En ces temps de "Choc des Civilisations", il est bon de ré-écouter ce discours de Haïlé Sélassié, empereur d’Ethiopie de 1930 à 1974. Ce discours a été prononcé le 6 Octobre 1963 à l’Organisation des Nations Unies.
Le discours original est prononcé en Amharique. Heureusement, Bob Marley chante une traduction en anglais d’une partie de ce discours, dans le morceau "War".
Plus près de nous, Bruno Blum a également livré sa version en français du même extrait. C’est ce morceau "Guerre" que je vous propose ici. Voici les paroles :
Tant que la philosophie qui considère qu’une race est supérieure et une autre inférieure ne sera pas finalement et en permanence discréditée et abandonnée ;
Tant qu’il y aura des citoyens de première et de seconde classe dans une nation ;
Tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus de signification que celle de ses yeux ;
Tant que les droits de l’homme de base ne seront pas garantis également pour chacun, sans distinction de race ;
Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le rêve d’une paix durable, d’une citoyenneté mondiale et le règne de la moralité internationale ne resteront que des illusions fugitives, poursuivies mais jamais atteintes.
Et tant que les régimes mal inspirés et ignobles qui détiennent nos frères en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud
dans des chaînes inhumaines ne seront pas renversés et détruits ;
Tant que la bigoterie, les préjugés et les intérêts personnels n’auront pas été remplacés par la compréhension, la tolérance et la bonne volonté,
Tant que tous les Africains ne seront pas debout, et qu’ils ne parleront pas en tant qu’êtres libres, égaux aux yeux de tous les hommes comme ils le sont aux yeux du ciel,
Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le continent africain ne connaîtra pas la paix.
Nous les Africains nous battrons, si c’est nécessaire, et nous savons que nous vaincrons, car nous avons confiance en la victoire du bien sur le mal.
La base de la discrimination raciale et du colonialisme a toujours été économique, et c’est avec des armes économiques que nous avons déjà surmonté certains de ces maux et que nous en viendrons à bout.
A la suite de résolutions adoptées à la conférence au sommet d’Addis Abeba, les états africains ont pris plusieurs mesures économiques qui, si elles étaient adoptées par tous les états membres des Nations unies, changeraient rapidement l’intransigeance en raison.
Je demande aujourd’hui que chaque nation représentée qui soit véritablement dévouée aux principes énoncés dans la charte adhère à ces mesures.
Nous devons agir tant qu’il en est temps, tant que se présente l’occasion d’exercer ces pressions légitimes, de crainte que le temps ne s’épuise et ne nous pousse à recourir à des procédés moins heureux.
En ces temps modernes, les grandes nations de ce monde feraient bien de se rappeler que même leur propre sort n’est pas entièrement entre leurs mains.La paix réclame les efforts unis de chacun de nous. Qui peut prédire quelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ?
Pour chacun d’entre nous, l’enjeu est le même : la vie ou la mort.Nous souhaitons tous vivre.Nous cherchons tous un monde où les hommes seraient libérés des fardeaux de l’ignorance, de la pauvreté, de la faim et de la maladie.
Et, si la catastrophe devait survenir, nous serions tous pressés d’échapper à une pluie nucléaire mortelle. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont tous à parts égales sans précédent Ils n’ont pas de contrepartie dans l’expérience humaine.
Les hommes cherchent des précédents et des solutions dans les pages de l’histoire, mais il n’y en a aucun. Ceci est donc le défi suprême. Où allons-nous chercher notre survie, les réponses à des questions qui n’ont encore jamais été posées ?
Nous devons tout d’abord, nous tourner vers le Dieu Tout-puissant Qui a élevé l’homme au-dessus des animaux et l’a doté d’intelligence et de raison.
Nous devons avoir foi en Lui, qu’Il ne nous abandonne pas ou qu’Il nous permette de détruire l’humanité qu’Il a créée à son image. Et nous devons regarder en nous-mêmes, jusque dans les profondeurs de nos âmes.
Nous devons devenir ce que nous n’avons jamais été, ce à quoi notre éducation, notre expérience et notre environnement nous a très mal préparé.
Nous devons être plus grands que ce que nous avons été : plus courageux, à l’esprit plus large, au point de vue plus ouvert.
Nous devons devenir les membres d’une nouvelle race, dépasser nos préjugés insignifiants et nous soumettre à la fidélité ultime que nous devons non pas aux nations, mais à nos semblables les hommes au sein de la communauté humaine."
@Jesaipasjedemande : "De la Daube" C’est ton avis, on s’en contre-carre.
"C’était un traître comme les autre suppôts des anglais." On peut difficilement faire pire comme généralité...
"Les Africains le détestent, renseignez vous." Ah si, on peut le faire !
Il semblerait que je me sois renseigné quantité de fois plus sur ce sujet que toi. Effectivement, la DERG a réalisé un travail de propagande anti-Haïlé Sélassié en Éthiopie.
