Les salons mondains parisiens du XVIIIème, la coterie Holbachique comme le dit Rousseau, réunissaient tout ce qui comptait des élites en France, que ce soient dans les académies, dans la finance, dans l’armée,...etc. Mais leur niveau intellectuel fut proche de zéro, ils ne tirèrent leur gloire, pour la plupart, que par le battage propagandiste qu’ils firent les uns pour les autres. Tout comme aujourd’hui. Rien n’a changé. Pour avoir la gloire et les honneurs de son vivant, il faut tricher...
Voltaire, qualifié par Rousseau (Confessions, Livre IX, partie 2) :
« Frappé de voir ce pauvre homme, accablé, pour ainsi dire, de prospérité et de gloire, déclamer toutefois amèrement contre les misères de cette vie et trouver toujours que tout était mal, je formai l’insensé projet de le faire rentrer en lui-même, et de lui prouver que tout était bien. Voltaire, en paraissant toujours croire en Dieu, n’a jamais réellement cru qu’au diable, puisque son Dieu prétendu n’est jamais qu’un être malfaisant qui, selon lui, ne prend plaisir qu’à nuire. L’absurdité de cette doctrine, qui saute aux yeux, est surtout révoltante dans un homme comblé des biens de toute espèce, qui, du sein du bonheur, cherche à désespérer ses semblables, par l’image affreuse et cruelle de toutes les calamités dont il est exempt.
Autorisé plus que lui à compter tous les maux et les calamités de la vie humaine, j’en fis l’équitable examen ; Et je lui prouvai que de tous ces maux, il n’y en avait pas un dont la providence ne fut disculpée et qui n’eût sa source que dans l’abus que l’homme a fait de ses facultés, plus que la nature elle-même.
Je le traitais dans cette lettre avec tous les égards, toute la considération, tous les ménagements, et je le puis dire, avec tout le respect possible. Cependant, lui connaissant un amour-propre extrêmement irritable, je ne lui envoyai pas cette lettre à lui-même, mais au docteur Tronchin, son médecin et son ami, avec plein pouvoir de la donner ou la supprimer, selon ce qu’il trouverait de plus convenable.
Tronchin donna la lettre. Voltaire me répondit, en peu de lignes, qu’étant malade et garde-malade lui-même, il remettait à un autre temps sa réponse, et ne dit pas un mot sur la question. Tronchin, en m’envoyant la lettre, en joignit une, où il marquait le peu d’estime pour celui qui lui avait remise.
Je n’ai jamais publié, ni même montré ces deux lettres, n’aimant point à faire parade de ces sortes de petits triomphes. Mais elles sont en originaux dans mes recueils, liasse A, n°20 et 21. Depuis lors, Voltaire a publié cette réponse qu’il m’avait promise, mais qu’il ne m’a pas envoyé... Elle n’est autre que le roman de Candide, dont je ne puis parler, parce que je ne l’ai pas lu. »