@micnet
Je ne sais pas. Je me méfie de ces interprétations étroitement idéologique du christianisme ou des Evangiles. De mon point de vue, le christianisme a créé des conditions favorables à l’émergence de certaines forces historiques, mais tout cela en relation avec un contexte. On pourrait d’ailleurs aisément démontrer que des idées chrétiennes "devenues folles" ont aussi bien influencé des libéraux que des marxistes. Aux yeux de certains économistes, Jésus était un "libéral", voire une sorte d’anarcho-capitaliste avant l’heure. A l’inverse, des socialistes et des révolutionnaires exalteront la figure extatique et sacrificielle du Messie, ou encore le désintéressement tendre de Jésus. Mais Jésus n’était par ailleurs pas un tendre, il pouvait aussi se montrer colérique et intransigeant, en particulier auprès des apôtres. Je crois qu’il faut accepter la "polysémie" du personnage et ne pas chercher à affilier idéologiquement le christianisme.
Le problème, si l’on est honnête, c’est que le siècle des Lumières nous a
fait passer de " l’individu-responsable" (c’est à dire conscient de ne
pas être une fin en soi) mis en avant par le christianisme à
"l’individu-roi", c’est à dire se considérant comme ’auto-suffisant’
Avez-vous lu les Lumières ? Je suis désolé de poser la question mais la plupart des gens qui crachent à longueur de temps sur Voltaire et Rousseau n’ont en règle général pas lu 20 lignes de ces auteurs depuis le lycée - dans le meilleur des cas - et se contentent de vomir avec les autres...
Les Lumières défendaient au contraire l’idée d’autonomie individuelle conjointement à celle d’utilité sociale. Ce concept d’utilité sociale réciproque et librement consentie entre les hommes n’existait pas, pour ainsi dire, avant la Révolution. Chacun suivait le sillon où l’existence l’avait placé. Ce souci d’utilité sociale revient constamment sous la plume des Diderot, d’Alembert... on trouve des textes qui passeraient aujourd’hui pour fondamentalement réactionnaires dans l’Encyclopédie, notamment au sujet de l’assistance publique, des indigents oisifs, etc. Marion Sigaut passe d’ailleurs son temps à dauber sur les aspects les plus durs du nouveau régime mis en place sous la Révolution (la fameuse loi le Chapelier, la fin des corporations...) et à exalter l’espèce de communisme primitif que constituait le servage, où chaque paysan se voyait au moins assurer le pain en échange de la perte de sa liberté....
Bref, il me semble que c’est un peu plus complexe. Je me sens libéral au sens où je considère qu’il est préférable de vivre dans un monde où je peux payer les conséquences de ma liberté plutôt que dans un monde où des "figures d’autorité" se chargeront de m’ôter le poids de la liberté, des erreurs, des échecs et des recommencements... c’est pourquoi je n’aime pas le monde de la Tradition, même si je lui reconnais une certaine beauté formelle. Tout cet ordonnancement stérile...
Je me sens aussi libéral au sens où j’admets que la vérité n’est par forcément une et que deux points de vue peuvent être simultanément vrai ; et que la vraie sagesse consiste alors à dépasser cette contradiction pour dégager une nouvelle voie... le progrès, en quelque sorte.