« La démocratie en santé n’est qu’une vaste mascarade. » Thomas Dietrich, haut fonctionnaire, (ex)responsable du secrétariat général de la CNS Conférence nationale de santé
COMMENT MARISOL TOURAINE ÉTOUFFE TOUTE DÉMOCRATIE DANS LA SANTÉ :
4 mars 2016 - ANALYSE - En confiant les rênes de la nouvelle institution
représentative des patients à une unique association subventionnée par
l’État, la ministre de la Santé entend écarter du débat les voix
dissonantes.
[.......] Or, la ministre entend en confier les clés à une seule et unique
association de patients, le Collectif interassociatif sur la santé
(CISS), plutôt proche de la gauche.
« On ne peut pas passer par la
création d’un parti unique des patients et des usagers, qui dérivera
vers une navrante pensée unique » Associations UFC-Que choisir et CLCV
Pour preuve, huit des dix membres du « comité technique » préfigurant la
future institution sont issus des rangs du CISS - les deux autres sont
des hauts fonctionnaires. Quant aux autres « associations agréées » en
santé, elles n’auront qu’à envoyer une contribution écrite. Même le
Collectif interassociatif, mal à l’aise sur le sujet, se dit étonné et
embarrassé par cette situation de monopole. Certes, le CISS représente
40 associations de patients spécialisées dans le diabète, l’hépatite C,
le sida, etc. Mais il a surtout l’avantage pour la ministre de la Santé
de souvent soutenir ses réformes, fortement contestées par ailleurs. En
revanche, les associations de consommateurs et d’usagers de santé, comme
la CLCV (Consommation Logement Cadre de Vie) et l’UFC-Que choisir, plus
turbulentes, sont en voie d’être exclus totalement du système. Pour
essayer d’éviter ce sort, elles ont donc envoyé une lettre ouverte
mercredi à Marisol Touraine.
« La démocratie sanitaire ne peut pas
passer par la création d’un parti unique de représentation des patients
et des usagers, qui dérivera nécessairement vers une navrante pensée
unique qui affaiblira le système de santé dans son ensemble »,
tempêtent-elles.
C’est d’autant plus vrai que ce futur « parti unique » des patients manque
singulièrement d’indépendance financière. Le CISS est subventionné à
près de 80 % par la puissance publique. Concrètement, sur un budget de
2,9 millions d’euros en 2014, 2,4 millions provenaient de subventions.
Malgré ces temps de disette budgétaire, Marisol Touraine s’est
d’ailleurs personnellement attachée à assurer l’avenir financier de
l’association. Grâce à un discret article du budget de la Sécu pour
l’année 2015, le CISS est devenu l’unique destinataire, ou presque, des
subventions aux associations de patients et d’usagers de la santé. En
somme, la puissance publique a choisi son interlocuteur unique, qu’elle
finance quasi intégralement. En matière de démocratie, on a vu mieux.
Ce n’est pas tout. Le verrouillage de la démocratie sanitaire par
Marisol Touraine passe aussi par l’enterrement d’institutions un peu
trop indépendantes à son goût, comme la Conférence nationale de santé
(CNS, 130 membres issus de la société civile chargée de donner des avis
sur les grands sujets de santé).
Le secrétaire général de ce
« parlement de la santé » créé en 2004, Thomas Dietrich, a claqué la porte
du ministère avec grand fracas il y a à peine quinze jours. « J’en suis
désormais convaincu, écrit ce jeune haut fonctionnaire dans une
« contribution » de 28 pages : « La démocratie en santé n’est qu’une vaste
mascarade. »
source : lefigaro.fr
CNS 2016 : Démission de Thomas Dietrich
qui dénonce les pressions exercées sur la Conférence, ainsi que la
mascarade que représente selon lui la démocratie en santé. Il publie à
cette occasion un document de 23 pages intitulé « Démocratie en santé : les illusions perdues »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_nationale_de_sant%C3%A9