Parce que je ne me réfère pas à Aristote qui, s’il a l’honnêteté intellectuelle de dire l’évidence concernant la procédure du tirage au sort, n’en demeure pas moins un adversaire de la démocratie. Sa conception de celle-ci ne saurait donc être juste en tout, et concernant le fait que l’égalité EST le critère déterminant de la démocratie et pas la liberté, je persiste et signe. Si les grecs avaient au moins quatre termes pour parler de l’égalité, ce n’est pas anecdotique.
La liberté évoquée par les grecs pour parler de la démocratie, c’est le concept d’autonomie, sous le vocable éleuthéria, l’idéal politique partagé tant par les oligarques que les démocrates.
Dans la sphère publique, l’éleuthéria était le droit de chaque citoyen à participer au fonctionnement des institutions ; en privé, c’était le droit de chaque citoyen de vivre comme il l’entendait sans attenter à la liberté d’autrui (zèn hôs boulêtai tis).
L’adjectif éleuthéros signifiant "libre" désigne une personne libre par opposition à un esclave (doulos), ou un citoyen de naissance par rapport à un étranger libre (xénos). Donc lorsque Aristote parle de la liberté démocratique, c’est en ce sens-là : l’opposition au statut d’esclave, non en tant qu’idéal démocratique au sens où les modernes (nous) l’entendons.
Morpheus