L’Alchimie, c’est un peu la recherche de l’unité perdue. C’est une forme de nostalgie.
Le modèle d’univers sur lequel elle repose, qui est une mythologie, semble être celui d’une essence primordiale unique qui se serait scindée en essences secondes, par accident, causant la multiplicité des choses.
Avec le principe de l’univers créé par Dieu, introduit par le christianisme en occident, la mythologie alchimiste a été abandonnée, donc les réflexions alchimiques aussi et la science moderne est née.
En effet, le Dieu créateur crée les choses ex nihilo. Il n’y a pas d’essence primordiale dans ce cadre. Dieu crée directement l’Univers comme un tout, il crée simultanément une pluralité d’existences.
Pour illustrer, prenons l’exemple des fleurs et des abeilles.
Dieu crée en même temps les fleurs et les abeilles pour que les fleurs soient pollinisées par les abeilles et pour que les abeilles soient nourries par les fleurs. Il n’est pas possible de faire dériver logiquement les fleurs des abeilles ou les abeilles des fleurs, il faut que les deux existent en même temps, comme un tout, chacune de ces espèces étant indispensables l’une à l’autre : Dieu crée le biotope, la biocénose, donc l’écosystème complet.
C’est pareil pour l’homme et tous les animaux sexués : Dieu crée en même temps le mâle et la femelle. Il faut qu’il en soit ainsi, puisque s’il n’y avait pas dès le départ la dualité mâle/femelle, aucun animal n’aurait pu faire de progéniture.
En Alchimie, le problème est traité différemment : il faut une chose primordiale et l’alchimie dira que c’est l’oeuf. Les divers courants de pensée alchimiques essayeront de trouver une logique qui permet de passer de l’oeuf primordial au monde actuel.
Au problème de "l’oeuf et la poule", l’alchimie répond : c’est l’oeuf qui préexiste à la poule ; tandis que le christianisme répond : c’est la poule qui préexiste à l’oeuf. Ces deux conceptions sont inconciliables.
L’Alchimie recherche l’unité de l’essence primordiale, chose que ne peut chercher le christianisme, qui conçoit un Dieu primordial ayant créé une pluralité d’existences initiales. L’Alchimie ne sait pas réellement concevoir le pluralisme. Il lui faut toujours essayer de tout confondre, de tout amalgamer.
Notre modèle de science actuel est chrétien : la cause crée la conséquence en acte, comme Dieu crée l’existence en acte.
Les fruits de cette conception de la causalité ont été tels que l’alchimie en fut ringardisée, ce qui ne me dérange nullement.
En effet, actuellement, le pluralisme est la réalité. Qui peut nier la pluralité des familles, des sociétés, des religions, des animaux, des végétaux, des étoiles, des galaxies et des planètes ? Comme notre réflexion, si elle se veut rationnelle et expérimentale, ne peut partir que du monde actuel, mieux vaux donc adopter un paradigme pluraliste, qui correspond à la réalité factuelle, plutôt qu’un paradigme moniste (http://fr.wikipedia.org/wiki/Monisme) qui ne correspond qu’à une spéculation incertaine, une rêverie.