En tout cas, il me paraît difficile de se dire libéral (donc rationnel) tout en étant philosophiquement opposé au principe même de l’avortement. Il y a là une contradiction flagrante, à moins de réduire le libéralisme à un simple marché d’opinions neutres, comme le font les relativistes et les Tartuffes.
Rationnellement, on ne peut pas poser le débat sur le plan moral en faisant abstraction des progrès de la médecine ou du fait que la mortalité infantile est beaucoup moins élevée qu’au XVIIème siècle. Il y a l’avortement. Mais il y a aussi les pontages coronariens, les bébés-éprouvettes, les transplantations, les aides à la contraception. Pour chaque vie qu’elle "empêche", la médecine moderne sauve ou offre 10 fois la vie.
Les intégristes voient la mort là où il y a la vie, et la vie où il y a la mort. A leurs yeux, un embryon de quelques semaines est vivant, mais un légume réduit à une existence végétative n’est pas mort. C’est quand même une tournure d’esprit résolument morbide. Paradoxalement, ce sont eux qui réduisent la vie à un biologisme radical.
J’ai beaucoup de mal à comprendre comment on peut "segmenter" moralement les progrès de la médecine, c’est en réalité un tout.