Machiavel, je n’ai pu répondre avant. Comme promis je salue bien bas le fait que tu ai lu mon pavé.
En effet je pense aussi que nous sommes d’accord sur une bonne partie du fond. Mais il y a quelques divergences sur nos approches et sur disons les issues possibles d’après moi. D’où l’intérêt de la discussion !
Je continue à penser que les peuples n’ont qu’une petite part de responsabilité.
Un enfant dont le père est violent aura pour référence cette violence. Elle lui semblera naturelle et justifiée même s’il "évolue" et ne devient pas forcément violent lui même. Elle aura participé à la construction de sa personnalité et fera partie de lui. Du moins il le semble.
Il sera donc d’après moi "semi responsable" d’un comportement violent qu’il pourrait avoir même s’il en sera pleinement responsable devant la loi car il sera responsable de ses actes. Et son détachement face à ce comportement dépendra de son "travail" pour y echapper et s’en détacher. Il lui faudra VOLONTAIREMENT chercher à echapper à cette violence. Il est donc victime à la base, et se liberera avec le temps s’il y arrive. C’est un peu vite résumé mais cela reflète ma vision de la chose.
J’ai trouvé interessant ce que tu dit sur les "sociétés de l’avoir" et les "communautés de l’être". Mais d’après moi les inégalités qui conduisirent ces communautés à devenir des sociétés (puis qui donneront des sociétés de classes) chez les "primitifs" naissent avec, au dela de l’agriculture et l’élevage, le STOCKAGE.
Avant cela, un bien productif même s’il "appartenait " à un "puissant" ne pouvait être soustrait au reste de la communauté. Car il était nécessaire au groupe pour survivre. Egalement un "riche" n’était respecté que s’il distribuait ses richesses, certains peuple appelant ça "tuer la jalousie". Car lorsqu’un homme possédait "trop" il s’exposait à la jalousie des autres et donc, a terme, à la perte de son pouvoir par la force si necessaire, car il aurait représenté un danger pour la communauté. Il devait donc rassurer la population sur sa générosité en donnant ses biens, qui lui revenaient parfois, ou qui finissaient dans les poches d’autres puisque ces sociétés fonctionnait grandement sur le "devoir" d’offrir des cadeaux aux uns et aux autres, notamment à ceux avec qui l’on ne s’entendait pas afin de prouver que l’on avait pas de mauvaises intentions. Mais lorsque le stockage est apparu, il devint possible de posséder des biens vitaux qui devinrent eux même échangeable en quantité, avant l’existence d’une monnaie. Ce qui était impossible quand les biens les plus valorisés étaient des terres ou des pirogues(rares).
Ainsi naquit la possibilité de "prendre en otage" les "pauvres" par la possession des denrées alimentaires et des "moyens de production".
Encore une fois tout cela est un peu caricatural et vite résumé, et de multiples versions existent bien sûr. Mais les inégalité qui sont les nôtres aujourd’hui sont apparues lorsque les biens de survie ont étés utilisés comme outil de pouvoir.
Tant que les "puissants" respectaient les faibles et n’abusaient pas de ce pouvoir, les choses se passaient bien. Mais lorsque les puissants commencèrent à ne pas rendre un bien, qui a une valeur productive, accessible à tous afin d’en augmenter la valeur, et que les pauvres n’avaient plus la possibilité de se révolter car ils dépendaient de ce bien pour leurs besoins élémentaires et n’avaient pas accès à d’autres moyens de production, la société de classes et l’exploitation qui va avec était née.
Je pense donc qu’aujourd’hui la situation découle de ce phénomène. La cupidité de tous est certes un des moteurs, mais elle est née de l’ampleur de l’écart entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, pour faire court.
C’est là où nos opinions divergent.
Tu dis que le peuple est responsable de la situation presque autant que les élites. Je pense que les "élites" ont volontairement déresponsabilisé les peuples, dans le discours et dans les libertés "accordées" a ces peuples.
La tv n’est elle pas un moyen super efficace de déresponsabiliser les gens ? Entre autre bien sûr, mais sous couvert d’être potentiellement un moyen d’éducation, d’accès à la culture, à la connaissance, à la découverte du monde hallucinant si on en avait fait un meilleur usage, ce que les gens s’imaginaient lorsqu’elle est apparue, elle est devenu l’outil principal de la passivité des peuples.
