec de) toutes les tentatives israéliennes (de nous priver de nos missiles), (l'ennemi) a désespéré d'empêcher le Hezbollah de posséder des missiles de longue portée, – je veux dire à l'échelle du Liban et de la Palestine (occupée) – (des missiles) puissants et destructeurs. C'est un problème insoluble (pour eux) et sans issue, n'est-ce-pas ?.

Maintenant, Israël prétend que le nombre (de missiles de précision en notre possession) est réduit, des centaines ou des milliers tout au plus, mais ce n'est plus qu'un point de détail. Vous avez bien vu (la panique) déclenchée par une seule roquette tombée sur Ashkelon (tirée par la Résistance à Gaza). Imaginez-vous donc qu'à un certain moment, une pluie de ces missiles puissants et sophistiqués (entre nos mains) tombe sur Tel-Aviv. Quelles seraient les conséquences (matérielles et psychologiques) ? J'invite les habitants de Tel-Aviv à répondre à la question.

Certains de leurs généraux disent quelque chose avec raison, et ils sont honnêtes avec leur société, lorsqu'ils disent que la prochaine guerre, si elle advient, n'aura rien à voir avec les guerres précédentes, à savoir que les combats auraient lieu à la frontière, pendant que le reste de la population israélienne siroterait du thé à Tel-Aviv. Jamais de la vie ! C'est terminé ! Dans toute prochaine guerre, l'ensemble de la Palestine occupée sera un terrain de combats et de guerre.

Lorsque nous avons obtenu ces missiles normaux, c'est-à-dire de longue portée mais non de précision – et des missiles non précis sont tout à fait capables de frapper Tel-Aviv, des villes ou de grandes bases militaires, il ne faut pas croire qu'ils en sont incapables, ils ont seulement une incapacité à frapper des points précis, comme par exemple le Ministère de la Défense, l'aéroport, le bâtiment de commandement de telle base aérienne, etc. Ces missiles sont dits imprécis car ils ont une vaste marge d'erreur. Les missiles de précision n'ont pas une grande marge d'erreur. Leur marge d'erreur est de 5 à 10 mètres. Et dans les circonstances les moins favorables, pour des cibles très éloignées, on arrive à 15 mètres, disons même 50 mètres (au grand maximum). 50 mètres ne représentent pas grand-chose lorsqu'on parle d'une base aérienne, de constructions étendues (sur des centaines de mètres), etc.

Dans les faits, Israël a abandonné la question des missiles imprécis (en reconnaissant son impuissance à en priver la Résistance). Aujourd'hui, dans toutes ses déclarations, (Netanyahou) parle des missiles de précision. Me permettez-vous de faire une plaisanterie destinée aux Israéliens ?

Ghassan Ben Jeddou  : Je vous en prie.

Hassan Nasrallah : Je déclare au peuple israélien : vous avez tout intérêt à dire à Netanyahou de laisser le Hezbollah obtenir des missiles de précision, c'est préférable pour vous. Car si vient le jour où nous devons frapper Tel-Aviv, si j'ai des missiles de précision, je frapperai des bâtiments militaires. Mais si je n'ai pas de missiles de précision, je vais viser les installations militaires, mais je vais faire une erreur de 500 à 1000 mètres. Où vont donc tomber (nos missiles) ? Sur les habitants. L'intérêt des habitants, en tant qu'habitants (tous les Israéliens sont réservistes)...

Ghassan Ben Jeddou  : Est-ce une plaisanterie ou une menace, Eminent Sayed ?

Hassan Nasrallah : L'intérêt des habitants en tant qu'habitants est que nous possédions des missiles de précision.

Ghassan Ben Jeddou : C'est une plaisanterie ou une menace ?

Hassan Nasrallah : Prenez-le comme vous voulez.

Ghassan Ben Jeddou : C'est une menace sous l'aspect d'une plaisanterie.

Hassan Nasrallah : Une plaisanterie, une menace, tout ce que tu veux. 

Quoi qu'il en soit, l'équation israélienne évoque maintenant les missiles de précision. Ils peuvent déclarer autant qu'ils veulent qu'ils frappent la Syrie – et on va en venir à leur échec en Syrie – pour empêcher que des missiles de précision parviennent au Liban, ou pour empêcher le Hezbollah de posséder des missiles de précision.

Le 10e jour du mois de Muharram, il y a quelques mois, j'ai déclaré que cette question n'était plus d'actualité. C'est terminé, fin de l'histoire. Les frappes en Syrie ne réalisent aucun objectif. Ils prétendent empêcher quelque chose qui s'est déjà produit et qui est déjà terminé. Ce dossier est clos. Maintenant, Israël prétend...

Ghassan Ben Jeddou  : Vous voulez dire que c'est terminé car vous possédez déjà des missiles de précision ?

Hassan Nasrallah : Bien sûr. Nous possédons des missiles de précision, en nombre (largement) suffisant, et il est vain de frapper la Syrie pour réaliser cet objectif, nous avons tout ce qu'il faut et il est déjà trop tard.

Ghassan Ben Jeddou  : Vous avez le nombre suffisant (de missiles de précision) pour (faire) quoi ?

Hassan Nasrallah  : Nous en avons suffisamment pour combattre durant toute guerre à venir. Maintenant, Israël prétend que ce nombre est...

Ghassan Ben Jeddou  : Excusez-moi, mais ce nombre est suffisant pour frapper quoi ?

