@ Fffi :
C’est bien volontiers que je poursuis
encore un peu cet intéressant débat, bien que votre dernier message
révèle toute l’étendue de nos divergences. Je reste en effet à
l’affût d’éventuels convergences de vues et de possibles points
communs entre-nous.
Le but de cet échange, du moins pour moi, n’est pas de tenter d’avoir raison, malgré les apparences. « Avancer des hypothèses » explicatives, comme je le fais, même si elles concernent la croyance religieuse (quand même statistiquement reproductible par l’éducation religieuse, mais pas en éprouvette !), ce n’est pas « être dans un credo »par définition subjectif, mais tenter de comprendre rationnellement l’origine et les motivations psychologiques de la foi, ainsi que sa fréquente persistance neuronale, au point de souvent empêcher toute remise en question.
Je n’ai pas dit que le christianisme
était basé sur des symboles (ce n’était qu’un exemple), mais à
mon avis, se baser « sur une narration continue et linéaire »,
loin de la confirmer, nécessite, avant de l’ « interpréter,
d’avoir préalablement la foi (proche de celle du « charbonnier »
qui « ressent Dieu aussi simplement que la chaleur du soleil »
selon A.Carrel), afin d’occulter tout doute quant à la véracité de
mythes, des légendes, des témoignages oraux, manipulés et extrapolés au cours
des siècles qui ont suivi.
Certes, à l’instar des
protestants « libéraux » (dont je fus jadis), vous avez
le droit légitime « d’interpréter librement les évangiles »,
mais « la libération » ne « découle » pas,
à mon sens, de « la pratique effective du rite et de la
compréhension du message » (que celui-ci « verse à
regarder le monde extérieur » ou intérieur). Au contraire, je
crains que « la pratique effective du rite », aussi bien
ceux des catholiques, juifs, musulmans, ..., que ceux des
francs-maçons théistes, ne fasse que renforcer « émotionnellement »
leur conviction religieuse préalable. Désolé, mais la « narration »
biblique ne me semble pas « librement interprétable ».
Elle me paraît plutôt inconsciemment inféodée à la foi.
Comme vous, « je ne goûte pas les rites ésotériques, car ils me poussent à regarder mon intérieur ». En effet, « c’est la voie de l’égocentrisme et de la subjectivité », et même du nombrilisme. Par contre, j’estime qu’« en recherchant la lumière à l’intérieur de soi », SI c’est à partir de celles des autres, on n’obtient pas « l’illusion et l’hallucination, car alors on ne se coupe pas « du monde réel » et objectif. Par la confrontation des subjectivités, par « l’« allocentrisme », on s’enrichit et l’on tend vers « la réalité et la lucidité », voire vers l’« objectivité ».
Mais ce disant se pose l’éternel problème de la « vérité ». « À chacun sa vérité » (Pirandello) ? Si la « vérité » n’est qu’apparente, subjective et relative, il n’existe pas alors de vérité absolue, en adéquation avec la réalité. Mais la perception de celle-ci dépend souvent d’une croyance. On tourne en rond ... Il n’y a pas, à mon sens, de « Vérité absolue » : ce serait croire à celle d’un dieu. L’essentiel, me semble-t-il, est de rechercher ce qui permet de réunir les hommes au lieu de les diviser. Dès 1723, dans les Constitutions d’Anderson, les premiers francs-maçons spéculatifs avaient déjà une conception intéressante de la tolérance et de l’ouverture enrichissante à la différence de l’autre :
« Un Maçon est obligé de par son Titre d’obéir à la Loi Morale et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide ni un Libertin irréligieux. Mais bien que dans les Temps Anciens les Maçons fussent obligés dans chaque pays d’appartenir à la Religion de ce Pays ou de cette Nation, quelle qu’elle fût, il est maintenant considéré comme plus opportun de seulement les soumettre à cette Religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, qui consiste à être des Hommes Bons et Honnêtes ou Hommes d’Honneur et de Sincérité, quelles que soient les Dénominations ou Croyances qui puissent les distinguer ; ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le Moyen de concilier une véritable Amitié parmi des Personnes qui auraient dû rester perpétuellement Éloignées. »
C’est pourquoi, je n’estime pas que « mes conceptions sont plus pertinentes que les vôtres ». C’est l’une des différences entre un franc-maçon et un « profane ».
Nous avons aussi apparemment une conception diamétralement opposée de la liberté de conscience et de religion. Je considère que la foi est une option d’autant plus légitime et respectable qu’elle aura été choisie en ayant eu connaissance des alternatives non confessionnelles, et après réflexion sur base du libre-examen. Contrairement à beaucoup d’athées, je suis même partisan d’un enseignement pluraliste qui ferait découvrir progressivement aussi bien les principales options religieuses (et la soumission qu’elles imposent) que les options non confessionnelles (et l’autonomie qu’elles prônent), dans le but de tendre vers un choix aussi libre que possible, entre croyance et non-croyance.
