D’abord, Michéa tiens sous silence la grande complexité de la philosophie socialiste en la réduisant à la vision qu’en ont quelques personnes. Cette complexité s’agrandit en passant les frontières, le socialisme russe n’ayant que peu avoir avec le socialisme allemand, lui-même ayant peu avoir avec le socialisme français, et ce tout au long de l’évolution des idées des uns et des autres.
Parler d’un "socialisme originel" n’a donc pas de sens, les origines de la pensée socialiste étant différentes pour les socialistes eux-même.
Vouloir restreindre le socialisme dans le cadre de ce "socialisme originel" est une autre erreur, car toute philosophie se développe et s’enrichit, si la base du socialisme est l’indignation, alors n’importe qui peut un jour ou l’autre en arriver à des pensées socialistes par sa propre réflexion, sans se baser sur des réflexions passées. C’est d’autant plus vrai que la plupart des gens n’étudient pas ces réflexions passées. C’est ainsi que régulièrement il émerge de nouveaux penseurs développant des idées socialistes originales ( et venant enrichir la philosophie socialiste ).
Le courant majoritaire du socialisme français a toujours été le courant révolutionnaire et républicain ( courant mené par Jaurès ), l’influence de la pensée de Marx a eu bien moins d’impact en France que la révolution française. On sent bien que Michéa semble mépriser ce courant révolutionnaire et majoritaire, et dans ces explications, tour à tour soit il nie tout simplement son existence ou son importance, soit il le range abusivement dans les "bleus" avec les libéraux.
On retrouve ce tropisme dans le fait que plus tard, au bout de sa réflexion, il fait tout simplement disparaître la gauche révolutionnaire du paysage politique en laissant entendre soit que la gauche se résume au courant social démocrate / social libéral du parti socialiste, soit que l’ensemble de la gauche française constitue une masse idéologique uniforme, ou soit qu’elle est tellement marginale qu’il ne lui semble pas nécessaire d’en parler.
Tout cela n’est pas très sérieux et contraste avec le début pourtant très bon de son discours.
Il tient sous silence la scission du mouvement ouvrier en deux grands mouvements, les communistes d’un côté ( Jules Guesdes ), et les socialistes de l’autre ( Jean Jaurès ).
Il décrit l’origine du clivage gauche / droite comme anecdotique, alors que le clivage entre la souveraineté du roi et la souveraineté du peuple ( que l’on retrouve dans sa forme moderne dans le clivage entre la souveraineté d’une oligarchie et la souveraineté du peuple ) reste le clivage fondamental qui structure la société.
Nous avons en effet bien compris depuis ces deux derniers siècles qu’il ne pouvait pas y avoir de politiques socialistes sans démocratie, sans rendre le pouvoir au peuple.
Enfin, la façon dont il parle du progrès est vraiment malhonnête. Le progrès dont parlent les socialistes est surtout le progrès social. Il met en avant abusivement une frange très marginale de la pensée des socialistes du 18ème siècle jusqu’à aujourd’hui en surestimant l’importance de ceux qui parlaient de progrès au sens du progrès technologique.
Ce sont plein d’exemples qui me viennent en vrac de sa pensée très contestable.