@yoananda
Nietzsche ne condamne qu’une certaine forme de pessimisme, le « pessimisme romantique », c’est-à-dire l’attitude qui consiste à condamner le monde réel, en affirmant qu’il est douloureux, et à croire en un monde idéal inventé pour supporter le monde réel. C’est le cas de Tolstoï, de Wagner, mais aussi – – – de Schopenhauer selon Nietzsche. Ce que le moustachu condamne dans le pessimisme est le fait qu’il soit le symptôme d’une vie affaiblie : le fait de se demander si ne-pas-être vaut mieux qu’être est le signe que l’on est une vie « décadente », c’est-à-dire malade et déclinante. Il est impossible à l’homme d’évaluer la valeur de la vie, car l’homme est lui-même un être vivant : celui qui évalue est la vie elle-même. Dans ces conditions, ne pas aimer la vie et la condamner est le signe que l’on est une vie ratée, malade, fatiguée. Le pessimisme est donc le symptôme du nihilisme, plus précisément du nihilisme « passif », c’est-à-dire le sentiment de détresse et d’effondrement qui provient du fait que l’on se rend compte que le monde n’a pas la valeur qu’on lui attribuait auparavant et qu’on se demande « à quoi bon ? » ; « à quoi sert-il de vivre ? ». Au contraire, le pessimisme classique ou romantique est le signe du nihilisme « actif » ou volontaire, lorsque l’effondrement de toutes les valeurs est alors ressenti comme une chance, une occasion unique de créer de nouvelles valeurs. Rappelons que « classique » signifie chez Nietzsche une « volonté de simplification, de renforcement, de manifestation du bonheur, de fécondité » (Fragments posthumes, tome XIII).