" Robespierre, un révolutionnaire ordinaire " Jean-Clément MARTIN
Entretien vidéo, réalisé le 11 novembre 2019, avec Jean-Clément Martin consacré à Robespierre et la Révolution.
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ROBESPIERRE (1758 - 1794)
Présenté à Mme Roland par Brissot, longtemps il fréquenta son salon, s’inspirant de ses grandes idées, mais avec la pensée secrète d’en faire sa gloire personnelle, un marchepied pour arriver au pouvoir, et nul pressentiment ne semble avertir Mme Roland qu’elle recueille un traître, qu’elle réchauffe un ennemi dans son sein, un homme qui, après avoir conspiré avec elle, conspirera contre elle, renversera la puissance de son parti et prendra sa place, et l’enverra elle-même à l’échafaud. Le contraste est frappant entre la bonté de la femme et la perfidie de l’homme.
Le 10 août, Mme Roland se livra à un mouvement de générosité pour sauver Robespierre.
Après la journée du Champ de Mars, il fut accusé d’avoir conspiré avec les rédacteurs de la pétition de déchéance, et, menacé comme factieux de la vengeance de la garde nationale, il fut obligé de se cacher. Mme Roland, accompagnée de son mari, se fit conduire à onze heures du soir dans sa retraite pour lui offrir un asile plus sûr, dans sa propre maison ; il avait déjà fui ce domicile ; elle supplia Buzot d’aller aux Feuillants disculper Robespierre, pour elle, pour la liberté qu’ils défendaient ensemble ; il y alla, après avoir hésité un moment.
Ces trois amis dévoués devaient tomber victimes de l’homme qu’ils s’efforçaient de sauver.
Quand Mme Roland fut arrêtée et enfermée à Sainte-Pélagie, elle eut l’idée d’écrire à Robespierre, se rappelant l’ancienne amitié qui avait existé entre elle et lui ; elle était malade à l’infirmerie de la prison, pensait à sa fille, à son mari, eut un moment de faiblesse ; un médecin qui se disait ami de Robespierre était venu la voir, il lui parla de lui, peut-être pour lui rapporter les propos qu’il entendrait.
Elle lui répondit : « Robespierre, je l’ai beaucoup connu et beaucoup estimé. Je l’ai cru un sincère et ardent ami de la liberté. Je crains aujourd’hui qu’il n’aime la domination et peut-être la vengeance. Je le crois susceptible de prévention, facile à passionner, lent à revenir de ses jugements, jugeant trop vite coupables ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je l’ai vu beaucoup : demandez-lui de mettre sa main sur sa conscience et de vous dire s’il pense mal de moi. »
Et cette noble femme, qui ignorait la nature perverse de l’homme, faisait appel à des bons sentiments qu’il n’avait pas, à une conscience droite comme la sienne...
Elle eut jusqu’à la naïveté de lui écrire, mais elle déchira sa lettre et ne l’envoya pas, mais elle en garda les morceaux ; sa dignité de femme l’avertit à temps qu’on n’implore pas un traître.
« Robespierre, homme de volonté, sans lumière, ayant toute sa force dans l’instinct, doit être regardé comme l’expression d’une tyrannie populaire dont l’action se réfléchissait dans les moindres comités révolutionnaires ; il n’existait pas d’opinion publique hors de lui, ceux qui avaient le malheur de s’y confier étaient perdus. Tyran subalterne… » (Fabre d’Olivet, De l’étal social de l’homme, p. 334).
NB : DANTON (1759 - 1794)
Voyons ce qu’était cet homme que le peuple a glorifié.
Hippolyte Taine a fait son portrait. Voici ce qu’il en dit :
« Sans naissance, sans protection, sans fortune, trouvant les places prises et le barreau de Paris inabordable, reçu avocat après des efforts, il a longtemps vagué et attendu sur le pavé ou dans les cafés, comme aujourd’hui ses pareils dans les brasseries. Au café de l’École, le patron, bonhomme en petite perruque ronde, en habit gris, la serviette sous le bras, circulait autour des tables avec un sourire, et sa fille siégeait au fond, comme demoiselle de comptoir. Danton a causé avec elle et l’a demandée en mariage ; pour l’obtenir, il a dû se ranger, acheter une charge d’avocat au Conseil du roi, trouver dans sa petite ville natale des répondants et des bailleurs de fonds. Une fois marié, logé dans le triste passage du Commerce, chargé de dettes plus que de causes, confiné dans une profession sédentaire où l’assiduité, la correction, le ton modéré, le style décent et la tenue irréprochable étaient de rigueur, confiné dans un ménage étroit qui, sans le secours d’un louis avancé chaque semaine par le beau-père limonadier, n’aurait pu joindre les deux bouts, ses goûts larges, ses besoins alternatifs de fougue et d’indolence, ses appétits de jouissance et de domination, ses rudes et violents instincts d’expansion, d’initiative et d’action se sont révoltés ; il est impropre à la routine paisible de nos carrières civiles ; ce qui lui convient, ce n’est pas la discipline régulière d’une vieille société qui dure, mais la brutalité tumultueuse d’une société qui se défait ou d’une société qui se fait…
« ... Avec de telles dispositions pour jouer un rôle, on est bien tenté de jouer sitôt que le théâtre s’ouvre, quel que soit le théâtre, interlope ou fangeux, quels que soient les acteurs, polissons, chenapans et filles perdues, quel que soit le rôle, ignoble, meurtrier et finalement mortel pour celui qui le prendra. Pour résister à la tentation, il faudrait les répugnances que la culture fine ou profonde développe dans les sens ou dans l’âme ; et, chez Danton, ces répugnances manquent. Ni au physique, ni au moral, il n’a de dégoûts…
« Supprimez la Révolution, et il y avait des chances pour que Danton devînt un flibustier du barreau, malandrin ou brave dans quelque affaire interlope, finalement égorgé et peut-être pendu. »
Danton avait tous les défauts des politiciens. C’était un agité, un arriviste, se jetant dans toutes les aventures pour faire parler de lui, faisant de beaux discours avec les idées des autres, donnant au peuple de belles phrases et de belles promesses, attaquant ceux qui étaient tombés, flattant la force, fomentant la plus terrible des révolutions tout en disant dans un fameux discours en latin : Malheur à ceux qui provoquent les révolutions, malheur à ceux qui les font. C’étaient des mots entendus et répétés, et qui étaient en complet désaccord avec ses actes. Il n’avait du reste aucun courage réel, car, lorsque éclata la Révolution, il se montra modéré par prudence, s’absenta lors de la pétition au Champ de Mars pour ne pas la signer, et ne se manifesta que quand il crut pouvoir le faire avec sécurité, prêchant la défense nationale, poussant les autres, préparant les luttes, les laissant réaliser aux autres. Les hommes de ce genre arrivent toujours à gagner une grande popularité. Ce sont des acteurs jouant les héros, et les naïfs s’y laissent prendre.
