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Accueil du site > Tribune Libre > Spinoza, une éthique d’esclave !

Spinoza, une éthique d’esclave !

Tout comme Nietzsche, Spinoza est décidément le roi de l'époque. Je n'ai pas réussi à trouver un seul article ni une seule véritable critique sur le net à l'encontre de ce célébrissime philosophe néérlandais du XVII è siècle et auteur des non moins célèbres ouvrages que sont L'éthique ou encore le Traité théologico-politique. Qualifié de panthéiste, car assimilant "Dieu" à la nature, Baruch Spinoza défend une vision intégralement déterministe et immanente de la divinité/Nature.

Pourfendeur du libre arbitre et du théisme, ou d'une quelconque forme de personnification de la divinité, il est clair que cet érudit a le vent en poupe. Plaçant la Raison au-dessus de tout, cet "hyper-rationaliste" rejette toute idée de finalité créatrice. Le développement de la création devant au contraire être considéré comme issue de la pure "nécessité".

Donc Spinoza ainsi que son plus fidèle héritier Friedrich Nietzsche, écrivais-je, sont les nouveaux dieux de notre époque. Ayant l'esprit quelque peu taquin, j'ai donc décidé de m'atteler au déboulonnage de cette nouvelle idole qui, je n'en doute pas, et malgré son indéniable (et indispensable) talent, finira lui aussi par connaître son "crépuscule".

Et en cela, je vais tenter de démontrer en quoi "le prince des philosophes" (selon Deleuze) considéré comme faisant preuve d'une pensée moderne faite d'authentique liberté ne relève que d'une énorme mystification et ne s'apparente, en définitive tout comme Nietzsche, que d'une morale, ou plus exactement d'une éthique de la plus pure des soumissions. Donc d'une morale/éthique d'esclave, comme aurait dit le philotophe de Weimar.

Mais avant d'entrer de plain-pied dans ce sujet, je tiens à préciser que Spinoza, tout comme Nietzsche d'ailleurs, ont eu un apport considérable à la pensée et notamment sur la question de la morale, ou plus exactement de la "moraline" et que je m'éfforcerai toujours d'appliquer la règle spinoziste suivante dans mes réflexions :

"Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre."

 

Spinoza et Nietzsche ou la philospohie de la "puissance des impuissants"

Spinoza n'est pas un adepte du libre arbitre ni même, pourrait-on dire, de la pensée humaniste en ce sens qu'il accorde peu voire même pas du tout de crédit à l'action humaine. En pur penseur panthéiste, il estime que l'homme n'est qu'une "créature parmi d'autres" qui doit se soumettre à la Nature et n'est en aucun cas "acteur" de quoi que ce soit. Tout étant déterminé à l'avance, l'homme doit donc se borner à "accompagner le mouvement" en acceptant le réel "tel qu'il est". Pour Nietzsche, c'est ce comportement qui relève du "fort", c'est à dire de celui qui accepte sa "destinée". Toute entreprise cherchant à avoir une quelconque maîtrise étant vaine et superflue. En langage moderne, on pourrait parler de "capacité de résilience" chère à Boris Cyrulnik.

Le problème, c'est que cette philosophie qui nie toute forme de responsabilité amène, de facto, à la passivité, donc à la soumission (je sais que certains vont hurler que c'est faux en lisant ça mais attendez la suite). 

Autre problème de taille concernant Spinoza et Nietzsche, c'est que personne ne s'est sérieusement penché sur l'aspect psychologique de cette philosophie en vérifiant s'il existait un lien entre leur parcours personnel et leur pensée. Or il est un fait incontestable : Spinoza et Nietzsche possèdent plusieurs points communs de taille, et en particulier celui lié à leur santé défaillante. Spinoza avait de graves problèmes respiratoires qui l'handicapaient fortement dans sa vie et dans ses mouvements, quant à Nietzsche, nul n'ignore qu'il était sujet à de terribles céphalées l'obligeant à rester très souvent alité. Autre point commun : ni l'un ni l'autre n'ont été mariés, n'ont eu des enfants ni même n'ont "connu" de femme. De là à en conclure qu'ils souffraient d'impuissance sexuelle, c'est une étape que je ne franchirai pas même si, suivant la formule consacrée désormais, "j'ai ma petite idée..."

