Eric, mon propos n’était pas de "démolir" Aristote, mais de montrer que ses principes de la pensée avaient influencé - négativement - le monde occidental. Je ne le tiens pas pour responsable, à lui tout seul, de ce que d’autres que lui firent de cela, et je ne veux pas réduire l’œuvre d’Aristote à cela.
J’observe par contre que ce mode de pensée dualiste empoisonne nos concepts, notre façon de penser, notre langage, nos relations humaines, depuis trop longtemps. Cela, c’est juste l’observation de faits incontestables. Cette simple observation (que j’avais moi-même faite avant de découvrir Korzybski, même si je ne l’attribuais pas à Aristote, mais au manichéisme chrétien - qui n’a fait que perpétuer et peut-être amplifier par dogmatisme ce dualisme) ne réduit pas Aristote à cela.
C’est de cela que je parle lorsque j’évoque la pensée aristotélicienne, de la même façon que Korzybski lorsqu’il parle de conception non-aristotélicienne (non-Â).
De la même façon, je ne vais pas en vouloir à Lucrèce et Démocrite d’avoir formulé la théorie atomique il y a 26 siècles, quand bien même celle-ci fut invalidée par la physique quantique* (en revanche, je trouve proprement ahurissant que le monde scientifique ne cesse d’utiliser le terme "atome" pour décrire un élément qui ne correspond nullement à ce que signifie le mot : personnellement, je parle de nanoparticule, et non d’atome).
Donc, Eric, mon point n’était pas tant Aristote que l’usage déplorable que d’autres que lui ont fait de sa pensée dualiste (tout de même à la base de sa pensée). Dualisme que l’on retrouve d’ailleurs dans ce que tu dis ci-dessus en séparant vertus intellectuelles et vertus morales : C’est le fait même de concevoir cela comme des choses séparées (réifiées) qui constitue le blocage cognitif qui parasite notre pensée. Cette logique par opposition nous maintient prisonnier des réactions émotionnelles (réactions bloquées au niveau du thalamus), et nous empêche d’utiliser correctement notre cortex. Ainsi, il n’y a pas de vertus morales d’un côté et intellectuelles de l’autre : il n’y a tout simplement pas de vertu du tout (la vertu est une notion arbitraire, abstraite, issue du dualisme qui engendre des jugements de valeur).
* à noter qu’elle fut également invalidée bien avant la physique quantique, vers le 8e s. de notre ère, par des exégètes du bouddhisme, à travers une expérience de pensée tout-à-fait édifiante
- (et hop, là on rejoint le sujet de Frida sur Gandhara ; la rencontre entre l’occident grec et l’orient bouddhiste)