Il y a quelques soucis au niveau du protocole de sciences
citoyennes. J’en vois deux essentiels : la centralisation du tirage au
sort et le fait qu’il soit confié à des firmes expertes d’une part, d’autre
part ce goulot d’étranglement dans le choix de ceux appelés car
"notablement divergents" à éclairer le tirés au sort dans ces
conventions. Je vois quelques autres soucis aussi, mais ces deux là me semblent
assez graves.
------> Aucun protocole n’est parfait
de manière générale, il y’aura toujours des faiblesses. L’important étant qu’il
soit perfectible pour être le moins mauvais possible, la politique étant l’art
du possible et non celui de la perfection.
Quand vous dites « centralisation du
tirage au sort », de quoi parlez-vous exactement ? Du contrôle du
processus de tirage au sort, avec l’idée que ceux qui ont la main sur le
processus puissent influer le mécanisme de sélection des citoyens par delà les
réglementations afin de placer leurs créatures dans les conventions ?
Pour ce qui est du goulot d’étrangement
dont vous parlez, il faut bien l’insérer dans l’ensemble : un comité de pilotage rassemblant des experts ayant des avis
contradictoires établit préalablement le programme de formation en se
mettant d’accord par consensus. Ce sont des
scientifiques qui ont malgré leurs avis divergent une base théorique commune et
qui peuvent bien évidemment se mettre d’accord sur un programme de formation.
Je vais prendre un exemple : supposons que la question à traiter soit une
proposition de loi quelconque concernant l’impact des firmes agroalimentaires
sur l’incidence du diabète !
Le programme de formation consistera à faire assimiler aux
tirés au sort des généralités sur le diabète et la nutrition : il existe
beaucoup de désaccords entre experts sur la question à traiter pourtant malgré
ces divergences, ces experts ont un savoir théorique fondamental commun et
peuvent bien s’entendre sur un programme de formation. Les experts en question
vont tout de même s’entendre sur la définition du diabète et sur sa
physiopathologie par exemple. 
Je ne connais pas de thématique qui feraient que des experts
auraient des savoirs théoriques totalement opposé au point qu’ils n’auraient
aucun savoir théorique de base en commun.
C’est après le programme de formation élaboré par consensus
que les avis contradictoires vont s’exprimer sur la question. Ceux qui vont
élaborer le programme de formation ne sont pas ceux qui vont donner la
formation aux citoyens tirés au sort. Ensuite les formateurs seront bien
évidemment dans la salle pendant que leur collègue fera cours. Il n’est pas
question d’interrompre l’expert qui s’exprime en cas de dérive idéologique bien
évidemment, mais les autres pourront intervenir une fois qu’il aura terminé.
Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas
de former les tirés au sort pour en faire des experts, ce n’est pas le but et
ce serait absurde de tenter de le faire en deux weekend (un consacré à la
formation et un autre aux questions /réponses). Il s’agit avant tout de
leur faire assimiler des généralités pour la suite du processus (qui
prendra au total entre 6 et 9 mois) qui se soldera par des choix politiques.
D’ailleurs, il faut savoir que les politiques professionnels prennent encore
moins de temps et de précaution pour apprendre des généralités sur des
problématiques auxquels ils ne connaissent rien mais sur lesquels ils doivent
trancher en beaucoup moins de temps.
Dans les expériences existantes, on se rend
compte que la plupart des volontaires ne connaissent rien au sujet
qu’ils vont étudier. Mais ce qui est intéressant, c’est que dans le
processus, les citoyens tirés au sort
demandent d’eux mêmes l’intervention d’experts qu’on ne leur a pas présenté,
c’est aussi une façon de rectifier partiellement certains inconvénients.