@ Lucien :
Votre réponse est importante, car elle fourmille de clichés anachroniques.
J’ai une autre approche du vote que vous, donc de la démocratie.
Pour moi, le vote n’est pas un acte politique, c’est un acte purement commercial : on vote pour un produit, pas pour le sort de la communauté. Ce qu’atteste d’ailleurs ce que vous dites vous-même - je vous cite :
"Le vote c’est la même chose que mettre des produits dans son caddie : vous choisissez votre programme culinaire."
Ensuite, vous me parlez de l’arbre à palabres, auquel je suis très sensible, mais il se trouve que l’arbre à palabres n’a de sens qu’au sein d’une communauté réduite et soucieuse du bien commun. Il n’y a pas d’individus autour de l’arbre à palabres, mais des membres conscients de faire partie d’une communauté et de n’être rien sans elle. Le recours aux palabres s’accompagne d’une part de magie, d’une hiérarchie villageoise, d’un respect de la parole des anciens, etc. Toutes choses dont la société des ayants droit a fait son deuil depuis belle lurette, cher Lucien.
De fait, le vote n’est envisageable que dans des communautés réduites et homogènes : réduites car tout le monde s’y connaît et n’a pas besoin de recourir au téléphone arabe des médias pour se fier à son prochain, homogènes afin que chaque vote ait la même valeur, en connaissances de causes.
La démocratie comme je l’entends mérite mieux que le vote, d’une part parce qu’elle est censée régir un territoire de plusieurs millions d’âmes, d’autre part parce que nous avons déjà une tendance suffisamment forte à l’acte marchand et à l’individualisme pour ne pas en rajouter avec de vieilles lunes. Et ces "vieilles lunes" à dépasser, qu’elles sont-elles ? Voici en gros l’état des lieux, en dix points majeurs :
1. L’idée de contrat social à dépasser, totalement mythique ;
2. L’idée de société qui en découle, rigoureusement faux, comme nous l’apprend l’anthropologie ;
3. L’idée de communauté et plus généralement de commun à promouvoir en conséquence ;
4. L’idée de réenchâssement de l’économie dans les affaires courantes de la communauté, et non plus autonomie et suprématie la concernant, comme c’est le cas aujourd’hui ;
5. L’idée, à abroger, d’une professionnalisation mercantile de l’activité politique par le biais des partis ;
6. L’idée subséquente de l’amateurisme en politique, tempéré par la recherche de la connaissance et non plus des opinions les plus fédératives (biais typiquement marchand) ;
7. L’idée d’un retour aux valeurs, à la supériorité politique (j’insiste) des valeurs publiques sur les valeurs privées ;
8. L’idée d’un retour à la justice distributive rétribuant les efforts politiques de chacun du point de vue de l’essor du tout (la communauté) et non des parties (les individus) ;
9. L’idée d’une dissociation entre producteurs-consommateurs (attachés aux seuls temps domestique et professionnel) et citoyens (ajoutant à cela un temps politique intercalé dans leur vie quotidienne) ;
10. L’idée enfin d’un fractionnement de la formation au métier de citoyen entre éducation à la vie en communauté (dispensée dans les foyers responsabilisés) et instruction à l’épanouissement et à l’actualisation des potentiels de chacun (assurée par une école réformée et recentrée sur l’essentiel).
J’appelle le régime mixte engendré démocratie ordinale, c’est-à-dire fondée en raison, s’opposant à la démocratie cardinale, fondée en nombre quant à elle.