@ Micnet
L’image du corps humain est une bonne image pour penser le corps social. En fait, je crois que le corps social fonctionne exactement à cette image, y compris maintenant. Évidemment, maintenant, ce corps social est vraiment très malade, complètement dysfonctionnel, précisément parce que le "cerveau" est lui-même profondément malade. Il envoit tout l’oxygène à un tout petit groupe de cellules malades, une tumeur cancéreuse qui aspire toutes les forces de l’organisme, et dans le même temps, il asphyxie tous les autres organes et envoit ses anticorps détruire des cellules saines. Ce cerveau est un cerveau fou. Dément. C’est cela, l’oligarchie, parce qu’aucun cerveau sein d’esprit n’agira contre son propre corps.
Mais vous abordez aussi la question de la liberté. Je n’aime pas ce mot. je ne l’aime plus et je m’en méfie. La liberté, c’est une sorte de mythe, de mythe trompeur. Elle est érigée en icône de la démocratie, et je dis que la liberté n’est pas le noyau de la démocratie, mais le slogan de l’oligarchie moderne. La version ultime de ce slogan oligarchique est « le travail rend libre ».
Le principe de la démocratie, de tout temps et en tout temps, c’est l’égalité. La liberté est un concept vraiment difficile, et nous le savons. La liberté a toujours des limites, à commencer par des limites naturelles : celles que votre organisme vous impose. Ensuite, la liberté à d’autres limites, celles que le corps social vous impose, à commencer par les pensées prémâchées qu’on vous fourre dans la tête à un âge où votre cerveau n’est pas encore assez développé pour penser par lui-même (comment se fait-il que nous soyons le seul mammifère sur cette planète à naître prématuré de deux mois ?)
La seule définition que l’on puisse donner à la liberté c’est celle de la liberté de choisir nous-même, en pleine conscience, nos limites. Vous admettrez que c’est très délicat et très loin d’être la panacée. Ne parlons alors même pas de la question subalterne à cette foutue notion de "liberté" : le choix ; le "libre-arbitre". Le libre-arbitre n’existe, lui, tout simplement pas.
Alors, même s’il me semble que l’image du corps humain soit une bonne image pour représenter le corps social, cette image comporte aussi des limites. Et la plus évidente de ces limites réside précisément dans la façon dont nous percevons les différents organes, et singulièrement le cerveau.
Dans notre conception "moderne" du cerveau, il est l’organe central, le plus important. Et cela parait logique, puisque si le cerveau ne fonctionne plus, le corps meurt. Mais un cerveau qui fonctionne peut néanmoins être malade, psychiquement gravement atteint. Le cerveau d’un psychopathe fonctionne, techniquement, aussi bien que le vôtre ou le mien. Parfois même mieux (de nombreux psychopathe sont doués d’une grande intelligence, supérieure à la moyenne). D’autre part, pour que le cerveau fonctionne bien, il a besoin de toute une série d’autres organes, à commencer par le cœur, car sans oxygène, le cerveau ne fonctionne pas. En fait, le corps humain est un tout. Si chaque organe a une fonction, il y a de nombreuses cellules qui sont multi-tâches, même si certaines cellules sont spécialisées. De plus, il faudrait une solide connaissance du corps humain pour pouvoir concevoir sérieusement un système social sur ce modèle, sans quoi nous commettrions des erreurs grossières, des sophismes réducteurs, des simplifications outrancières.
Alors, un "gouvernement / cerveau" spécialisé ? C’est une autre façon de désigner l’aristocratie, le "gouvernement des meilleurs" : la condition sine qua non à cette aristocratie, c’est un contrôle sévère et permanent de ces "cellules spécialisées", afin qu’elle restent les meilleurs, ET un traitement économique égal à toutes les autres cellules.
Cordialement,
Morpheus