Il n’a jamais été un traître, c’est même tout le contraire. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur son règne, je vous conseille vivement l’excellent livre de Gontran de Juniac "LE DERNIER ROI DES ROIS".
Donc rectifions les inepties de mister JSPJD :
- Ses discours sont excellents, même 40 ans ou 70 ans après (70 ans, c’est pour le discours que je vais vous partager plus bas).
- L’honnêteté, la fidélité et la foi ont caractérisé cet homme durant tout son règne, pourtant émaillé de nombreuse épreuves difficiles.
- Il est un homme, et comme tous les hommes, est imparfait. Néanmoins, une partie des africains (from Africa and abroad) le considère comme leur Messie, l’incarnation de Dieu sur terre (cf Rastafarisme).
De là à dire "Les africains (sous-entendu TOUS) le considèrent comme cela ou comme ceci", il faut vraiment pas être très subtile....
"Je crois me souvenir de l’exécution d’un opposant immobilisé dans des bandelettes serrées, que des hommes armés de longues lances maintenaient debout au milieu des flammes d’un foyer, sous l’oeil approbateur de Sa Majesté... "*
Je crois me rappeler que Bob Marley a fait fouetter au sang un adolescent pick-pocket à l’oeuvre dans une soirée chez Bob.
Que ce soit vrai ou non, je souhaite rappeler deux choses :
- salir la mémoire de quelqu’un à l’aide de rumeur, de choses dont on croit se souvenir, c’est jouer à la roulette russe, et ce n’est pas honnête intellectuellement. Il est tellement facile d’inventer des anecdotes et de trouver des "témoins" pour les relayer.
- il faut bien séparer l’Homme de son Oeuvre, qu’il s’agisse d’un artiste ou d’un homme politique. On dit souvent que Hitler ne buvait pas d’alcool et était sobre avec les femmes, tout le contraire de Churchill par exemple.
On juge l’action d’un homme, pas l’homme lui-même. Ou encore On connais un arbre par les fruits qu’il donne. Les fruits que Haïlé Sélassié a laissé aux Ethiopiens, aux Africains, et finalement à nous tous sont clairement identifiables, et bons à manger !
Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites. Vous ne parlez à aucun moment de l’action de chef d’Etat de Haïlé Sélassié, ce qui est pourtant le sujet de l’article.
Que Haïlé Sélassié ait commis un meurtre, un adultère, ou quoi que ce soit que la morale réprouve, c’est triste, évidemment, mais c’est hors sujet, d’autant plus que - je me répète - Haïlé Sélassié étant un homme, il est imparfait.
Enfin, votre "prudence d’expression" ne vous a pas empêché de salir la mémoire d’un homme d’état pour un fait divers non prouvé, dont vous ne vous rappelez pas la source exacte.
par DenisRun(xxx.xxx.xxx.74)27 novembre 2011 11:19
Quelles que soient les prises de position diplomatique d’Hailé Sélassié, il avait tout compris et était honnête dans sa démarche, je suis lion d’être catho bien pensant mais faut arrêter de voir le mal partout. j’ai juste envie d’ajouter : tant que le même travaille ne sera pas payé au même prix dans le monde entier le peuple sera soumis, il y aura de l’émigration massive, du racisme, d’exacerbation des rivalités, de la pauvreté, des guerres.
par rastapopulo(xxx.xxx.xxx.183)28 novembre 2011 01:04
Je comprend au travail payé au même prix ! C’est une justification de la délocalisation et de l’uniformisation ou quoi ?
Vraiment le genre de phrase qui oublie que c’est la transformation des produits consommé qui doit être fait au maximum sur place pour offrir une indépendance technologique aux peuples. Le reste suivra comme chez nous pendant les 30 glorieuses.
En bonus, voici la présentation de l’« Appel à la Société des Nations », de Haïlé Sélassié I, le 27 juin 1936
Depuis
Londres, Haile Selassie I prépare son départ vers Genève afin de
s’exprimer à la tribune de la Société des Nations. Il fait savoir à la
Suisse cette intention ; si sa présence pour l’assemblée est acceptée,
les autorités helvétiques s’opposent à un séjour trop long dans leur
pays. Une fois à Genève, Haile Selassie se prépare pour son discours
pendant quatre jours. Le 30 juin 1936, il arrive à la SDN. Au moment où
il doit monter à la tribunes, des journalistes fascistes se mettent à
crier : « Assassin ! À la guerre ! Va rejoindre ton gouvernement ! Ça
suffit négrillon ! ». Au milieu de ce vacarme, Nicolae Titulescu, un
diplomate roumain, s’élève et clame : « À la porte les sauvages ! ».
L’assemblée éclate en applaudissements et le public des tribunes prend
également part contre les journalistes qui ont été expulsés de la
salle[116]. Une brève bagarre s’ensuit avant que l’atmosphère ne soit à
nouveau calme. Entre temps, Haile Selassié est resté impassible.
