@ JeanPiètre
Vous vous abusez sur mon
évocation de l’honnête homme libéral classique – pure fiction découlant de
cette abstraction : l’homo œconomicus que je citais à titre de paradigme repoussoir,
d’hypothèse improbable... Je n’encense certainement pas le libéralisme et ne
suis sûrement pas libéral. Pas plus que je ne suis communiste. (J’ai une
culture marxiste (critique) assez solide, et ai lu avec un très vif intérêt les
maitres libéraux, surtout les philosophes des Lumières (parmi lesquels Adam
Smith, pour qui l’économie n’est certes pas une science mathématique mais une
discipline morale, sur laquelle les prémisses de la révolution industrielle l’incitent
à se pencher). Simplement le dépassement du libéralisme auquel j’aspire,
implique son assimilation sérieuse.
La Richesse des nations
culmine dans une vigoureuse apologie des sentiments moraux : l’individu
smithien a conscience de son intérêt, mais aussi de ses devoirs – les uns et
les autres s’auto-engendrant réciproquement. Voilà pour la théorie ; que
la pratique historique réfutera presque aussitôt : d’où la théorie socialiste,
au fondement de cette histoire du prolétariat, contée par ses apôtres (presque tous
clercs issus de la bourgeoisie), que fut le socialisme. Un socialisme
historiquement caduque, puisque ayant sombré dans le totalitarisme soviétique –
quand il ne capitulait pas face au capitalisme (social-démocratie puis fascisme
hier et... demain ?) : d’où le merdier absolu de la globalization.
De cette double caducité de
l’individualisme et du collectivisme axiologiques, je crois que nous devons
nous efforcer de tirer les modestes conséquences historiques, en nous gardant
des théories sans jambes (socialisme scientifique) autant que des pratiques
sans tête (anarcho-capitalisme). En l’occurrence, la propriété individuelle est
aussi légitime que le service public est nécessaire : l’une est l’expression du
désir, l’autre le reflet de la civilisation. Et toutes deux sont des
manifestations de la conscience, au même titre que le droit qui les régit.
Mais, encore une fois, le vice et la vertu de tout principe dépendent
fondamentalement du contexte : je veux dire que les relations de la personne au
groupe, guidées par d’identiques maximes, ne revêtiront pas la même forme dans
une société de petite bourgeoisie provinciale encore un peu tradi, par exemple,
que dans une mégalopole postindustrielle. Les principes en eux-mêmes ne sont
que formules pieuses ; ce qui les matérialise, c’est précisément le contexte
matériel – comme ce qui les humanise… c’est le contexte humain. Pour s’en faire
une idée, il est capital de considérer l’emprise de l’appareil étatique et
administratif d’un système de redistribution donné, comme il est fondamental de
s’assurer que celui qui vous parle de liberté n’est pas lui-même prêt à faire
bon marché de celle de son prochain... Implacabilité et laxisme corrompent l’esprit
des lois ; tartufferie et fanatisme corrompent l’esprit des hommes (savoir
lesquels, des lois ou des hommes, corrompent les autres – soit les thèses
matérialiste et idéaliste – important moins que de comprendre que le fruit ne
tombe jamais loin de l’arbre).
Le progressisme des Lumières,
au fil d’avatars tortueux, a accouché de la méga-machine. La méga-machine,
d’ores et déjà en train de saccager l’environnement, s’apprête à reconfigurer
l’être humain dans sa totalité. Libéralisme et communisme n’ont fait qu’accompagner
ce processus : ils sont même l’émanation de la méga-machine, dont Descartes est
l’ingénieur putatif.
Alors finissons-en avec les
Lumières – cette pensée bourgeoise en majesté, haut-fourneau de la technocratie
darwinienne ! Cette maussaderie anglo-saxonne au scientisme superstitieux, né
puritaine sinon cynique, et logiquement dégénérée en boboïtude libertaire !
@ Mr Kout :
Je ne suis pas un sophiste. Mais je me demande si vous-même n’êtes pas un
gauchiste ou un étudiant (c’est pareil), et ne confondez pas les murs et les
écluses ? 