Monsieur, Thys, c’est votre hypothèse que Dieu est une création de l’imagination humaine.
Cependant, pour accréditer cette thèse, vous devez poser que l’homme est un être qui se laisse facilement abuser par ses propres spéculations. Mais par effets collatéraux de ce postulat initial, cette théorie devrait vous laisser envisager que le darwinisme n’est peut-être lui-aussi qu’une spéculation qui abuse les esprits.
En fait, vous vous dépeignez vous-même, car c’est bien vous-même qui vous laissez abuser ainsi. Moi je tiens que les religions reposent sur des témoignages factuels, des observations qui sont miraculeuses, car non reproductibles, et qui sont transmises de générations en générations, ce qui ne m’empêche pas de prendre avec précaution ces témoignages.
Un autre effet collatéral de votre position est que cela vous rend incapable de fonder la science sur des bases solides. En effet, vous tenez que la science doit se dire "au conditionnel". Or ce conditionnel empêche d’aboutir à un véritable savoir : s’il y a bien un domaine qui peut engendrer un savoir vrai, c’est bien la science, car elle se fonde sur l’expérimentation reproductible.
Votre position aboutit donc à une perversion de la science elle-même, et cela vous est nécessaire, puisqu’ainsi vous pouvez inclure dans la science les interprétations et autres théories, lesquelles ne sont pas la science, mais participent de discours métaphysiques, c’est-à-dire des discours au sujet de la science, mais n’en sont pas.
Par exemple : lorsque j’évoque l’effet photoélectrique, en affirmant qu’il consiste en l’émission de courant électrique par un métal quand il éclairé par une lumière d’une certaine fréquence, je parle de science véritable : 100% du temps le métal éclairé convenablement produit du courant, c’est sûr et certain, et c’est reproductible à chaque fois. Le savoir produit ici est donc certain et vrai.
En revanche, lorsque j’évoque l’effet photoélectrique, en affirmant qu’il consiste en un photon qui permet à un électron de sortir de sa bande d’énergie, il ne s’agit plus de science, car mon discours traîne alors trop d’hypothèses, lesquelles peuvent être remise en cause : il s’agit donc d’une métaphysique d’interprétation, fort sophistiquée, d’un phénomène vrai. Le savoir produit ici est donc conditionnel et incertain, dans la mesure où les hypothèses employées peuvent être remises en compte.
Il s’agit donc de bien distinguer entre le fait observable et reproductible, qui engendre un savoir vrai, physique, et l’interprétation hypothétique, qui engendre un croyance incertaine, métaphysique.
Les faits physiques sont incontestables, mais les interprétations qu’on en tire ne le sont pas : elles consistent en une religion des faits, ce qui est donc du ressort de la métaphysique. Or il y a généralement de multiples manières de relier les faits.