Machiavel :
D abord il faudrait que l’on s’entende
sur ta définition de « preuves » parce que pour moi un bon raisonnement
n’est pas une preuve.
Si un bon raisonnement n’est pas une preuve, c’est que le raisonnement est faux quelque part...
Il s’agit de trouver le raisonnement qui est juste, celui qui modélise bien les faits.
Plus de raisonnement, je parlerais du langage adéquat.
Si un langage est analogique aux faits, on peut se fier au raisonnement lui-même. Par exemple, le langage du calcul différentiel est analogue aux rapports géométriques entre des formes géométrique et donc je peux utiliser le langage du calcul différentiel pour déterminer à priori certains rapports géométrique.
Dans ce cas, le raisonnement correct logiquement a valeur de preuve car l’on sait que ce type de raisonnement s’applique de manière valide. C’est tout le travail de recherche scientifique : trouver le bon langage, celui qui permet de tenir des raisonnements justes. Ensuite la science appliquée utilisera ce langage.
Ma manière de donner un sens à la
réalité n’est pas platonicienne,
Moi non plus.
Elle est matérialiste, selon moi toute activité humaine est située dans l’histoire :
dans quel champs historique déterminé une activité est née, à quelles structure
sociales existante elle appartient, sur quoi elle est fondée etc.
Déjà, il te faudrait définir précisément ce que tu entends par matérialisme, étant donné que le terme a plusieurs acceptions.
C’est évident que l’homme est situé dans l’histoire, cette idée ne me pose pas de problème.
Dans cette conception matérialiste de l’histoire, les idées sont
secondaires.
Les conquêtes d’Alexandre le Grand, l’extension du christianisme, l’extension de l’Islam, la découverte des Amériques, l’espace vital Aryen,...etc, autant de faits qui montrent à l’évidence que les idées ont une influence considérable sur l’histoire, et que même, dans une certaine mesure, elles la font.
C’est d’ailleurs logique : les hommes agissent selon leurs idées, pour leur but.
La cause des actes de l’homme, c’est son but
Ce n’est pas une situation existentielle antérieure,
comme dans le modèle de la causalité physique.
En physique, la conséquence suit la cause. (se produire à cause de, parce que)
En humanité, l’homme poursuit sa cause. (se battre pour une cause, pource que)
La question n’est pas de trouver de façon idéelle
le bon équilibre selon moi, mais de saisir les mécanismes profonds des
dynamiques impulsées par les praxis.
Ta réflexion se porte sur la compréhension de déterminismes historiques.
C’est que tu considères l’Homme comme un jouet inerte dans la main (invisible) du monde.
C’est un avatar du Newtonisme, appliqué à l’histoire. Appelons cela de l’inertisme historique.
C’est vrai que ma conception politique est plus classique :
"Qu’est ce qui convient de faire dans les circonstances actuelles ?"
Mais c’est le problème fondamental que j’ai avec toi,
c’ est pourquoi je parle souvent du monde des idées et de la terre des hommes.
Je n’ai pas de problème avec toi.
C’est juste que pour ma part la doctrine de « l’inertisme historique » est d’une part fausse, et d’autre part inutile : puisque tout est déjà déterminé, il suffit d’attendre que les choses se fassent toutes seules.
Si je fais une démonstration en m’appuyant sur l’histoire,
tu la réfuteras en t’appuyant sur la philosophie et ca devient vite un dialogue
de sourds.
Évidemment, puisque tu sélectionnes généralement dans l’histoire les cas particuliers qui te conviennent pour en tirer des généralités. C’est en effet toujours possible et cela permet de raconter tout et son contraire.
De mon point de vue, l’histoire doit rester essentiellement descriptive.
Qui a fait quoi, quand, où, comment, pour quoi ?
Pour moi la réalité est construite par des dynamiques,
pour toi par les idées, c’est une différence inconciliable…
Pour moi, la réalité n’est pas construire. Elle existe tel qu’elle est.
Quand tu fais référence à une dynamique, tu parles de "puissance" (au sens étymologique du mot). C’est donc un potentiel. Un potentiel découle de l’essence des choses.
Or qu’est-ce que l’essence, sinon une idée au sens platonicien ?
A mon avis, tu n’as pas vraiment compris Platon.
Donc tu essayes de déterminer des "essences" historiques, pour comprendre la dynamique de leur interaction.
Pourtant, au-début, ne clamais-tu pas te référer d’abord ce qui existe ?
En fait tu essentialises ce qui existe, pour pouvoir en déduire..
Raisonnement on ne peut plus classique en physique.
On définit les choses essentielles, puis on considère leurs interactions.
Mais faut-il appliquer cette méthode à l’histoire ou même à la politique ?
« l’inertie historique » est-elle un absolu ?
C’est une question qui peut se poser.
Comme je l’ai écrit dans la page, je ne conçois pas pour ma part qu’il y ait véritablement « d’essences sociales » (au sens de races, nations, classes,..etc strictement déterminées), car l’essence de l’homme est universellement partagée.
Cependant, il y a des groupes qui conservent à plus ou moins long terme des « habitudes existentielles ». Cela permet en effet de définir des « pseudo-essences », sorte d’essences, mais approximatives et dotées de contours toujours assez flous.
Ces « pseudo-essences » peuvent être utilisées dans une réflexion logique historique, mais leur coté approximatif fait que les raisonnements qui les emploient ne sont généralement vrais que jusqu’à un certain point.
Donc il m’est en effet assez douteux que l’étude de histoire puisse découvrir des parfaits déterminismes, les catégories employées étant déjà floues à la base.
De toute façon le rôle du politique que de peser sur le cours de l’histoire.
Le but du politique est de conserver (ou réformer) les « habitudes existentielles », ceci par des lois, par la promotion de certaines formes d’art, par la promotion de certaines conceptions philosophiques et spirituelles, par la transformation des conditions matérielles, par la propagande idéologique, par la subversion ou encore par la guerre.