La thématique Fridatesque d’inspiration néocons.
" L’illusion d’un débat contradictoire :
1/ La version plutôt républicaine
Il s’agit de la doctrine du « Choc des civilisations » inspirée par l’intellectuel Samuel Huntington qui fut membre du Conseil de sécurité nationale au sein de l’administration Carter. Pour lui, la source fondamentale de conflit dans ce nouveau monde ne sera pas essentiellement idéologique ou économique, mais principalement culturelle, et les principaux conflits de la politique mondiale se produiront entre nations et groupes de différentes civilisations.
Dès lors, comment concocter une stratégie de domination, déguisée en science, qui exploite ce constat ? Huntington souligne le retour des identités culturelles, mises entre parenthèses durant l’époque de l’ordre binaire de la guerre froide (1947-1990). Le monde se divise en une dizaine de civilisations : Les civilisations chinoise, japonaise, hindoue, islamique, occidentale, latino-américaine, africaine et orthodoxe. Une classification huntingtonienne purement arbitraire, contestable et contestée. En effet, Huntington ne tient pas compte dans sa proposition des enjeux politico-financiers, des différences religieuses entre mondes musulman et chrétien, il postule que l’Occident est garant des valeurs démocratiques, ou encore il inclut la Grèce uniquement dans l’univers orthodoxe. Selon lui le monde arabo-musulman serait entré en guerre contre le monde judéo-chrétien. Il décrit l’islam et la Chine comme « des puissances grandissantes potentiellement unies » et parle de « la filière islamo-confucéenne », face à un Occident déclinant au XXIe siècle. Opposé à un interventionnisme direct, il préconise le conflit par pays interposés afin d’éliminer les rivaux. Selon lui l’intervention occidentale dans les affaires des autres civilisations est probablement la source la plus dangereuse d’instabilité et de conflit potentiel global dans un monde multi-civilisationnel. Washington doit passer un accord de zone d’influence avec Moscou, soutenir le Japon habilement pour en faire un concurrent de la Chine en Asie, et ainsi empêcher Pékin d’élargir l’axe islamo-confucéen.
Malgré des différences notables, en particulier sur le procédé le mieux adapté pour servir les intérêts américains dans le reste du monde par des interventions directes ou indirectes, les thèses d’Huntington servirent de support idéologique aux dirigeants de l’administration Bush Jr, combinant ainsi une forme de sublimation du religieux à d’autres impératifs beaucoup plus stratégiques et pragmatiques, ce que Bush Junior a appelé « la guerre contre l’axe du mal ».
(La formule « choc de civilisations » fut lancé pour la première fois par Bernard Lewis à la fois consultant du Conseil de sécurité nationale des États-Unis et conseiller de Benyamin Netanyahou alors ambassadeur d’Israël à l’ONU).
2/ La version plutôt démocrate
Zbigniew Brzezinski n’est pas un néo-conservateur au sens strict, néanmoins son influence au sein du pouvoir profond américain fait de lui un personnage incontournable du dispositif américain en matière de politique étrangère. Il prône la méthode douce en apparence, et se fait une spécialité de la guerre indirecte et durable de faible intensité. Pour y parvenir, il défend le financement de groupes terroristes. Comme l’affirme l’ancien directeur de la CIA Robert Gates dans ses Mémoires : les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l’intervention soviétique. Robert Gates, l’homme de Brzezinski, est le véritable fil conducteur des idées du PNAC chez les républicains et chez les démocrates. Il a été secrétaire à la Défense des États-Unis sous George Bush Jr, et il a conservé son poste avec Obama.
Pour Brzezinski la suprématie américaine est un impératif géostratégique. Il est primordial qu’aucun pays challenger n’émerge et soit capable de dominer l’Eurasie.
Il écrit : « L’Asie centrale et la mer Caspienne sont connus pour contenir des réserves de gaz naturel et de pétrole qui éclipsent celles du Koweït, du Golfe du Mexique, ou de la mer du Nord… Cela met l’accent sur les manœuvres et les manipulations que ne devons mettre en place, afin de prévenir l’émergence d’une coalition hostile qui pourrait chercher à contester la primauté de l’Amérique. La tâche la plus urgente consiste à s’assurer qu’aucun Etat ou combinaison d’Etats gagne la capacité d’expulser les États-Unis de l’Eurasie ou même de diminuer de manière significative son rôle décisif d’arbitrage. »
Zbigniew Brzezinski, un homme omniprésent quel que soit le pouvoir en place. Conseiller de la sécurité nationale sous la présidence de Jimmy Carter (1977-81), Administrateur et fondateur de la Commission Trilatérale sous Ronald Reagan – membre du NSC-Département de la Défense, membre du Foreign Intelligence, ancien membre du conseil d’administration du Council on Foreign Relations (C F R), en 1988 il est conseiller à la sécurité nationale pour l’administration Bush père, et il fut également l’un des membres participants au Groupe de Bilderberg. Actuellement, Brzezinski est le Conseiller d’Obama en politique étrangère. "
Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-reseaux-neoconservateurs-128498