Le jeune qui est mort vivait dans l’entretien de ce "climat de la peur",
dans l’espoir mystique de la Résistance éternelle face au fascisme
éternel, le meilleur moyen de se trouver une raison de vivre, entretenue
par des chefs de meutes qui, le poing gauche levé et tout de
noir-blanc-rouge vêtus, diffèrent bien peu de ceux du camp d’en face, au
bras droit près.
Nous ne sommes pas en 42. Des skins, sur Paris, il
faut vraiment chercher pour en trouver (un skin isolé dans le bus que je
prends tous les soirs ne tiendrait pas une minute sans se faire casser
la gueule, si vous voyez ce que je veux dire). Et d’après les premiers
éléments de l’enquête, il s’en est pris à eux pour leur sale gueule et a
fait une mauvaise chute. Ceci n’excuse en rien la raclée infligée, mais
le contexte a son importance.
Mettez un type d’extrême droite à la
place de la victime et une bande de barbus à capuchon en face, les
politiques n’en auraient JAMAIS parlé. Pourquoi ? Parce que dans ce cas
cela faisait le jeu du Front National, tandis que là, il y a moyen de
récupérer cette histoire pour faire de ce jeune un martyr et du FN un
parti à évincer (à défaut de pouvoir le défier par la rhétorique et
l’intelligence...).
Ah, j’oubliais : Venner se flingue à Notre-Dame : "Non,
non, pas de but politique !" (malgré les lettres laissées par
l’intéressé). Ce jeune tombe sur la tête : "Attentat politique !" Il
faut arrêter deux minutes de se foutre de la gueule du monde : le seul
élément proprement politique de ce fait divers est dû à la victime qui
voulait se faire du facho. C’est tout.
Mais bon... nous sommes en
Normalie, et dans six mois ce jeune aura une rue à son nom, avant que
d’autres ne demandent à transférer sa dépouille au Panthéon pour expier
les crimes de la bête immonde. C’est couru !