Cet aparté d'ordre personnel est fondamental pour comprendre leur pensée, il est d'ailleurs parfaitement humain, et même "trop humain", de céder à la tentation en cherchant à généraliser son cas personnel. Il n'est donc pas stupide de considérer que nos deux penseurs, au vu de leur santé précaire, aient adopté le raisonnement suivant :

"Ma santé précaire m'empêche d'être dans l'action mais elle m'a ouvert les yeux sur le fait que je n'ai pas de prise sur les évènements et qu'il en est donc de même pour toute l'humanité qui se ment à elle-même en croyant avoir un libre choix. Sauf que moi j'en ai conscience. La vraie force de caractère et la véritable liberté consiste donc à "accepter ce qui est" sans chercher à changer quoi que ce soit. Il n'y a qu'une seule réalité possible et nous devons l'accepter ainsi. Il est vain et mensonger de chercher à changer "ce qui ne peut être changé". C'est le propre du vulgaire. Moi je suis "fort" parce que j'accepte ma destinée".

Voilà de manière vulgarisée résumée toute la pensée Spinozisto-Nietzschéenne. (Je défie tout "spinoziste" de me montrer que j'ai tort). Et je le redis, il ne s'agit pas ici de porter de jugement sur quoi que ce soit. On peut même estimer que cette perspective relève effectivement d'une grande force de caractère et même d'une totale rationalité. Bien sûr. Et c'est tout à fait respectable...mais à titre individuel. Je le redis également, je ne reproche pas à Spinoza de raisonner ainsi, je lui reproche de faire de son cas d'impuissance personnelle une généralité et même une règle valable pour tous. Et, ce faisant, de se faire passer pour un "homme fort" alors qu'il s'agit ni plus, ni moins que d'un comportement de soumission. Là est la mystification dont je parle au début de cet article : faire passer pour de la grandeur et de la force un comportement de soumission et de renoncement en rejetant toute forme de liberté de choix humain, donc de responsabilisation.. Parce qu'avec un tel raisonnement, qui encore une fois est parfaitement rationnel, on justifie l'esclavage !

J'exagère ? alors le mieux est que je cite Spinoza lui-même dans le texte. :

"Par ce qui précède il est manifeste que nous pouvons concevoir divers genres de démocratie ; mon dessein n’est pas de parler de tous, mais de m’en tenir au régime où tous ceux qui sont régis par les seules lois du pays, ne sont point sous la domination d’un autre, et vivent honorablement, possèdent le droit de suffrage dans l’Assemblée suprême et ont accès aux charges publiques. Je dis expressément qui sont régis par les seules lois du pays pour exclure les étrangers sujets d’un autre État. J’ai ajouté à ces mots qui ne sont pas sous la domination d’un autre pour exclure les femmes et les serviteurs qui sont sous l’autorité de leurs maris et de leurs maîtres, les enfants et les pupilles qui sont sous l’autorité des parents et des tuteurs. J’ai dit enfin qui ont une vie honorable, pour exclure ceux qui sont notés d’infamie à cause d’un crime ou d’un genre de vie déshonorant."

Traité théologico-politique, 1670

Comme ça les choses sont claires : un serviteur, ou un esclave ne peut que continuer à le rester. Il ne faut pas changer "l'ordre des choses".

Je termine par un dernier point commun entre Spinoza et Nietzsche non négligeable là encore : leur grand mépris des femmes ! Cet aspect n'est pas vraiment surprenant s'agissant de Nietzsche mais il peut plus surprendre totu adepte de Spinoza, cet homme si "posé et tolérant" et " toujours très maître de lui"

"Peut-être demandera-t-on si les femmes sont par nature ou par institution sous l’autorité des hommes ? Si c’est par institution, nulle raison ne nous obligeait à exclure les femmes du gouvernement. Si toutefois nous faisons appel à l’expérience, nous verrons que cela vient de leur faiblesse. Nulle part sur la terre hommes et femmes n’ont régné de concert, mais partout où il se trouve des hommes et des femmes, nous voyons que les hommes règnent et que les femmes sont régies, et que, de cette façon, les deux sexes vivent en bonne harmonie ; les Amazones au contraire qui, suivant une tradition, ont régné jadis, ne souffraient pas que des hommes demeurassent sur leur territoire, ne nourrissaient que les individus du sexe féminin et tuaient les mâles qu’elles avaient engendrés. Si les femmes étaient par nature les égales des hommes, si elles avaient au même degré la force d’âme, et les qualités d’esprit qui sont, dans l’espèce humaine, les éléments de la puissance et conséquemment du droit, certes, parmi tant de nations différentes, il ne pourrait ne pas s’en trouver où les deux sexes règnent également, et d’autres où les hommes seraient régis par des femmes et recevraient une éducation propre à restreindre leurs qualités d’esprit. Mais cela ne s’est vu nulle part et l’on peut affirmer en conséquence que la femme n’est pas par nature l’égale de l’homme, et aussi qu’il est impossible que les deux sexes règnent également encore bien moins que les hommes soient régis par les femmes. Que si en outre on considère les affections humaines, si l’on reconnaît que la plupart du temps l’amour des hommes pour les femmes n’a pas d’autre origine que l’appétit sensuel, qu’ils n’apprécient en elles qualités d’esprit et la sagesse qu’autant qu’elles ont de la beauté, qu’ils ne souffrent pas que les femmes aimées aient des préférences pour d’autres qu’eux et autres faits du même genre, on verra sans peine qu’on ne pourrait instituer le règne égal des hommes et des femmes sans grand dommage pour la paix. Mais assez sur ce point."

