J’ai l’impression aussi que les débats sont déviés par le côté grandiloquent ou extatique associé au mot "joie" ou "bonheur". Ces mots sont connotés stupidement à cause de l’imagerie publicitaire qui nous en donne une version emphatique ridicule et mensongère. Du coup, on s’imagine soi-même ridicule et mensonger a être en quête de bonheur et de joie.
C’est pourquoi je préfère l’approche négative : je ne sais pas ce qu’est la joie, mais je sais ce qu’est la peur et la souffrance. A partir de là, "Comment vivre avec le moins possible de peur et de souffrance" me semble une question qui n’a rien de ridicule. Elle est saine et naturelle. Ensuite, la réponse qui vient naturellement est "Pas en fuyant la peur et la souffrance sans chercher à les comprendre, car elles courent plus vite que moi, mais en observant ce qui produit en moi quand je suis peur et souffrance." Je dis bien "quand je suis peur et souffrance" car à ce moment là, il n’y a pas un moi séparé de la peur et de la souffrance qui serait affecté par une "peur" et une "souffrance" extérieures. Il y a juste un moi effrayé et souffrant. Ce "moi-peur et souffrance" peut se percevoir lui-même à l’instant même où il est en train de se donner une forme "peur et sa souffrance" et alors se produit quelque chose qui ne peut pas être décrit.