Cynique oui. Mais je ne crois pas du tout que ta conception de la politique soit rationnelle ni réaliste. Idéologiquement elle est plutôt dans la lignée de la french theory comme l’ont appelé les ricains, des post modernes francais anti-fondationnalistes, lignée que je ne qualifie pas vraiment de rationnelle. ( *Relis le débat Foucault Chomsky : On a un peu le même débat et exactement les mêmes divergences. ). Pas dans celle des Russell, Orwell ou Chomsky qui défendaient les concepts de rationnalité, de vérité, de justice ect...
Si comme tu le dis le "fatum" de l’Histoire est
l’éternelle imposition par le pouvoir d’un ordre social et politique
aliénant et arbitraire, le combat mené contre lui ne saurait avoir de
justification dans l’idéal d’un ordre social moins oppressif, plus
humain et plus juste, catégories que tu rejettes ou dont tu méfies. Et si on accepte ton analyse,
on est incapable de justifier les combats que nous menons en
termes de justice et cela conduit forcément à ce qui ressemble fort à un
sorte de nihilisme politique...
[*Foucault : Le prolétariat est en
guerre contre la classe dominante parce que, pour la première fois de
l’histoire, il veut prendre le pouvoir. Et parce qu’il va renverser le
pouvoir de la classe dominante, il considère cette guerre comme juste.
Chomsky : Eh bien, je ne suis pas d’accord.
Foucault : On fait la guerre pour la gagner, pas parce qu’elle est juste.
Chomsky
: Personnellement, je ne suis pas d’accord avec ça. Par exemple, si
j’étais convaincu que l’arrivée au pouvoir du prolétariat signifierait
l’avènement d’un État policier terroriste au sein duquel la liberté, la
dignité et la décence [ la common decency d’Orwell par ex ] des relations humaines seraient détruites, alors
je ne souhaiterais pas que le prolétariat prenne le pouvoir. En fait, on
ne peut vouloir l’accession au pouvoir du prolétariat, me semble-t-il,
que parce qu’on pense, à tort ou à raison, que par un tel transfert de
pouvoir on actualisera certaines valeurs humaines fondamentales. ]
La question qu’on peut te poser c’est que ok tu en appelle à la résistance, à la lutte des classes mais à la
résistance au nom de quoi ? Au bénéfice de qui ? Et dans quel but ? Ce que je dis c’est qu’il
n’est pas possible, dans le cadre de ta pensée relativiste, de répondre de
mon sens ]
Si les les concepts et les valeurs à portée transcendante par
lesquelles le projet traditionnel d’une théorie du politique s’articule [le vrai, le juste, le sujet et son émancipation ] n’ont
aucune des vertus qu’on leur attribue et ne peuvent donc servir de
points d’appui sur lesquels construire une politique réellement démocratique alors comme Chomsky le dit, ce projet là ne m’intéresse pas personnellement.