Excellente conférence de Rupert Sheldrake.
J’ai l’impression que plusieurs intervenants sur ce fil n’ont pas bien compris son propos. Le problème soulevé derrière les questions posées est celui des motivations psychologiques qui nous font rechercher la permanence mentale. Il se trouve que quelque chose en l’être humain est inquiété par tout ce qui est mobile, incertain, changeant. Donc inquiété par le réel, par ce qui est. C’est pourquoi nous inventons des croyances fixes, des livres fixes, des cartes fixes, des concepts fixes. Peu importe que ces croyances soient fixées par une institution religieuse ou une académie prétendument scientifique.
La "science" peut être une discipline de la mobilité intellectuelle, surfant sur l’incertitude, et dans ce cas elle joue bien son rôle, celui qu’elle prétend jouer quand elle se distingue de la croyance aveugle et déraisonnable. Mais on peut aussi appeler "science" une forme de tendance compulsive "fixiste" au nom de la raison, ce qui est évidemment une inversion de son sens premier car elle ne peut alors plus du tout être un moyen de connaître quoi que ce soit. Il faut choisir : voulons-nous être rassurés ou voulons-nous connaître ? Connaître, c’est "naître-avec" chaque instant de la réalité présente. Ce n’est pas compatible avec l’obsession de collectionner des certitudes pour se constituer une carte du réel stabilisé mais forcément imaginaire. L’attitude scientifique authentique consiste à être dans l’incertitude comme le nageur est dans l’eau. On ne peut pas prétendre nager en dehors de l’eau sous prétexte qu’on craint de se noyer. Nager consiste à nager pour nager et non à trouver un rocher pour se mettre au sec. Dès qu’on a grimpé sur le rocher, on ne nage plus.