Hegel demeure un grand penseur du politique.
Il intervient à une époque où l’on se demande si la monarchie ne va pas vaciller un peu partout, où les frontières bougent tout en prenant de la consistance, où le statut de citoyen se voit peu à peu remanié, repensé, et il prend à mes yeux mieux que Kant la mesure de la tâche politique qui attend les sociétés à venir : permettre l’harmonie entre l’individu et la société, concilier l’esprit antique et les nécessités modernes, assumer le rôle du religieux, enfin faire de l’État un élément de transcendance laïque. Il avait le souci du collectif comme de l’individuel, du commerce comme de la politique, de l’athée comme du cultuel, c’est sûrement la raison pour laquelle il y a eu par la suite des hégéliens de gauche et des hégéliens de droite.
Son sort est très particulier car autant on l’a encensé jusque dans les années 50, autant après cela on lui craché au visage (ça a commencé avec le pamphlet haineux de Karl Popper à son encontre). Il est quand même l’un des rares philosophes (avec Aristote !!!!!) à ne pas figurer dans la collection de la Pléiade... Je ne suis pas sûr qu’il ait mérité, et le culte qui lui a été rendu naguère, et le mépris qu’on lui voue de nos jours.