Danton était un homme sans idées, ne comprenant pas le grand mouvement de la pensée qui se faisait, mais cherchant cependant à s’en attribuer la gloire. Il ne comprenait pas le grand souffle de liberté qui animait les Girondins ; d’un caractère despotique, comme tous les inférieurs arrivés à des positions supérieures, il flattait les passions du peuple plutôt qu’il ne les dirigeait. C’était un vrai politique, tout le contraire d’un philosophe ; sa liberté, c’est la révolte d’en bas, non l’émancipation de l’Esprit ; c’est pour cela qu’il l’aime à sa manière et se trouve en contradiction avec les Girondins qui la veulent autrement.
Il n’est pas étonnant, après cela, que Mme Roland ait refusé le concours de cet homme. Elle repoussa la main qu’il lui tendait, disant : « Cette main est tachée des massacres de Septembre… », ces massacres qu’il n’a pas inspirés, dit-on pour le défendre, mais qu’il n’a pas empêchés, alors qu’il pouvait le faire, étant ministre.
« Danton, écrira Lamartine, on l’achetait tous les jours et le lendemain, il était encore à vendre. »
Mme Roland avait une antipathie instinctive pour cet homme « d’une laideur repoussante » et dont tout le physique annonce une âme basse et un caractère despotique ; du reste, elle avait été la victime de ses calomnies, car il était, comme tous les médiocres, un envieux, et c’est toujours en avilissant les autres que les inférieurs se vengent de leur infériorité ; il avait, faisant allusion, à la tribune, à l’influence de Mme Roland, insinué qu’elle la devait à son sexe, non à son esprit. Calomnie grossière qui peint l’homme dégénéré.
Mme Roland ne pardonna pas l’outrage, elle préféra la ruine de son parti au sacrifice de sa dignité. Du reste, les Girondins étaient destinés a être vaincus dans la lutte des partis à cause même de cette aristocratie de l’Esprit qu’ils représentaient…
(…)
En relisant cette terrible histoire, on est frappé de deux choses :
- L’erreur des masses qui glorifient le traître, car Danton trahit l’idée révolutionnaire.
- L’ingratitude des hommes pour la grande femme qui fit la Révolution.
Les hommes du XIXème siècle tombés dans la décadence morale et intellectuelle ont statufié Danton, ont perpétué l’horrible masque de l’homme pervers, et ont élevé son image près de l’Abbaye où Mme Roland fut enfermée, alors qu’elle, la grande citoyenne, la plus belle figure de notre histoire moderne, n’a pas sa statue sur cette place où elle souffrit pour la liberté. C’est là une des ironies de l’esprit masculin.
Donc, ce sont toujours les monstres qui renversent une idée qui sont glorifiés pour l’idée qu’ils ont massacrée. Danton est debout, les générations nouvelles le regardent comme un héros. Mme Roland n’est pas représentée, elle qui fut le plus beau caractère de la Révolution.
Lien-
@Étirév
Le contraste est frappant entre la bonté de la femme et la perfidie de l’homme.
Ben voyons.
Toute la "philosophie" manichéenne de Vérité à l’envers dans cette affirmation péremptoire. -
On a voulu faire croire que comme Rousseau et Voltaire.. La rupture entre Girondins et Montagnards était une question de personnes.. Il n’en est rien, elle est d’ordre idéologique ( comme la différence entre Rousseau et Voltaire ).. Les Girondins étaient la main mise sur le mouvement révolutionnaire d’une Aristocratie financière mêlée à l’Aristocratie nobiliaire.. Les Montagnards défendants les intérêts du peuple.. Danton corrompu, trop proche des Girondins se retournent violement contre eux, pour sauver sa peau.. (provisoirement).. Ce qui se jouera après c’est la reprise en main de la révolution par la Bourgeoisie avec l’aide de l’Angleterre grâce coup d’Etat de Bonaparte.. La Bourgeoisie dans l’attente du système qu’ils ont pensé dès le commencement de la révolution à savoir une monarchie constitutionnelle selon le modèle Anglais.. Ce qu’ils feront après l’Empire.
https://www.youtube.com/watch?v=Y-gjQ2O16gg&list=PLmHjYfv8uXH6wCPttC2WjMfOLy307dQEl&index=11
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La reprise en main révolutionnaire a démarré dès que Robespierre fut guillotiné et le comité de salut public dissout. Subsistait un problème, comment mettre fin à la terreur sans Renier les idéaux de la révolution ?
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Toute la "philosophie" manichéenne de Vérité à l’envers dans cette affirmation péremptoire.
