Je m’essaye, suite à votre échange, à un exercice : articuler mon objectif politique selon cette définition des trois sphères, en partant de mon propre point de vue, bien sûr.
1. Mon propos de base est que le cœur de nos problèmes est avant tout économique. L’analyse est que les problèmes de rapport de force et de comportement antisociaux sont le fruit d’une culture (sociale et économique) fondée sur la pénurie. Cette culture (gestion de la pénurie) prend sa source au néolithique, à l’aube des civilisations, et croît en complexité et en influence à mesure que la civilisation se développe, engendrant des inégalités de plus en plus grandes. En fin de compte, la dysharmonie engendrée dans les rapports humains, tant entre eux qu’avec leur environnement, aboutit à une situation désastreuse sur tous les plans : spirituel, culturel, économique.
2. La sphère spirituelle est avant tout métaphysique, donc subjective, et repose essentiellement sur un canevas de croyances. Ces croyances sont utilisées par des institutions humaines pour servir de levier politique en orientant une population donnée dans une direction et canaliser sa pensée, donc influe sur la culture pour induire et justifier une politique économique. L’usage de mythes symboliques est au cœur de ce processus.
3. La sphère culturelle est entièrement relative et va dépendre, pendant longtemps et presque partout, des mythes élaborés par la sphère spirituelle. Au XVIIIe s., la sphère économique renverse l’influence de la sphère spirituelle sur la sphère culturelle, pour y substituer un mythe matérialiste, qui justifie le mythe du marché sa Main Invisible.
4. Mais le mythe de cette sphère économique, aujourd’hui dominante, est foncièrement erroné, car il repose sur un présupposé faux : la pénurie. Le système de gestion et de répartition des ressources qu’il instaure, fondé sur la monnaie, pose le principe de l’échange de surplus et la logique marchande. Je ne vais pas ici faire la démonstration de cette erreur fondamentale (mais je peux le faire si nécessaire).
5. Au XXIe s., la situation a évolué au point que "le monde est relié" : les sociétés sont encore divisées en nations, néanmoins, les nations exploitent les ressources partout sur le globe (du moins les nations dominantes). Politiquement, d’immenses inégalités prédominent, mais techniquement, la gestion des ressources pourrait être globale. Une gestion intelligente de ces ressources, techniquement faisable, permettrait de renverser la logique de la pénurie, pour permettre une abondance effective.
6. Le problème est que la culture dominante est parasitée par les implants (conditionnements), d’une part de l’économie de la pénurie (dominante) et d’autre part par les résidus des vieilles croyances religieuses (spiritualité dévoyée) qui s’efforce de reprendre le dessus sur la culture.
7. Changer la culture pour lui faire adopter une vision nouvelle de l’économie représente donc une double contrainte, sinon une triple : primo, il faut lutter contre les implants de l’économie de la pénurie ; secundo, il faut lutter contre les vieilles religions (qui n’y entendent rien sur le plan économique) et tertio, il faut lutter contre l’éternelle inertie face aux changements. Il (me) faut lutter pour convaincre que la pénurie n’est pas une fatalité (ni une réalité objective) ; il me faut lutter contre les mythes religieux (inefficient sur le plan économique et politique) ; il me faut lutter contre ceux qui s’accrochent à leur pouvoir et à leur domination sur les ressources.
8. Comme de grands changement impliquent une confrontation avec la société civil, c’est donc bien dans la sphère culturelle que se joue le principal enjeu. Si le grand nombre continue de croire, soit dans les principes de l’économie de la pénurie, soit dans l’ordre divin abstrait, il refusera de revoir ses présupposés culturels (ses croyances).
9. Comme je ne souhaite pas élaborer une nouvelle religion, je ne peux fonder un nouveau mythe, d’autant que ce serait totalement contre-productif. Je ne me situe pas dans une démarche "new-age", même si je plaide pour un "changement d’ère" culturelle, politique et économique.
10. Mon point de départ est donc pragmatique : le monde physique, la planète Terre. Elle n’appartient - et ne peut appartenir - à personne en particulier. Au vrai, on ne peut même pas dire qu’elle appartient à tous, car si l’on y songe, nous sommes entièrement dépendant d’Elle. En conséquence, c’est plutôt nous qui appartenons à la Terre. Nous sommes en interaction avec elle, aujourd’hui plus que jamais. Si nous ne respectons pas les principes (lois) naturelles, nous engendrons des désastres qui NOUS mettent en danger (la Terre survivra aux déséquilibres que nous engendrons, Elle a tout son temps pour s’adapter).
11. Une bonne gestion des ressources, qui passe par une conception nécessairement égalitaire, permettra de résoudre les problèmes de répartitions des biens, et cette juste répartition règlera les problèmes sociaux principaux, notamment les rapports de force. Mais ps à court terme.
12. Comment effectuer ces changements culturels, politiques et économiques sans heurts, sans bain de sang, sans dévoiement, sans fonder une nouvelle religion, sans générer de nouveaux rapports de force (qui ne peuvent JAMAIS produire d’équilibre) ?
Je n’ai pas (encore) de réponse à cette question.
Sinon l’éducation populaire.
Je sais, c’est bien faible.
Morpheus