Hassan Nasrallah : Pour frapper toute cible que nous voulons atteindre dans le cadre de nos plans de guerre. Israël essaye d'amoindrir la chose en disant que ce nombre est réduit, grand bien lui en fasse. Si cela peut diminuer la pression et la gêne qui pèsent sur eux, tant mieux, cela allège les tensions dans la région, etc. Je ne veux pas débattre (avec Netanyahou) sur le nombre (de missiles de précision en notre possession). Mais j'affirme que ce sujet est clos, et que nous avons obtenu tout ce qu'il nous faut.

Bien sûr, (Netanyahou) s'est également efforcé de faire tout un battage médiatique (autour de cette question). Par exemple, dans son discours à l'ONU, il a montré une carte (de Beyrouth) en prétendant qu'à tel endroit, il y avait une usine de fabrication de missiles, que (sous) le stade de football Al-Ahed, il y aurait un entrepôt (de missiles), etc. Ce jour-là (27 septembre 2018), conformément à notre politique de silence (visant à maintenir le doute et à ne pas faire le jeu des Israéliens), nous n'avons ni confirmé ni infirmé (ces accusations).

Le Ministre des Affaires Etrangères libanais, Gibran Bassil, a pris une initiative très importante pour laquelle nous le remercions, car toutes les ambassades (occidentales) faisaient pression sur ce Ministère, afin de s'assurer, à la demande de leurs propres Ministères des Affaires Etrangères, que les lieux indiqués par Netanyahou (port, aéroport, stade... étaient dépourvus d'installations militaires du Hezbollah). Le Ministre des Affaires étrangères (libanais) a convié ces ambassades, et il a inspecté ces lieux avec elles. Et il y a des hangars à Ouzaï (banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah) qui ont été ouverts à la demande de journalistes (libanais) qui collaborent avec les médias (ennemis). Ils ont été ouverts, (inspectés) et ils n'ont rien trouvé.

Netanyahou a affirmé qu'il y avait (des missiles à ces endroits précis), et (il a ensuite prétendu) que nous les avions déplacés en 24 heures (juste avant l'inspection), il devrait y avoir des vidéos, des photos, des images satellites (pour démontrer cette allégation), car les drones de surveillance (israéliens) sont en permanence dans les cieux libanais. Il aurait pu établir que nous avons déplacé (ces missiles ou installations). (Il n'en a rien fait) car ses informations étaient mensongères. Ses informations quant à (la présence de) nos missiles étaient fausses et mensongères. Il a essayé (de dissimuler ce fiasco) de la même manière que pour la question des tunnels (en se vantant d'un accomplissement illusoire).

En ce qui nous concerne, nous possédons des missiles de précision, nous possédons tous les missiles de précision dont nous avons besoin (en qualité et quantité), et ce que nous possédons, nous n'avons plus besoin de le transporter ou déplacer (ni depuis la Syrie, ni à l'intérieur du Liban). Nous avons tout ce qu'il nous faut (en termes de missiles de précision) pour toute bataille ou guerre qui serait imposée au Liban. Nous ne souffrons absolument d'aucun besoin ou manque à cet égard.

Si Netanyahou considère que ce nombre (de missiles précis en notre possession) est réduit, qu'il se rassure à cette idée (illusoire), ça ne me pose aucun problème. Je ne tiens pas à dire à Netanyahou que nous en avons beaucoup pour lui mettre la pression, non, je veille à lui administrer les calmants dont ses nerfs ont besoin.

Ghassan Ben Jeddou  : Pour diminuer la pression qui pèse sur lui. [...]

 

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Tags : Iran Israël Palestine Liban




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3 réactions à cet article    


  • 1 vote
    Hijack ... Hijack ... 27 février 19:45

    Nul ne peut ignorer (même ses ennemis) le courage, la détermination, la sincérité de Nasrallah dans sa lutte, d’autant plus si on le compare à Netanyahou ... mais il faut se rendre à l’évidence, le Hezbollah seul ne peut rien contre Israël, militairement parlant. Certes, ils peuvent faire des dégâts en Israël, les faire trembler ... mais est-ce suffisant ? Non !

    .

    Sauf si alliance avec la Russie dans ce combat, ce qui déclencherait presque immédiatement la 3ème et dernière guerre mondiale ... Nasrallah, dans l’état où il est militairement, ne pourra rien faire de conséquent contre l’état sioniste, tout au plus donner des excuses à Isarël de riposter.

    .


    • vote
      mehdite mehdite 27 février 20:21

      30 ans que les deux plus grandes puissances militaires de la région rêvent de le mettre six pieds sous terre et qu’il vit terré au Liban ... Et toujours là ! bien vivant et presque juvénile pour son âge (60 ans) , le sourire aux lèvres et la force tranquille de ceux qui se sont affranchis de la peur de la mort . Il va tous les enterrer !


      • vote
        QAmonBra QAmonBra 28 février 11:30

        Merci @ l’auteur pour le partage.

        De toutes façons, tout le monde sait ou plutôt "sent", les sionistes en premier chef, que la prochaine guerre n’aura rien à voir avec les précédentes, car les risques encourus par $ion cette fois ci, en cas de nouvelle défaite de ses forces armées, après l’échec face au Hezbollah en 2006, pourraient tout simplement remettre en question les fondements idéologiques de son état en Palestine, donc à terme ledit état tel que proclamé en 1948.

        Or le danger pour tous, c’est la fuite en avant de ces fanatiques dans un conflit mondial, auto-prophétisant l’Armageddon de leurs mythes religieux. . .



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