(Suite et fin)...
À la suite des révoltes
de 2005, Alain Finkielkraut donne une interview au quotidien israélien Haaretz dont
la traduction d’extraits par Le Monde provoque certaines
réactions négatives.
L’article de Haaretz traduit
par le Monde comprend les passages :
·
« En France, on aimerait bien réduire ces émeutes à leur dimension
sociale, les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur
situation, contre la discrimination dont ils souffrent, contre le chômage. Le
problème est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une
identité musulmane. Regardez ! En France il y a aussi des immigrés dont la
situation est difficile — des Chinois, des Vietnamiens, des Portugais — et ils
ne prennent pas part aux émeutes. C’est pourquoi il est clair que cette révolte
a un caractère ethnique et religieux. »
·
« Les gens disent que l’équipe nationale française est admirée par
tous parce qu’elle est black-blanc-beur. En fait, l’équipe de France est
aujourd’hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute
l’Europe. »
Après la publication,
Alain Finkielkraut a dénoncé le montage de cette interview par "des
journalistes qui voulaient lui nuire". Alain Finkielkraut dit
"n’avoir pas contrôlé la formulation de l’article" non plus que sa
traduction et affirme que ses propos ont été "déformés par le
journaliste". En 2007, Alain Finkielkraut précise sa pensée et revient sur
les déformations de ses propos dans une interview
Le Mrap annonça
qu’il envisageait de porter plainte contre des propos qu’il considère comme
racistes puis revient sur son annonce. L’Humanité écrit
que « Finkielkraut s’abîme dans une diatribe raciste »Enfin, des
enseignants et chercheurs de l’École polytechnique, à l’initiative de Gilles Dowek,
ont publié une pétition protestant contre le « projet colonial »
qu’ils jugent sous-entendu par les propos d’Alain Finkielkraut dans Haaretz.
Ses détracteurs,
comme Acrimed,
pointent la propension d’Alain Finkielkraut à tenir des propos sujets à
controverse puis à s’en défausser au motif de déformations et de maladresses. À
ce titre, les excuses qu’il a présentées sont équivoques : « Je
présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés
(...) »
Dans son essai Après la démocratie, Emmanuel Todd revient
sur cette polémique et écrit « Jamais en France, on n’eût toléré que
des émeutiers soient caractérisés par la couleur de leur peau, si ce blasphème
antirépublicain n’avait été le fait d’un intellectuel juif, auquel la sacralisation
de la Shoah garantit
une protection plus sûre que le passé colonial aux jeunes de banlieue. Dans cet
entretien comme ailleurs, il a proposé une lecture ethnicisée et raciale des
émeutes de banlieue. »