Traité théologico-politique, 1670

J'invite là aussi le lecteur à vérifier ce point : toute pensée ou toute idéologie ou religion qui rejettent les libertés individuelles et le libre arbitre ont ceci de commun : ces mêmes idéologies détestent toujours les femmes. Les femmes incarnent la licence, la liberté, le vice, bref tout ce qui ne peut pas être totalement "sous contrôle" pour toute pensée totalitaire.

Donc oui, je l'affirme ici fortement : la pensée de Spinoza est une pensée très (trop ?) rationnelle qui conduit à une attitude de soumission. Lorsque quelqu'un vous dit "il faut accepter le réel tel qu'il est" (au passage, personne ne sait définir le réel), ce qui est très différent de chercher à le "comprendre", on peut être certain que ce quelqu'un attend de nous une attitude de soumission, ce qu'il s'empressera évidemment de nier, bien évidemment.

Le point qui va suivre à propos de la période "la plus sombre de notre Histoire" est un tantinet provocateur s'agissant de Spinoza mais il illustre bien le lien entre la rationalité exclusive et la soumission qui en résulte.

 

Pierre Laval : 'il n'y a pas d'autre politique possible"

S'agissant de la Collaboration, notre époque contemporaine plutôt que de chercher à en comprendre les fondements profonds préfère, comme toujours, user de moraline en la diabolisant.

Et bien non, Pétain et Laval n'étaient pas des "monstres froids sanguinaires". En choisissant de collaborer avec l'ennemi d'alors suite à une terrible déroute de la France en 1940, il se sont comportés en hommes "de raison". Il faut bien comprendre ceci et j'invite tout un chacun à réécouter attentivement le discours de Pierre Laval "souhaitant la victoire de l'Allemagne"

Que nous dit ici Laval en substance ? Qu'il est fatigué des morts incessants, des massacres précédents et "qu'il n'y a qu'une seule politique possible". En fait, il ne fait que faire un constat "lucide" sur la situation d'alors. Et il en conclut que la seule issue possible et raisonnable est, sans prononcer le terme, de se "soumettre au vainqueur". 

Ne nous y trompons pas, cela fait plus de quarante ans maintenant que nos responsables politiques nous répètent à l'envi "qu'il n'y a qu'une seule politique possible", donc les hypocrites d'aujourd'hui qui diabolisent les dirigeants français des années 40 d'alors feraient mieux de se taire et de s'enterrer bien profondément avant de donner des leçons. 

"une seule politique possible", "une seule réalité,...On est en plein dans la pensée Spinoziste et cela pose question sur l'importance parfois demesurée que l'on accorde à la seule raison ! Parfois être "trop" raisonnable nous incite à ne plus rien faire, à rejeter toute forme de risque et donc...à se soumettre. Alors oui, j'entends à nouveau protester mes contradicteurs à grands cris " ; ce n'est pas du tout ce que dit Spinoza" !". Tout comme les goulags en Sibérie ne correspondaient pas du tout à la pensée de Marx, tout comme les bûchers au Moyen-âge n'ont rien à voir avec le christianisme ou tout comme les actes terroristes n'ont rien à voir avec l'islam. Sauf que...on ne juge pas seulement une pensée ou une idéologie sur son texte mais sur les conséquences que ladite idéologie implique. D'ailleurs, la citation ci-dessus de Spinoza le montre bien : une pensée centrée sur un déterminisme intégral ne peut mener qu'à une justification de l'esclavage. Je suis désolé mais, pour rester dans l'approche spinozienne justement, on se situe là dans une chaîne des causes absolument implacable. J'ajoute que Spinoza méprisait les "opinions" ou les "convictions" jugées vulgaires. Il est vrai que celui qui ne doute jamais est un fanatique mais celui ; à l'inverse qui ne défend jamais aucune conviction est un ectoplasme qui deviendra tôt ou tard la proie du premier.

