@MaQ, Eric et ErQar
Ces échanges sur l’importance de
l’homo oeconomus (ou l’homme = estomac sur pattes) me font furieusement penser à un article que j’avais mis en ligne et qui traitait du récit de la tentation de Jésus dans le désert. Tentation revue et corrigée au-travers d’un roman qui met en scène un dialogue entre Jésus et Judas l’iscariote.

"Judas : Il suffit de transformer ces pierres en pain, donner à manger à tous...Que souhaiter de plus aux hommes ? Qu’ils aient le ventre plein et il n’y aura plus de guerre, plus de riches, plus de pauvres, plus d’injustice ; assez de nourriture pour tous, il n’y a rien d’autre à désirer, nous n’avons pas d’autres problèmes à résoudre, pas d’autres béatitudes à souhaiter que celle d’une longue et bonne digestion et un sommeil tranquille sous le ciel clément...
- Jésus : L’homme ne vivra pas seulement de pain. L’homme n’est pas que matière et ventre, il a faim d’autres nourritures, faim d’amitié, de poésie, de beauté, de vérité. Ne crois pas qu’on puisse réduire le désir de l’homme à ses besoins immédiats. La satiété n’est pas le bonheur, regarde les plus riches, les plus gras parmi nous, regarde leurs yeux ; ils ne manquent de rien et, pourtant, c’est l’essentiel qu’il leur manque. L’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais aussi de vrai silence et de vraies paroles d’amour et de lumière, il y a en lui un désir infini qui ne se laisse rassasier par rien, un désir infini que seul l’Infini seul peut combler...’
Judas haussa les épaules et soupira : "Pauvre Messie, doux rêveur, il me faudra m’atteler à une tâche plus utile et plus solide que la tienne...". Ils restèrent ainsi côte à côte, absorbés l’un et l’autre par leurs pensées. Tout à coup, Judas se tint debout face à Yeshoua :
’- En l’honneur de YHWH notre Dieu, Yeshoua, nous devons rassembler toutes les nations et n’en faire qu’une seule ; sous l’étendard de son Nom, il ne faut qu’un seul chef, un seul maître du monde, et que tout lui soit soumis, c’est la juste solution. Tant qu’il y aura des différences de nations, de cultures, de langues, de races, de religions, nous ne serons pas à l’image de l’Unique. Voilà le Messie que le monde attend, quelqu’un qui lui dise ce qui est bien, ce qui est mal, et qu’il n’y ait plus qu’à suivre la loi, une loi unique pour tous...’ Judas s’exaltait : ’ Que vienne le Règne de Dieu, que son Nom soit imposé à tous ; dehors les infidèles, les impies, les impurs, que justice soit faite ! Il n’y a pas d’autres solutions, yeshoua. Prosternons-nous devant l’Unique, Yeshoua, incarnons-le, il n’y a pas d’autre réalité, pas d’autre Dieu !
- Jésus : Ton Dieu unique n’est pas Dieu, Judas. C’est une idole, une idole du pouvoir, une idéologie...Notre Dieu n’est pas unique, il est Un. l’Un respecte le multiple et les différences - l’Unique les détruit. La vie prend de multiples visages, des corps sans ressemblances, et pourtant la vie est une...C’est le même air, le même souffle pour tous mais chacun le respire à sa façon. Tous les hommes ont le même squelette, la même structure, c’est vrai, et tu voudrais les réduire à ça...Pourquoi voudrais-tu les faire entrer dans un seul moule...Ne faut-il pas au contraire sauver les hommes de l’uniformité, de leur réduction au même par un seul pouvoir qui s’impose ?...Imagine un monde où les frontières n’arrêteraient personne, où les murs ne nous sépareraient pas les uns des autres, mais nous serviraient d’abri commun...
- Judas : Il ne suffit pas d’imaginer, Yeshoua ! Il faut obliger les hommes à faire le Bien, détruire toutes les frontières, abattre tous les murs, ne parler qu’une seule langue : nous devons imposer notre vision de la paix. Tu traites les hommes comme si, dans le fond, ils étaient libres, adultes et bons - tu rêves, Yeshoua ! Regarde l’histoire de notre peuple et celle de tous les peuples : les hommes sont mauvais, ce sont des enfants capricieux, si tu leur donnes trop de caresses, ils deviennent des bêtes stupides et féroces. C’est seulement en les menant par le fouet qu’ils deviendront doux et humbles.
- Jésus : Je ne te crois pas Judas, on ne guérit pas le mal par le mal, la violence par la violence. On ne cueille pas des raisins sur des épines...Si on reconnaît un arbre à ses fruits, comment imagines-tu que de la haine naisse l’amour, que de la guerre vienne la paix ?
- Regarde l’histoire, Yeshoua ! répéta Judas. ’"