S’il
a initialement opté pour le français, alors lingua franca de la
majorité des membres de la SDN, le souverain éthiopien choisit au
dernier moment de prononcer le discours en amharique. La traduction
n’arrive qu’une demi-heure après. L’intervention est restée célèbre.
Henze met cela sur le compte l’éloquence de Haile Selassie qui lui «
valut les applaudissements de la salle et la sympathie du monde entier
». D’après Gontran De Juniac, « Son discours fit sensation. ». Malgré le
« retentissement » de cet appel, il ne semble avoir eu aucun effet
direct. Plus concrètement, le Negusse Negest évoque divers points
importants. Il critique l’absence de soutien financier à
l’Éthiopie[118], évoque le risque que cette crise représente pour la SDN
et dénonce les crimes commis par les forces de Mussolini. Il insiste
sur la portée plus globale de ce conflit :
« C’est la sécurité
collective. C’est l’existence même de la Société des Nations. C’est la
confiance que chaque État place dans les traité internationaux. C’est la
valeur des promesse faites aux petits États que leur intégrité et leur
indépendance seront préservées. C’est le choix entre d’un côté le
principe de l’égalité entre nations, et de l’autre celui de
l’acceptation de leur vassalité. En un mot, c’est la moralité
internationale qui est en jeu. »
Haile Selassie s’indigne que
l’on ait laissé un « gouvernement fort » détruire un autre peuple et
déclare : « Dieu et l’Histoire se souviendront de votre jugement », une
formule marquant ses déceptions concernant la sécurité collective. Il
insiste sur ce point dans les dernières lignes de son discours et
prévoit que d’autres pays pourraient subir le même sort que l’Éthiopie :
«
Nous le demandons aux cinquante-deux États qui nous ont promis naguère
d’aider le peuple éthiopien dans sa résistance à l’agression. Que
veulent-ils faire pour l’Éthiopie ? Et les grandes puissances, qui ont
promis la garantie de la sécurité collective pour les petits Etats sur
lesquels pèse la menace qu’ils pourraient un jour subir le sort de
l’Ethiopie, je vous demande quelles mesures comptez-vous prendre ? »
« Je prie l’Assemblé de m’excuser si je ne m’exprime pas en français
comme je l’aurais voulu ; mais je dirais mieux ma pensée, avec toute la
force de mon esprit et de mon cœur en parlant en amharique. »
«
Moi, Haile Selassie Ier, Empereur d’Ethiopie, je suis aujourd’hui ici
pour réclamer la justice, qui est due à mon peuple, et l’assistance qui
lui a été promise il y a huit mois, lorsque 50 nations affirmèrent
qu’une agression avait été commise en violation des traités
internationaux. Il n’y a pas de précédent pour un chef d’Etat de parler
lui-même devant cette assemblée. Mais, il est aussi sans exemple pour un
peuple d’être victime d’une telle injustice et d’être à présent menacé
d’abandon à son agresseur. Par ailleurs, il n’y a jamais eu auparavant
un exemple de gouvernement procédant à l’extermination systématique d’un
peuple par des moyens barbares, en violation des promesses les plus
solennelles faites aux nations du monde, de ne point recourir à une
guerre de conquête, et de ne point user du terrible poison des gaz
nocifs contre des êtres humains innocents. C’est pour défendre un peuple
qui lutte pour son indépendance millénaire que le chef de l’Empire
d’Ethiopie est venu à Genève pour remplir ce devoir suprême, après avoir
lui-même combattu à la tête de ses armés.
Je prie Dieu Tout
Puissant d’épargner aux nations les terribles supplices que mon peuple
vient de subir, et dont les chefs qui m’accompagnent ici ont été les
témoins horrifiés. J’ai le devoir d’informer les Gouvernements assemblés
à Genève, puisse qu’ils sont responsables des vies de millions
d’hommes, des femmes et d’enfants, du danger mortel qui les menace, en
leur décrivant le sort que l’Ethiopie a souffert.
Ce n’est pas
seulement aux guerriers que le Gouvernement italien a fait la guerre ;
il s’est surtout attaqué aux populations éloignées des hostilités, de
manière à les terroriser et les exterminer.
Au début, vers la fin
de l’année 1935, l’aviation italienne a lancé des bombes à gaz
lacrymogène contre mon armée. Leurs effets n’étaient que légers. Les
soldats apprirent à se disperser en attendant que le vent eut rapidement
dissipé les gaz toxiques. L’aviation italienne recourut alors à
l’ypérite. Des fûts de liquides furent jetés sur ces groupes armés. Mais
ce moyen fut également inefficace, le liquide eu des effets sur
quelques soldats seulement et les barils sur le terrain étaient
eux-mêmes un avertissement du péril pour les troupes et la population. »