"Après avoir battu les Wisigoths en quelques mois et pris la majeure partie de la péninsule Ibérique en 711, les armées arabes s’emparent en 718 ou 719 de Narbonne, capitale de la dernière province wisigothique, la Septimanie, et en font la capitale de leur nouvelle province, pour près de quarante ans5. Le port leur permit d’acheminer des troupes et des vivres directement sur la côte languedocienne sans avoir à passer les montagnes. Les Omeyyades nomment à sa tête Yusuf al-Fihri gouverneur jusqu’en 747 quand, rapatrié à Cordoue, il devient gouverneur de toute l’Al-Andalus (qui sera par la suite divisée en 5 provinces distinctes dont la Septimanie) pour le compte des Omeyyades de Damas.
Ses armées conquièrent ensuite Agde, Béziers et Nîmes (en 718) qui tombent aux mains du Califat5. C’est lors de cette conquête que furent notamment incendiées les Arènes de Nîmes6. Échouant devant les défenses de Toulouse, les Sarrasins prennent cependant Carcassonne en 7251.
En 756, suite à la chute des Omeyyades à Damas devant les Abbassides, le gouverneur Yusuf al-Fihri est battu par Abd al-Rahman Ier devant Cordoue. Ce dernier prend possession de toutes les dépendances arabo-musulmanes en Europe en créant un nouvel État l’Émirat de Cordoue qui durera jusqu’en 929, duquel naîtra le Califat de Cordoue, jusqu’à son éclatement en l’an 1031 en plusieurs petits émirats, les taïfas.
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Sous la domination musulmane, Narbonne devint Arbûna, le siège d’un wâli pendant quarante ans, capitale d’une des cinq provinces d’al-Andalus, aux côtés de Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse 8. L’historien égyptien Mohamed Abdallah Inane 9 situe cette province au nord des Pyrénées, incluant les côtes méditerranéennes jusqu’aux Bouches-du-Rhône, il ajoute que les principales villes de cette province sont Narbonne (Arbuna), Carcassonne ( Qarqachounah), Béziers (Bazyih), Nîmes (Nimah), Agde (Ajdah) et Castelsarrasin (Majlounah).
Les musulmans laissèrent aux anciens habitants, chrétiens et juifs, la liberté de professer leurs religions moyennant tribut10. En outre, ils firent venir d’Afrique du Nord des familles entières avec femmes et enfants afin d’élargir les bases de leur occupation11,12.
On connaît un certain nombre de walis, gouverneurs de la province narbonnaise. Le premier est Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Rhafiqi nommé en 720. Ensuite, Athima vers 737, Abd-er-Rahman el Lahmi à partir de 741, Omar ibn Omar vers 747. Le dernier gouverneur est Abd-er-Rahman ben Ocba (756-759) qui continuera à gouverner les territoires encore soumis aux musulmans, des Pyrénées jusqu’à Tortose sur l’Èbre13.
À partir de 725 ou 730, depuis la province narbonnaise et pendant quarante années, les musulmans lancent plusieurs raids vers le nord de la Gaule, remontant la vallée du Rhône, ils mènent des excursions jusqu’en Aquitaine et Bourgogne lors, notamment, de la bataille de Bordeaux.
Entretemps, Eudes le duc d’Aquitaine, parvient en 721 à briser le siège de Toulouse. Mais quelques années plus tard, il s’allie au gouverneur omeyyade Munuza Uthman Abu Naissa, subordonné du gouverneur d’Al-Andalus Anbasa ibn Suhaym Al-Kalbi. Munuza tente de se constituer une principauté indépendante en Cerdagne14. Nommé en 730, le susnommé gouverneur Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Rhafiqi, dirige alors une expédition punitive contre Munuza, qui est battu et tué.
À l’ouest l’armée de l’émir andalou Abd al-Rahman Ier se livre à la bataille de Poitiers (732) (en arabe : ma ?rakat Bal ?? aš-šuhad ??, « bataille du Pavé des Martyrs »), où elle est finalement défaite par Charles Martel15.
En 735, une partie des vaincus de Poitiers rejoignit la vallée du Rhône. Lyon est pillé, quelques églises détruites (mais certaines de celles qui l’ont été à cette période ont été à tort imputées aux armées arabes, alors qu’elles seraient le fait des attaques de Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne16
En 736, Charles Martel prend les villes d’Aix, Marseille et Arles, après que Mauronte, duc ou patrice de Provence, se soit allié avec les Maures pour sauver son autonomie17. Puis en 737, les Francs entrèrent en Septimanie, après avoir pris Avignon et égorgé une partie de sa population. Ils battirent par deux fois les Sarrasins, à Montfrin et sur le plateau de Signargues, près de Rochefort-du-Gard. Nîmes subit un sort pire qu’Avignon, les chroniqueurs parlent de têtes coupées, amoncelées en pyramide dans les Arênes. À l’appel du patrice Mauronte, horrifié par les exactions des Francs, les Sarrasins revinrent en alliés à Avignon et Marseille.
Pépin, le fils de Charles Martel, et Liutprand, roi des Lombards, s’allièrent pour les vaincre. Les deux cités provençales furent prises d’assaut. Des seigneurs francs reçurent en fief des cités stratégiques en Provence afin d’empêcher tout retour des Sarrasins18. Ce n’est qu’en 759 que le fils de Charles Martel, prend Narbonne aux musulmans et conquièrent la province de Septimanie19."