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Commentaire de ffi

sur Adrien Abauzit : “Déracinement et surmoi, chaînes de l'esclavage contemporain


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ffi 5 janvier 2013 12:51

Je trouve étrange de citer ici Lordon/spinoza, car ne serait-ce que l’introduction de la vidéo me semble prendre la chose à rebrousse-poil.
 
Pour Spinoza, la cause de nos actes est le désir.
Or en posant ceci, Baruch Spinoza fait une rupture avec les conceptions d’alors.
En effet, la spiritualité chrétienne voit la volonté comme la cause de nos actes.
 
Par exemple, Saint-Augustin, et c’est rappelé par Bossuet, prend comme vérité importante que :
 
"la félicité dépend de deux choses : pouvoir ce que l’on veut et vouloir ce qui faut.[...] si vous ne pouvez pas ce que vous voulez, votre volonté n’est pas satisfaite ; de même, si vous ne voulez pas ce qu’il faut, votre volonté n’est pas réglée ; et l’un et l’autre l’empêche d’être bienheureuse, parce que la volonté qui n’est pas contente est pauvre, et la volonté qui n’est pas réglée est malade ; ce qui exclut nécessairement la félicité, qui n’est pas moins la santé parfaite de la nature que l’affluence universelle du bien."
 
Bref, imaginer le désir comme cause de nos actes, c’est à dire imaginer que notre volonté n’est que le fruit du désir, ce qui implique d’imaginer une volonté sans régulation aucune.
 
Or, qu’est-ce qui régule nos désirs et fait que notre volonté ne s’y réduit pas  ?
C’est l’intelligence stratégique et l’intelligence morale (le puis-je ? le dois-je ? Est-ce bon d’agir ainsi ?). Or ces capacités viennent de notre Esprit, elles sont spirituelles.
 
Ainsi, le totalitarisme de marché est un totalitarisme invisible, car il agit sur nos capacités invisibles, nos capacités spirituelles, de manière à les réduire pour abolir toute régulation des désirs. En revanche, le totalitarisme d’Etat, lui, est un totalitarisme visible, car il agit sur nos capacités visibles, celles liées à notre corps.
 
Le marché a besoin d’éradiquer toute spiritualité, pour pousser les gens à acheter y compris ce qu’il ne doivent pas acheter, et même, par le crédit, ce qu’il ne peuvent pas acheter...
 
Il s’agit de vendre "du temps de cerveau disponible" : L’art de la marchandisation repose donc sur la capacité à rendre le cerveau disposé à succomber au désir d’achat, même si ce désir est totalement déraisonnable... Il s’agit donc de dérégler les intelligences, voire de les éteindre, jusqu’à avoir des hommes "animalisés", simples automates agissant par l’instinct.
 
La marché a besoin d’individus à la volonté malade, d’où la quantité considérable de gens en dépression et la consommation importante d’anxiolytiques.
 
Mais, ce faisant, le marché ne peut pas engendrer la félicité.


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