 

Charles de Gaulle : celui qui a dit non

Après avoir évoqué Laval et Pétain, comment ne pas évoquer De Gaulle ? Voilà un homme, grand par la taille (on l'appelle 'double-mètre") qui en 1940, lui, est éclatant de santé. Les esprits binaires auront aussitôt fait de classer De Gaulle parmi les "courageux serviteurs de la liberté" face aux "affreux collabos réactionnaires ennemis de la liberté". Sauf que les choses sont tout de même un poil plus complexes. Quelle est la différence fondamentale entre Pétain et De Gaulle à cette époque ? Le courage ? Pas forcément, l'un et l'autre sont des soldats aguerris ayant participé activement à la première GM, Pétain est alors tout auréolé de son prestige et il paraît difficile de mettre sérieusement en doute son courage notamment physique. Non, la différence n'est pas de cet ordre. La différence tient sur tout à fait autre chose et il est essentiel de bien le comprendre. Comme je l'ai évoqué plus haut à propos du discours de Laval, on a à faire à des gens qui ont une approche ra-tio-nnelle de la situation et des rapports de force en présence. Pétain et Laval ne veulent plus verser de sang. Qui pourrait sérieusement le leur reprocher lorsqu'on est sorti 22 ans plus tôt de la plus effroyable boucherie de tous les temps ? Non la différence fondamentale d'un De Gaulle, c'est que celui-ci n'est pas seulement un être rationnel. Il a ce "petit quelque chose en plus", ce grain de folie que les autres ne possèdent pas. Ou plus. En un mot : De Gaulle a la foi ! Il a foi en la France ! Et oui, cet être que l'on dit à raison froid et calculateur est aussi un infatiguable amoureux de son "très cher et vieux pays". Et que cette foi se rapporte à une divinité, à un pays ou à soi-même, elle nous rend capable de "soulever les montagnes" et de donner une réalité à cet adage auquel De Gaulle croyait dur comme fer : "impossible n'est pas français !". Car oui, Spinoza n'a pas tout à fait tort ; c'est vrai qu'il y a une part de folie à 'croire" que ce qui paraît impossible devienne possible". Mais ce "petit grain de folie" qui habite certains hommes et pas d'autres, c'est précisément ça qui différencie la grandeur du reste de la masse. De l'esclave et de l'homme qui veut rester debout. Car De Gaulle était effectivement un "croyant" dans tous les sens du terme. Il était évidemment un catholique pratiquant mais, plus encore il croyait en la France et il croyait aussi, et surtout, en l'homme et en ses capacités.

"En notre temps, la seule querelle qui vaille est celle de l'homme. C'est l'homme qu'il s'agit de sauver, de faire vivre et de développer."

"« Entre possible et impossible, il n'y a que deux lettres et un état d'esprit »"

 




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2 réactions à cet article    


  • vote
    Gollum Gollum 30 juillet 10:25

    Texte trop long, indigent et caricatural on ne sait par quel bout le prendre...

    Coups bas en dessous de la ceinture, la santé défaillante des deux protagonistes (Nietzsche et Spinoza) les auraient empêché d’agir ! Comme si écrire toute une flopée de bouquins de haut niveau n’était pas de l’action !

    Au point que nos deux gars sont plus célèbres que Jules César ou Alexandre le Grand (les fameux hommes d’action au libre arbitre) qui n’ont rien laissé à la postérité que le souvenir de leurs conquêtes sans lendemain aucun alors qu’on parlera encore de Nietzsche et Spinoza dans quelques siècles encore...

    Bon premier jet... Je sais pas si j’en rajouterai d’autres...


    • vote
      micnet micnet 30 juillet 10:29

      @Gollum

      Au point que nos deux gars sont plus célèbres que Jules César ou Alexandre le Grand (les fameux hommes d’action au libre arbitre) qui n’ont rien laissé à la postérité que le souvenir de leurs conquêtes sans lendemain aucun alors qu’on parlera encore de Nietzsche et Spinoza dans quelques siècles encore...

      Nietzsche et Spinoza plus célèbres que César et alexandre ??? Bigre fallait oser la sortir celle-là smiley.
      Ceci dit à notre époque de déresponsabilisation généralisée où les masses ne veulent plus entendre parler ni"d’effort" ni "d’action" (mots devenus proscrits en France), il est clair que N et S sont sans doute plus adulés que d’autres...



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