Bon d’accord il n’y a pas de citation chinoise dans cette conférence là,
mais c’est encore du Asselineau, il s’adresse à chaque fois à un public
non averti, du coup il se répète beaucoup, et prend les gens comme moi un
peu pour des idiots.
En ce qui vous concerne ce ne serait pas un mal tout de même de varier les sources, de les croiser, et de trouver
des informations plus pointues...
Asselineau fait un travail assez incroyable en multipliant ses
conférences, seulement il fait de l’UE la racine de
tous les problèmes qui se posent à nous, et ne développe
quasi-exclusivement que les problèmes liés aux transferts de
souveraineté... comme si c’était les seuls...
Vous remarquerez qu’il ne parle pas des politiques de dé-régularisation des
transactions financières qui ont donné tous les pouvoirs aux instituts
financiers, ni de la Veme république qui en présidentialisant sans cesse notre
constitution lui a donné la possibilité de donner naissance à des régimes
aveugles... ni même les pressions que nous font subir le système bancaire au travers des dettes publiques... alors que ce sont des questions tout aussi graves, et qui se posent autrement que par le problème de l’UE.
Dénoncer l’UE bille-en-tête comme la raison même de tous nos problèmes,
et non comme le moyen par lequel des problèmes se sont aggravés petit-à-petit, c’est d’ailleurs ce que ce sont mis à faire par la suite
le FN et le parti de Dupont-Aignan... et ça se comprend que la droite,
voyant s’effondrer l’idéologie qu’ils ont défendu pendant des dizaines
d’années, et n’ayant pensé aucune alternative, n’a plus comme solution
que de revenir au dernier truc qui a marché, le gaullisme, la
république, le compromis gauche-droite, et c’est bien plus facile de désigner
la construction européenne comme l’ennemi responsable de tout plutôt que de dire que le libéralisme économique s’est planté sur toute la ligne.
J’avoue que c’est convainquant, qu’il y a beaucoup de choses
pertinentes dans les constats qu’ils font, mais ce n’est encore que de
la stratégie politicienne... le preuve en est qu’aucun d’eux n’ouvrent
leur discours vers d’autres sources ou d’autres travaux qui ont été fait
par ailleurs, ils se présentent à chaque fois comme le seul véritable
dénonciateur, et in-extenso comme le seul sauveur possible, tout ça
évidemment après avoir présenté la situation comme excessivement
anxiogène, à coup de raccourcis, de dessins et d’explications effrayants
qui masquent toutes les complications politiques.
Tu m’étonnes que ça fonctionne...
Mais dans les faits Asselineau participe, comme toute la droite, à la dépolitisation de la question
politique, il omet de décrire les raisons pour les lesquelles le PS et
l’UMP ont volontairement ouvert un couloir aux ingérences de Bruxelles,
et se contente de mettre tout le monde dans le même panier. Que répondrait-il aux communistes ou aux nationalistes qui ont refusé les traités européens ? Quand on voit qu’il amalgame les travaillistes aux marxistes-léninistes... ça se voit tout de même qu’Asselineau est simplement ignorant d’une grande partie des enjeux...
Il parle de "constitution européenne" alors qu’il n’y a que des traités,
et il ne dit pas que les directives européennes ne peuvent pas, pour cette
raison précise, aller à l’encontre des constitutions nationales. Il ne
parle pas des modifications que les parlements nationaux font subir à
leurs constitutions pour rentrer dans les clous. Il ne parle pas non
plus de l’arrêt de Karlsruhe qui dénonce l’anti-constitutionnalité des
institutions de l’UE... et il ne mentionne jamais les possibilités de
dérogations aux directives européennes, du simple "opt-out" comme l’ont
fait plusieurs fois les britanniques, à la création de
nouvelles lois constitutionnels qui pourrait nous permettre de les rejeter
(comme l’a tenté par exemple le Parti de Gauche pour répondre aux "semestre
européen" : http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r2983.asp), en
passant par le compromis du Luxembourg (pourtant obtenu par De Gaulle)
qui permettrait de requérir l’unanimité sur les questions européennes
qui ne demandent que l’approbation de la majorité qualifiée... ou la
solution, plus radicale, de relancer le processus républicain par
l’élection d’une constituante qui pourrait définir clairement tous les
points sur lesquels nous ne voulons pas transférer notre souveraineté
sans un référendum national.
Evidemment... lister les différentes possibilités de rejeter les
injonctions européennes, ou les différents moyens de faire le tri dans
ce qui nous plait ou non dans les traités, ce serait
nettement contre-productif pour Asselineau qui a fait de la sortie de
l’UE son seul cheval de bataille, en simplifiant tout le problème.
Et de la même manière, ça l’arrange bien de sortir de l’idéologie et de ne pas associer l’UE aux décisions concrètes qui l’ont construite, parce que dans le cas où il remettrait véritablement la question politique dans le débat Asselineau serait bien obligé d’élargir son constat et de se
prononcer sur des problèmes sur lesquelles il ne semble pas vouloir prendre position...