Mais par exemple comment reprocher aux Nigériens de ne pas se battre contre leur gouvernement, ou Areva, pour avoir droit aux richesses venant de l’exploitation de l’uranium ? Quel choix ont ils ? Quel possibilité s’offre à ceux qui en sont conscient et qui veulent agir ??Aucune d’après moi, si ce n’est une révolution ? Un coup d’état, qui profitera au premier leader charismatique qui prendra à son tour le contrôle pour son intérêt personnel (sauf très rare exception) ? A quel prix... ?
Se soustraire à ce modèle est un exercice bien complexe, voir impossible. Je pense que toi et moi en sommes là, et beaucoup d’autres bien sûr. On réfléchit et on agi, chacun à sa façon. On essai de comprendre, de trouver des alternatives. Mais il est presque impossible de ne pas avoir d’impact négatif, quel qu’en soi le degrés, sur un autre homme ou sur la nature dans la plupart de nos actes en société. Tout tourne autour de ce concept. L’écrasante majorité des objets qui nous entourent ont été fabriqué par l’exploitation d’autres hommes (et nous même sommes exploités en tant que "consommateurs" quand les seuls biens disponibles coûtent une fortune uniquement car le fabriquant peut se permettre de faire de grosses marges s’il a un monopole par exemple) ou/et de la nature. On doit faire avec ou partir vivre dans une communauté en autosuffisance, c’est plus ou moins les deux seules alternatives aujourd’hui. Et je ne parle bien sûr pas de gadgets "caprices", juste de biens de base, utiles.
Certes nous sommes tous responsables, mais par défaut. Car on nous explique dès le plus jeune age que dans la vie, il faut être dominant, avoir la meilleur note, il faut essayer de gagner le plus d’argent possible et il est normal que pour y arriver on "écrase" les autres si nécessaire. C’est la loi du plus fort, c’est dans notre "nature", alors autant l’accepter et mettre le paquet ! On fait courir tout le monde après ce modèle autodestructeur en nous expliquant qu’il n’y a rien de mal a soumettre ses congénères, a tirer profit des hommes en leur demandant le plus d’effort possible pour le plus petit salaire possible afin d’être le plus bénéficiaire possible. C’est le modèle. Chacun veut d’enrichir et c’est "normal". Voila dans quel état d’esprit "nous" sommes lancés dans la vie.
On apprend dans les écoles de commerce à créer un besoin afin de pouvoir vendre un produit pour satisfaire ce besoin, avec l’aide de psychologues...les exemples ne manquent pas...
pour moi, tous ceux qui ont confisqué les moyens de production, les richesses et les décisions politiques et économiques pour leur profit personnel au détriment du reste de la population mondiale et de la nature, au détriment des générations futures, sont coupables. Et pour ce qui est du peuple, sont coupables d’après moi tous ceux qui réalisent ce qu’impliquent leurs actes, en terme d’impact négatif sur leur environnement social et naturel, mais qui mettent leurs intérêts consciemment et sans scrupules au dessus de ceux des autres sont aussi coupables. Là dessus nous sommes d’accord si je t’ai bien compris.
Mais je suis plus tolérant car je pense sincèrement que beaucoup sont en conflit permanent avec eux même, avec leurs désirs et ce que ces désirs impliquent...Avec ce qu’ils ont appris toute leur vie et les incohérences intrinsèques qui dominent. C’est un beau bordel dans l’esprit de quantité de gens, j’en ai vraiment l’impression et c’est sur ces gens que mes espoirs se fondent. Ces gens dont je fais partie qui cherchent du sens au delà de l’enrichissement "bête et méchant".
Pour ma part, toi qui "te passionne" pour les écrits et pensées de Machiavel (que je ne connais pas assez pour en débattre bien que j’ai parcouru Le Prince que j’ai trouvé passionnant) je suis plutôt un Castoriadiste convaincu. Cornelius Castoriadis est un vrai visionnaire, et son discours me touche profondément. Et je ne me hasarderais pas à prétendre le résumer ici, mais son projet de société est un des plus cohérents en mon sens : une société constituée d’Individus Autonomes.
Et cela signifie "simplement" une société d’ADULTES, consciemment démocrates, responsables et soucieux des conséquences de leurs actes.
C’est tout...si je puis dire.