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Commentaire de ffi

sur Milton Friedman et l'avidité


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ffi 5 décembre 2010 16:04

Pour le reste il semble qu’à la manière des socialistes vous pensez que l’économie doit être planifiée. La seule différence est que vous remplacez la planification étatique par une planification corporatiste avec tutelle étatiste telle qu’on la trouve dans les régimes fascistes (je ne dis pas ça par provocation, c’était le cas sous Mussolini) ou alors corrigez-moi.
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En fait, j’étudie l’organisation de l’ancien régime. Le rôle du chef de l’état y était plutôt celui d’un arbitre (il laissait faire, hors cas exceptionnels). Les corporations de métiers était plutôt locales et autogérées par les ouvriers eux-mêmes. Contrairement au cas fasciste, il ne s’agissait pas de grands Trusts dirigés par des patrons propriétaires d’une pléthore de salariés et d’équipement, mais de petites structures réunissant assez des artisans d’une richesse à peu près équivalentes (le nombre d’employé était généralement limités). On ne peut pas plaquer cela tel quel sur la société d’aujourd’hui, ce serait une erreur, car le capital s’est réparti trop inéquitablement et les salariés n’en profiteraient donc pas.
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Quand vous me parlez de droit, vous en restez au niveau de l’abstraction, car, concrètement, ce qui donne le droit d’agir en société, c’est l’argent. L’argent n’est rien d’autre que la permission d’échanger dans le domaine économique et donc d’assurer sa survie. Le comput monétaire n’est rien d’autre qu’une duplication du système légal, fondé non pas sur l’être en qualité, mais sur l’avoir en quantité.
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Vous assimilez liberté et capacité, c’est du marxisme. D’un point de vue du droit un aveugle est libre de voir, il n’en a en revanche pas les capacités. Quelque soit le régime tout individu est limité dans son action par ses moyens physiques, matériels etc. La question est de déterminer quel est le régime politique qui permet d’élargir ce champs d’action au mieux.
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Je crois que vous confondez droit et liberté. Mais il me semble que ces deux notions sont différentes. Le droit n’existe que si il y a une autorité, ce qui n’est pas le cas pour la liberté. Il suffit de se référer à la déontique pour s’en assurer : le droit est une permission de faire donné par l’autorité. Et ce droit me donnera effectivement la liberté d’agir.
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Maintenant, considérez que l’autorité institut légalement l’argent et protège légalement la propriété. Ceci n’est qu’affaire de loi. Si j’ai des dettes, la justice peut en être saisie et me demander de rembourser, car je n’ai pas la permission d’avoir des dettes. Si je prends sans payer dans un magasin, c’est du vol puisque j’ai intenté à la propriété d’autrui. La justice peut en être saisie, et me condamner, car je n’ai pas la permission de prendre sans payer, Ces 2 actions, j’ai la capacité de les faire, mais je n’en ai pas la permission car la loi m’oblige à payer dans ces deux cas.
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Songez, par exemple, qu’un Etat interdise tout échange monétaire, pour vouloir ne fonctionner que par le troc : instantanément, du fait de la loi, ceux qui ne possèdent que de l’argent n’auront plus la capacité d’échanger économiquement. L’argent ne peut donc être une capacité hors de la loi qui l’institue. En dernier ressort, c’est donc bien la loi qui permet à l’argent d’avoir une capacité d’échange.
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Ainsi, l’argent est bien, du point de vue légal, une permission fondée sur un avoir en quantité.
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Le système monétaire est donc une duplication du système légal, mais fondé sur la quantité, dont les créateurs de l’argent (par le crédit) sont des sortes de juges qui accordent la permission de faire ou de ne pas faire. Tous ces petits bouts de papiers ne sont rien d’autre que des contrats...
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Si des Banques accordent des crédits à un Etat pour faire la guerre, celui-ci ne pourra la faire que si ces crédits ont une valeur légalement reconnue au niveau international pour acheter des armes... Si ils sont considérés comme fausse monnaie, leur valeur est nulle.
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La concurrence institutionnelle permet de faire émerger les meilleurs modes de gouvernance. Si un territoire est mal gouverné les gens protestent ou votent avec leurs pieds, c’est une incitation pour adopter les bonnes pratiques que les gouvernances voisines auront su découvrir. L’essor économique de l’Europe remonte aux 12ème siècle lorsque les institutions de toutes sortes et des groupes d’intérêt divers  (Eglise, Universités etc) ont commencé à revendiquer leurs droits au seins des multiples cité-états de l’Italie du Nord. Il s’est ensuite poursuivi dans les villes-franches des Flandres devenues parmi les plus riches d’Europe au 15ème siècle. Inversement davantage de centralisation politique correspond toujours à un déclin de la vie économique.
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Vous vous placez manifestement dans une conception "darwinienne" des choses. Vous semblez vouloir "mixer" empiriquement toutes pratiques de gouvernement et prendre celle qui donne le meilleur résultat. Mais, de ce principe de sélection, ne finirez-vous par abolir fatalement toute diversité ? Vous semblez, en effet, ne vouloir garder que la meilleure, ce qui revient en fait, après la période initiale de concurrence, à tout uniformiser par imitation au final. N’est-ce pas fatal à votre proposition, puisque vous en reviendrez à une situation inverse à celle que vous désirez ?
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De plus, il faut se poser la question des contextes. Est-il toujours possible de transposer un mode de fonctionnement d’un lieu vers un autre, avec les mêmes résultats ? Il y aura nécessairement des différences, puisque les populations et les terroirs ne sont pas uniformes, résultats d’une histoire longue.
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Peut-on résoudre nos problèmes spécifiques en regardant ailleurs ? Si l’on peut s’inspirer de certaines choses, au final
, il n’y a pas le choix : il faut utiliser l’intelligence de notre situation propre pour tenter de trouver des solutions adaptées.
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Votre histoire économique de l’Europe est très raccourcie : vous oubliez le travail de fond des monastères qui ont défriché le continent et conservé les connaissances antiques (Clunisiens, Bénédictains, ...). Vous réduisez aussi l’économie au commerce maritime. Vous faites l’impasse sur les spéculations vénitiennes qui ont provoqué "l’age des ténèbres". Vous faites l’impasse sur les manufactures royales, qui ont pourtant inventé la grande industrie, vous oubliez le mécénat dans les arts pour inspirer la beauté des productions...


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