Il y a, me semble-t-il, une contradiction dans vos propos, qui provient peut-être de votre volonté d’accorder ce que vous trouvez bénéfique dans la vision de l’atome et ce que vous trouvez bénéfique dans la vision de la molécule, sans la moindre considération pour les inconvénients de l’atome et de la molécule. On ne peut pas faire son marché comme on l’entend, je pense qu’il y a des contrariétés à assumer. Je m’explique...
D’un côté vous dites (en gros) que le commun est essentiel, de l’autre qu’il doit être dicté par les individus eux-mêmes, selon leur vision des choses. Mais vous aurez alors autant de définitions du commun que vous convoquerez d’individus ! À moins que chacun soit en mesure de se rendre objectif, ce dont, pour le coup, je doute fortement.
Lorsque je vous parle d’une direction commune, surplombante, je ne vous parle pas du point de vue des riches imposé aux pauvres (je ne fais pas partie des classes aisées et ne ressent pas le besoin de leur offrir plus d’avantages qu’ils n’en ont déjà, ni même de prendre leur place) ou plus généralement des dominants sur les dominés. Je veux plutôt parler d’une causalité anthropologique dictant ses priorités et qui me fait dire que la condition politique n’est pas un choix des individus, mais une nécessité naturelle. Partant de là, le tout (la molécule) n’est plus un simple moyen de contenter le plus de monde possible, mais un préalable auquel chaque individu (riche ou pauvre, petit ou grand, noir ou blanc) se trouve soumis.
Si vous me suivez jusque-là, vous conviendrez qu’il ne s’agit plus alors de parler avant tout de droits, mais de devoirs, ce qui change considérablement la donne.
Et de même que c’est dans la perspective d’un devoir à l’égard du tout que les riches doivent reverser une partie de leur richesse dans le pot commun, invitant le tout à aller chercher les moyens financiers là où ils se trouvent, c’est dans la même perspective que devrait s’organiser le pouvoir politique, en invitant le tout à aller chercher les aptitudes là où elles se trouvent.
Tout ceci, bien sûr, dans une vision cohérente des atomes "condamnés" à vivre au sein d’une molécule, et sans pour autant que cette molécule les empêche de devenir des atomes responsables et autonomes, mais au contraire qu’elle les y aide, comme une mère vis-à-vis de ses enfants en quelque sorte.