Je suis d’accord avec l’auteur de l’article, la position de Bourdieu est difficilement tenable.
La sociologie moderne (section Bourdieu) est l’héritière du positivisme d’Auguste Comte, et fait donc partie d’un courant que je nommerais Newtonisme philosophique. L’ambition est la mathématisation des sciences humaines, sorte reproduction de la mathématisation des sciences physiques réalisée par Newton, ceci selon une méthode empiriste.
Pour mathématiser quelque chose, il faut pouvoir utiliser des symboles et des quantités, le tout articulé dans un langage rationnel. Le calcul différentiel fonctionne bien en physique parce qu’il modélise des objets inertes, gouvernés uniquement par des nécessités extérieures à eux-même : les objets de la physiques sont donc modélisés comme ce que l’on appelle des automates déterministes. Avec l’informatique on sait que tout automate déterministe peut être modélisé par un langage rationnel (on dira aussi langage régulier).
Mais dès qu’il s’agit de modéliser l’homme, nous n’avons plus un automate déterministe en tant que tel parce que l’homme vit : l’homme est un sujet, il a une activité interne non déterminable à priori, l’homme se détermine par lui-même, même s’il reste soumis à des nécessités externes.
Evidemment, je n’imagine pas que Boudieu modélise l’homme comme quelque chose d’inerte, mais il y tend, il reste toujours sur le fil du rasoir, il est ambigu à ce sujet. Tout au plus admet-il que l’homme n’est pas parfaitement déterminé, et donc admet qu’il y a une part de hasard dans son flots de statistiques recherchées au pifomètre. (partie où la discussion se porte de savoir si les classes inférieures imite le vêtement des classes supérieures ou vice-versa).
Ici, manifestement, il reproduit une ’énorme erreur des courants empiristes (tel Hume) : ceux-ci confondent généralement la contingence avec le hasard, ce qui les pousse à considérer les contingences comme des choses sans signification et sans conséquence.
Or la contingence, ce n’est pas du tout le hasard. La contingence, c’est ce qui se touche, c’est le contact (ça vient du latin contingo, qui signifie "se toucher"). La contingence a donc plutôt à voir avec des notions comme circonstance, coïncidence.
Par exemple, un choc physique est un contingence. La réaction suite à un choc entre deux objets montre certaines nécessités (conservation de la quantité de mouvement ou de l’énergie cinétique si les objets sont parfaitement élastiques) : il faut donc parfois étudier la contingence pour déterminer les nécessités...
Pour ce qui concerne l’homme, comme l’on sait que l’homme convient aux circonstances comme il l’entend nécessaire, on ne peut donc pas prétendre comprendre les nécessités de l’humanité, sans jamais prendre en compte les circonstances et les considérer au rand de hasard...
Ainsi, pour prendre une illustration dans l’extrait vidéo, Bourdieu mélange un panel "représentatif" de classes du limousin et de Bretagne et en déduit que l’ouvrier ne mange pas de poisson, sauf contingences liées à un "pur hasard", et en déduit une pseudo-psychologie ouvriériste porté sur un grand appétit pour l’usage des canines.... Poussé dans les cordes, il finit par admettre que les fils de paysans, même proches de la mer, mangent peu de poisson, ce qui est tout-à-fait normal, puisque le paysan produit sa nourriture dans son champ, et donc a sa subsistance liée aux produits de la Terre. Il en est de même du Marin qui prélève sa nourriture dans le mer, et a donc une subsistance liée aux produits de la Mer.
Donc, dans les faits, Bourdieu évacue tout l’héritage des habitudes alimentaires, et finit par en déduire n’importe quoi... De fait, la France est une nation plutôt paysanne. Mais dans les nations de marins (comme les pays scandinaves où les pays-bas), il en irait autrement.
La loi de nécessité alimentaire est simplement que les hommes mangent ce qu’il trouvent, dans les circonstances d’existence qui sont les leurs... Je n’ose imaginer ce qu’il aurait dit au sujet de certaines population qui mange des insectes, ou encore celles qui sont cannibales.
Bref, la méthode Bourdieu, c’est je mélange tout dans le plus grand désordre, je passe le tout au mixer des statistiques, j’évacue tout ce qui ne colle pas, puis j’interprète le tout selon les considérations marxo-freudienne que j’avais déjà à priori...
Bourdieu, c’est vraiment mauvais.