Vos arguments sont très intéressants et pertinents. Je ne sais pas si Etienne Chouard y a répondu ici ou là, mais c’est vrai qu’il en reste souvent à un certain niveau de généralité, ce qui l’empêche de s’attarder sur les zones d’ombre que vous pointez.
1) C’est une objection majeure : le retour abrupt à une fédération de communes s’organisant sur le modèle de l’Athènes antique me semble effectivement inopportun à notre époque sans une refonte en parallèle de notre régime social. Ce serait à la Constituante tirée au sort d’en débattre, puis au peuple au moment de valider par référendum. Pour ma part, je crains qu’une évolution aussi abrupte ne soit tenable, et je me demande si un progrès démocratique par paliers ne serait pas souhaitable. De toute manière, dans la mesure où l’on sait que l’oligarchie politico-médiatique aura encore un minimum de pouvoir au moment où la Constituante élaborera son projet, il n’y a quasiment aucune chance qu’un tel projet passe, et il est très probable, dans ces circonstances, qu’on assiste à un progrès démocratique modéré... à moins qu’on ne se situe en pleine phase révolutionnaire, avec une oligarchie renversée avant la mise en place de la Constituante... Mais là, on peut imaginer tellement de scénarios, et surtout je déborde un peu du sujet.
2) Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un problème majeur, le service public des transports pourrait très facilement s’acquitter de cette tâche.
3) Tout cela est d’ores et déjà réglé par le statut de l’élu actuel, notre Parlement n’a pas compté 100 % de politiciens professionnels depuis le début de son histoire. Bien sûr, cela concernerait davantage de gens compte tenu de la rotation rapide des charges, mais ça ne changerait pas grand-chose. Etant bien entendu qu’on pourrait revoir ce statut de l’élu pour l’améliorer.
4) Chouard défend la possibilité pour le peuple de révoquer en permanence ses représentants. Mais cette solution suggère un autre problème, me direz-vous, le risque d’une instabilité politique énorme. Il y aurait là des questions de procédure à étudier pour trouver le juste milieu. On pourrait reprendre le système suggéré pour la Constituante, c’est-à-dire que le tirage au sort s’effectuerait à partir d’une liste de candidats choisis par chaque citoyen (2 ou 3 par citoyen), dont on ôterait environ le 1/5 de ceux les plus cités et le 1/5 de ceux les moins cités, ce qui garantirait un minimum de cohésion entre la population et ses représentants. Chouard propose aussi (même si ce n’est pas son idéal) un système "tempéré", avec un bicamérisme fondé sur une chambre d’élus et une chambre de tirés au sort. Cela conduirait alors à un compromis entre des politiciens professionnels élus sur un programme, et des citoyens complètement désintéressés qui feraient rempart aux lois favorisant l’oligarchie.
5) Chouard insiste beaucoup sur la révocation possible des représentants et la rotation des charges, ce qui empêche l’hypothèse de s’accaparer le pouvoir. Par ailleurs, je rappelle que les débats tenus à l’Assemblée nationale sont disponibles sur internet. On a même droit aujourd’hui à une chaîne nationale qui en retransmet certains (LCP / Public Sénat).
6) Il n’y a pas que les partis politiques qui s’intéressent aux questions politiques dans ce pays, et encore heureux. Des personnalités de la société civile pourront très bien pallier cela, elles feront même mieux puisqu’elles seront désintéressées et sortiront du formatage propre aux partis. Le débat pourrait avoir lieu régulièrement dans les communes. Dans les médias, une réforme médiatique pourrait obliger les médias à donner la parole de façon équitable et nécessairement contradictoire sur un projet de loi donné, et sans se préoccuper de ce que ces opinions représentent dans le pays (au lieu de la situation actuelle où l’on se préoccupe de répartir la parole entre la "droite" et la "gauche" officielles, même quand elles sont simultanément en accord ou en désaccord sur un sujet donné... cf le référendum de 2005).
7) J’imagine que vous faites toujours allusion au système de la fédération de communes. Avant la mise en place de ce système, le peuple français devrait débattre et voter sur la nouvelle répartition des compétences entre collectivités territoriales, ce sera donc à lui de voir ce qu’il souhaite de ce point de vue.
8) Suggéreriez-vous un financement intégralement public, mais seulement public des campagnes électorales ? C’est une idée intéressante, à étudier. Mais on retombe sur un autre problème, celui de la sélection des candidats (voir plus bas).
9) J’ai du mal à comprendre cette objection, pourriez-vous préciser ?
10) Votre système consisterait à ce que des membres de la société civile soient élus via une campagne électorale. Il faudrait nécessairement procéder à une sélection des candidatures, sur quoi se fonderait-elle ? J’imagine que vous écarteriez le système actuel consistant à accumuler un certain nombre de signatures d’élus (500 signatures de maires pour la présidentielle), étant donné que ceux-ci pourraient biaiser les candidatures en fonction de leurs intérêts : cela reviendrait donc peu ou prou à envoyer des élus à la Constituante.
11) Dans ce nouveau système démocratique, j’imagine que les médias seraient sous tutelle, donc feraient leur boulot envers les citoyens. Pour ce qui est de l’initiative des lois, c’est une question à creuser.
12) Attention, Chouard n’a jamais dit que les pays que vous citez étaient des démocraties. Ils restent des gouvernements représentatifs amendés, très loin de l’idéal démocratique, et qui conservent donc des vices propres aux oligarchies.