@Qiroreur
Je lis beaucoup la presse britannique et le déni prend chez eux une forme très particulière. Nombre de commentateurs libéraux mais aussi conservateurs outre-Manche et outre-Atlantique ont vu ou plutôt ont voulu voir dans les attentats en France l’échec du système français d’intégration et le produit de la laïcité honnie (décrit comme un véritable "sécularisme national"). Des chercheurs américains ont même suggéré que que la "culture politique française" était le substrat du terrorisme. Le New York Times a alimenté l’été dernier la pseudo-polémique autour du burkini en ouvrant ses colonnes au CCIF. Obama ne s’est pas rendu à Paris après les attentats de Charlie Hebdo car il ne voulait pas que sa présence soit interprétée comme une défense des caricatures du prophète. Les médias anglo-américains n’ont pas adhéré très longtemps à l’esprit Charlie et n’ont pas diffusé les caricatures à de très rares exceptions.
Globalement, l’idée selon laquelle le multiculturalisme anglo-saxon serait la solution (et non une partie du problème) reste dominante dans les analyses que l’on peut lire dans les médias. A chaque attentat en France, les problèmes des banlieues françaises et des difficultés sociales de la "jeunesse immigrée" sont complaisamment mis en scène dans les médias pour discréditer le "modèle français" et mettre en valeur le communautarisme anglo-saxon, promoteur de carrières et portuer d’espoir. Les Français ne savent pas intégrer, ils restent prisonniers de leur mentalité coloniale alors que le système multiculturel hérité de l’Empire Britannique a fait ses preuves et démontré son efficacité à faire cohabiter des cultures différentes au sein d’un même espace (même si celui-ci était colonial...). L’Islam a donc vocation à trouver toute sa place dans ce système intrinsèquement supérieur qui ne saurait être profondément remis en question.
Pourtant les villes anglaises ont été régulièrement frappées depuis une dizaine d’années mais il n’y a jamais eu aucune remise en cause du modèle social ou de la politique de sécurité. On est très loin en tout cas de la crise d’identité nationale provoquée en France par les attentats.