Morpheus, j’allais vous répondre exactement ce que vient de dire Gaspard : selon moi, ce n’est absolument pas parce qu’ils sont "honnêtes" qu’ils ne veulent pas gouverner les autres, c’est surtout parce qu’ils ont moins envie que d’autres de déployer ainsi leur énergie.
Alain et ses œuvres, ils s’en foutent royalement, ce qu’ils veulent, c’est du pouvoir d’achat, et pas pour acheter les bouquins d’Alain, surtout pas.
L’immense majorité d’entre nous ont très peu d’égard pour des gens qu’ils ne connaissent pas directement.
Quant à s’auto-gouverner, c’est la clé du problème, mais bien peu en sont capables. Personnellement, je me lève tous les matins avec l’ambition de devenir plus indépendant le soir en me couchant. Quand je déconne dans la vie, je n’en veux qu’à moi-même, je ne me tourne pas vers l’État en pleurnichant, sauf quand il me soumet à une imposition que j’estime injuste. Pourtant, en France, nous vivons sous un gouvernement qui se plaît à prendre les uns et les autres par la main en leur disant : "douces victimes, sus aux méchants !"
Lorsque j’ai l’occasion de prendre quelque chose qui ne m’appartient pas et dont je peux avoir besoin en étant sûr de ne jamais être inquiété, je m’évertue de ne pas le faire : c’est aussi ça, s’"auto-gouverner", ne pas avoir besoin du gendarme ou d’un dieu punisseur pour marcher droit. Je ne dis pas que j’y arrive toujours, mais si je cède, je sais que je suis malhonnête, que j’ai intimement sali mon âme. Quel pourcentage de gens s’imposent cette logique ?
S’auto-gouverner, oui, du point de vue éthique. Quand on en est à réinstaurer une morale commune à l"école et à donner des cours aux gens pour leur apprendre le boulot de parent, les choses vont mal, très mal, et je ne vois là aucune "honnêteté" chez les gens humbles. Je vois surtout de la paresse, de la veulerie, et une bonne dose d’infantilisme que n’excuse pas la fortune des puissants.