La liberté, loin de reposer « sur l’enfermement en soi » consiste au contraire à s’affranchir de tous les conditionnements éducatifs, culturels, religieux, politiques, ..., qui ont été imposés. Selon moi, « le monde réel » est athée, et le monde de la croyance religieuse est imaginaire et irréel. Mais libre à vous de vous y « brancher », si cela répond à vos aspirations.
Je ne « prêche pas la bonne
parole », comme les religieux et les gourous, pas plus que je
ne cherche à avoir raison. Je le répète : je ne cherche qu’à
éventuellement ouvrir des horizons rationnels occultés aux croyants
qui le souhaitent. Point n’est besoin de « démonstration factuelle
pour en assurer autrui de la véracité » : c’est à
chacun d’en décider. Ni « une tradition bimillénaire »,
ni les milliards de croyants passés et actuels, endoctrinés pour
croire à un dieu, ne sont une garantie de véracité. Un « esprit
clair », à mes yeux, ne peut qu’être rationnel.
« La théorie des péchés capitaux », loin d’être « une merveille de la spiritualité humaine, qui synthétise les conceptions de l’antiquité grecque à nos jours (...) » me paraît une invention « diabolique » nocive et condamnable , parce qu’elle exploite et amplifie efficacement la culpabilité en regard des commandements religieux. Pour un athée, c’est sa conscience qui est le seul juge, bien plus exigent qu’un dieu imaginaire qui, via son « représentant », absout les fautes, ce qui permet de les reproduire indéfiniment. Un esprit laïque équilibré n’a nul besoin d’un psychologue ou d’un psychiatre, contrairement à de très nombreux croyants et religieux souffrant de « pathologies religieuses ».
Je ne comprends vraiment pas que pour vous, "la théorie des péchés capitaux" soit « une véritable libération, car elle (vous) permet de progresser vers la simplicité », ni que « les lubies maçonniques du "travail sur soi (vous) portaient à de nombreux complexes qui engendraient certains maux (anorexie,...etc) ». A vous lire, à !’imparfait, on croirait être en présence d’ un ex-franc-maçon déçu « de regarder son nombril » ! Comme vous, je regarde « la mort en face », puisqu’après nous ne restent que des cendres, et au mieux quelques souvenirs pendant quelque temps de ce nous avons réalisé.
Les « témoignages », qu’ils soient anciens ou actuels, de « manifestations » de « Dieu » sont subjectifs, imprécis et suspects, comme tous les témoignages humains. Vous devriez lire « la biologie de dieu », de Patrick JEAN-BAPTISTE, à propos notamment des hallucinations provoquées par une épilepsie localisée dans le lobe pariétal, comme ce fut le cas pour "Saint Paul, Moïse, ou encore Mahomet, Bouddha, Dostoïevski, Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous, etc ..", diagnostiqués évidemment a posteriori. En effet, « c’est une question de foi » ... La plupart des « mystères » d’autrefois ne le sont plus aujourd’hui ...
Je respecte, tout en
m’en étonnant, que vous puissiez assimiler « Dieu » à
un « artiste sublimement ingénieux », quand bien même
cela vous ferait « l’effet de (vous) mettre dans une certaine
disposition d’esprit ». « Question de spiritualité »,
en effet.
Certes, l’humilité n’est pas « le moyen
de la croyance en Dieu », mais les religions en font une
condition sine qua non de la croyance et de la soumission
religieuse.
Vous avez raison : je donne l’impression que mes conceptions sont plus pertinentes que celles des
croyants. Mais ce n’était pas mon intention. C’est qu’il est
difficile, lorsque l’on défend un point de vue, malgré les « il
me semble, à mon avis, à mon sens, à mes yeux, personnellement,
etc...), de ne pas donner une telle impression. Jamais le
franc-maçon que je suis ne se permettrait de penser, et donc de
dire, que mes conceptions sont plus pertinentes que les vôtres, ne
fût-ce que parce qu’en cherchant bien, il est toujours possible d’y
trouver des points de convergence, à commencer par notre simple
humanité.
01/12 05:29 - fabien1987
16/11 16:54 - Michel THYS
@ Fffi : C’est bien volontiers que je poursuis encore un peu cet intéressant débat, bien que (...)
16/11 04:32 - ffi
Pour résumer, vous êtes bien dans un crédo, car vous n’avancez que des hypothèses. Le (...)
15/11 23:41 - Michel THYS
Bonsoir Ffi, Je pense aussi que notre échange de vues touche à sa fin, au risque sinon de se (...)
15/11 13:08 - ffi
J’avais donc vu juste : vous êtes bien franc-maçon. Ca me semblait logique, étant donné votre (...)
14/11 22:02 - Michel THYS
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