@Qirotatif
Je souhaiterais vous poser une question : faites-vous la différence entre le traitement culturel et le traitement politique d’un problème ? Comprenez-vous le sens de cette question ? La religion pose des problèmes politiques et des problèmes culturels, mais si vous voulez traiter les problèmes culturels politiquement et les problèmes politiques culturellement, ou bien ne chercher que des solutions culturelles ou bien uniquement des solutions politiques aux deux sortes sortes de problèmes, rien ne fonctionnera jamais. Et généralement, tout ce que l’on fait ainsi maladroitement ne fait qu’aggraver les problèmes ou créer de nouveaux problèmes avec les fausses solutions mises en oeuvre.
Par exemple, la manière dont les gens s’habillent peut poser un problème culturel se traduisant par une hostilité au sein de la population mais c’est impossible à résoudre politiquement (donc juridiquement) en France au-delà de l’interdiction de cacher son visage (d’ailleurs même la nudité n’est pas strictement interdite en tant que telle). C’est donc un problème à traiter sur le plan culturel (je ne vous dis pas ici comment). Un problème culturel comme celui des jupes courtes ou des cheveux longs dans les années 1960, ou celui qu’a posé l’arrivée du piercing facial accompagnant le mouvement punk dans les années 1980. La question s’est réellement posée, d’autant plus que le style punk a été associé aux mouvements d’extrême-droite ultra-violents et en même temps à l’apologie de la drogue et du suicide. Comment interdire par une loi à un collégien d’avoir dans la salle de cours un anneau sur la paupière et des cheveux verts alors que sa petite soeur a une boucle perçant le lobe de son oreille ainsi que la plupart des femmes politiques en plus de leur teinture capillaire ? Réponse : c’est impossible car la loi doit formuler des règles applicables à tous, son principe étant par définition l’égalité.
A l’inverse, le problème posé par les prières de rue est intraitable culturellement et réclame un traitement simplement juridique et administratif (donc politique). Les agents de police municipale doivent appliquer la règle sans même se soucier du motif du regroupement illégal qu’il disperse. La religion des gens regroupés dans la rue et gênant la circulation des passants ou des voitures ne devrait même pas être mentionnée, ou plus exactement volontairement ignorée en application du principe de laïcité (la République française ne reconnaît aucune religion, elle n’a pas compétence en ce domaine). Même chose si quelqu’un se met à hurler dans la rue en peine nuit en s’accompagnant au tambour au nom d’une religion qu’il vient d’inventer : il se fera embarquer et passera probablement la nuit en cage, non par persécution religieuse mais parce qu’il fait du tapage et empêche les gens de dormir.
Certes, une autre solution consisterait à abandonner la laïcité et choisir constitutionnellement de définir la France comme une nation catholique ou bien athéiste si l’on préfère. Dans ce cas, la logique serait différente et par exemple l’Islam pourrait être interdit et sa pratique sanctionnée ou fortement contrôlée par une police religieuse pouvant pénétrer dans les domiciles à toutes les heures du jour et de la nuit pour fouiller à la recherche d’objets de culte ou surprendre les gens en train de prier. C’est possible, mais cela présente des inconvénients peut-être plus grands que les avantages. 