Je ne reviens pas sur l’argument du "mythe", auquel je ne me suis pas opposé. Il y a inévitablement une part de mythe, une part religieuse également. Certains êtres sont plus faibles que d’autres et en ont besoin (c’est mal vu de l’admettre, mais vous le savez très bien vous-même).
Sur l’individualisme, en revanche - et ce n’est pas une nouveauté donc je ferai court - je ne suis absolument pas d’accord. On ne peut pas prétendre qu’au XIIIe siècle, des esprits boutiquiers aient pu voir dans le marc de café ce que leurs descendants pourraient tirer de l’individualisation galopante. À cette époque, le pouvoir politique a été mis à mal et s’est attaché les services de la bourgeoisie, non pour asservir les masses, mais pour consolider les frontières et les institutions, ce qui a fonctionné. C’est ensuite que les bourgeois - issus du peuple, faut-il le rappeler - ont commencé à jouer des coudes pour obtenir toujours plus de pouvoir. Ceci s’est alors réalisé en deux étapes :
1. La noblesse - grande rivale - a été foutue en l’air ;
2. Le peuple - gros cocu - a été instrumentalisé... mais uniquement à partir du XVIIIe siècle, et pour son grand profit également puisque la monarchie est tombée et la société de consommation est apparue, le peuple ne trouvant à y redire - un peu tard - qu’à partir des années 1970 !!!
L’argent aura été un véritable outil du nivellement, l’instrument des parvenus, avant de devenir, à cause d’une percolation peu rapide jusqu’à la base de la société (en temps de crise, ce qui nous pendait au nez), odieux et à abattre à son tour.
Ce qui est en cause, c’est la lente introduction d’une philosophie tour à tour nominaliste, positiviste, historiciste, relativiste, qui, jointe aux événements concomitants auxquels elle a su faire écho et qui lui ont donné corps, a peu à peu disqualifié les anciennes hiérarchies sclérosées pour leur substituer une mosaïque d’individualités mues par leur seul intérêt matériel. Où l’on est progressivement passé à la fois de Philippe Auguste à François Hollande, et de Saint Thomas à Alain Minc, mais aussi d’un peuple de paysans à une société de l’IPad et du frigo bien garni.
Les hiérarchies sont consubstantielles aux communautés humaines étendues. En abattant les anciennes, on s’est cru débarrassé du principe même de hiérarchie. Grave erreur. Une noblesse, non plus de sang, mais d’argent a pris la place. Celles et ceux qui militent pour toujours plus de nivellement font le jeu de cette oligarchie financière. Il faut faire avec.