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Olivier Bianchi : " En Histoire, nous ne devons pas faire d’anachronismes "

Olivier Bianchi : " En Histoire, nous ne devons pas faire d’anachronismes "

 

Tags : Livres - Littérature Histoire




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2 réactions à cet article    


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    Foulques Nerra 28 avril 13:38

    Je suis fils et père d’agrégés d’histoire, et moi, petit, je regardais Alain Decaux raconte. Belle famille historienne... 

    Mon pseudo est de mes ascendants ! Vérifié, et tout et tout. Une belle raclure, hein ? 

    Déboulonner Colbert est manquer d’ambition : pourquoi se limiter au serviteur sans incendier le maître, Louis XIV ? Pourquoi les visiteurs de Versailles ne sont-ils pas avertis avant d’entrer qu’ils vont voir des lieux non pas magnifiques, mais souillés de tous les crimes du roi-soleil ? (les protestants, aussi, pourraient ajouter leurs voix au concert de huées.)

    La réponse est évidente : il ne faut pas trop en faire quand on ne veut pas se faire trop rudement envoyer promener.

    .

    Pour nabot Léon, c’est intéressant, il permet d’éclairer ces notions de jugements de l’Histoire sur la base de critères moraux contemporains. 

    Les grands massacres du XXe siècle resteront, à mon avis, toujours condamnés par la postérité, tandis que ceux d’un Napoléon ne le seront pas aussi nettement. Quel est le critère distinguant les crimes de la première et de la seconde sorte ? Selon moi il est le suivant : quel fut le degré de réprobation universelle à l’époque des crimes en question ? Comment les humains d’alors les jugeaient-ils ? Les contemporains de Mao, Hitler ou Staline ont ressenti leurs crimes comme tels, abominables, en ont souffert moralement en plus de physiquement ; les personnages en question ont fait souffrir l’humanité dans son ensemble sans conteste possible. 

    C’est autre chose pour un Napoléon. Ses contemporains ne s’effrayaient pas tant que cela des masses de soldats qu’il balayait. Ils lui trouvaient de la grandeur, y compris ses ennemis. Hugo, si soucieux des crimes politiques, si bien noté de nos jours pour ses sentiments élevés, n’a pas appelé Napoléon III "Napoléon le Petit" sans sous entendre la grandeur du précédent, quand bien même nous pourrions aujourd’hui la juger un peu bien ensanglantée. Il est dès lors assez peu opportun de nous substituer aux jugement des contemporains pour leur dire qu’ils ont eu tort de ne pas prévoir la morale du XXIe siècle (dont nous ignorons ce qu’elle inspirera aux siècles à venir).

    Je suis assez âgé pour que notre époque de changements accélérés sans précédent m’ait permis de voir clairement les grandes différences d’appréciation sociétales en matière de réprobation et de culpabilité d’une époque à l’autre. J’ai souvenir vers 1960 d’un chauffard connu comme tel par la police, qui finit un jour par tuer deux petits enfants dans la rue. Il passa la nuit en prison, sans plus. Une personne de ma connaissance connaissant assez bien le juge emprisonneur pour se permettre de s’étonner d’une telle sévérité pour un fait involontaire (et exprimant ainsi la vision du temps) s’entendit répondre qu’en effet la décision était inhabituelle, mais qu’au vu des antécédents du chauffard, il était temps qu’il prît conscience de ses actes.

    A transposer en 2021 ! 

    Sur un autre plan, quel agent répresseur de la même époque aurait adressé autre chose qu’une réprimande grondeuse à un propriétaire de mains baladeuses ?

    Etc. 


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      Tchakpoum Tchakpoum 28 avril 15:17

      @Foulques Nerra
      .
      Oui, il y a sans doute des changements d’états d’existence qui nous ferment à la compréhension de ce qui se vivait avant.
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      Philippe Ariès a rapporté que dans l’Ancien Régime, les enfants morts en bas âge n’étaient parfois même pas enterrés, jetés dans des endroits retirés. la mortalité infantile était telle qu’il fallait faire plein de naissances pour espérer des survivants qui fassent les vieux jours (la cinquantaine, à l’époque) et la continuité des générations. Et si la femme mourait en couches, c’était une catastrophe de toute façon, mais le bébé passait le bassin, ou pas, on ne pouvait rien faire d’autre.
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      Dans l’écomusée d’Alsace, il y a une petite ferme où se trouve un lit unique, carré, qui doit faire 1,20 mètres de côté, pour mémoire, et c’est là que dormait toute la famille. Le lit était calé dans un coin, pour y dormir assis. Sans doute que les plus petits dormaient par terre et les plus grands rejoignaient les parents dans le lit. Et les parents, pour niquer, ben, ça devait être au vu de tout le monde...
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      Une Soupe aux herbes sauvages : années 1900/1910 (ce n’est pas si loin), vers 5/6 ans, Emilie Carles est tombée de la grange, et le sang coulait sérieusement de sa tête qui avait l’air entrouverte. Le père (veuf) était en train de partir à Briançon faire la saillie de la vache. Il a regardé sa fille, sans la toucher, puis a dit à ses enfants qu’il devait de toute façon faire la saillie, c’était important pour la ferme. Emilie allait mourir, ou pas, de toute façon il ne pouvait rien faire. Et Emilie, toute sa vie a adoré son père, qui adorait sa fille. Mais c’est la vie qui était rude.
      .
       Je parlais plus haut de changement d’état en pensant au journal du dr Jean Itard, qui a adopté Victor, l’enfant sauvage, pour le sociabiliser, avec un certain résultat, mais son dépit est resté de ne pas avoir réussi à en faire un enfant civilisé comme un autre.
       Au début, Victor dormait par terre, prenait des patates directement dans les braises du feu, se lavait à l’eau froide et il était a-social. A la fin il dormait dans un lit (le sol lui était devenu trop dur), il ne supportait plus l’eau froide dans le bain et n’était plus capable de prendre des patates dans le feu. Il a gagné en sensibilité, en sociabilité, mais aussi en fragilité (il attrapait notamment des rhumes qu’il n’avait jamais auparavant).
      On ne peut pas avoir les deux, être insensible et sensible, on peut pas non plus être à la fois capable de vivre dans le froid de la forêt en hiver et au chaud de la maison à s’occuper.
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      Les massacres napoléoniens devaient sans doute faire partie de la normalité de l’époque. Alors qu’aujourd’hui, c’est impossible à admettre, y compris pour moi. 



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