@ ErQar et maQiavel
Les remarques d’ErQar sont intéressantes : c’est vrai que le terme de transcendance peut prêter à confusion. Il faut effectivement le prendre ici comme signifiant "ce qui dépasse l’individu et lui permet de se retrouver dans une communauté nationale". Concrètement, c’est ce qui fait qu’un Français peut se dire que la France existait avant lui et qu’elle existera après lui (peut-être) et que sa conscience et son action politique ou au service de la nation (ne serait-ce que comme citoyen) s’inscrit dans un projet, une mission ou une idéal, bref quelque chose qui le dépasse en tant que simple ego.
Cependant même à ce niveau, on peut déjà trouver ça un peu "religieux" ou du moins y sentir quelque chose qui relève d’une mystique nationale, voire nationaliste (inclination qui a déjà produit des effets pour le moins fâcheux dans l’histoire).
L’autre piège consiste à confondre cette transcendance avec la culture du pays. C’est une tendance qui a été insufflée par André Malraux et sa mystique culturelle. Par exemple, pour lui, l’art remplaçait au XXe siècle la religion en tant que quête spirituelle (ce que prétendaient d’ailleurs aussi certains artistes). Il aurait du en tirer la conclusion que l’Etat laïque devait rester neutre en matière de musique, de théâtre, de peinture, etc. Or, au lieu de ça, Malraux et son entourage ont malheureusement amorcé une tendance complètement inverse qui a aboutit à l’effet Jack Lang, perversion et supercherie superbement démontée dans un livre dont je conseille la lecture attentive à tout le monde :
L’Etat culturel - Essai sur une religion moderne
Pour cette raison et pour bien d’autres, je suis très méfiant avec cette notion de transcendance en politique et de toutes les sortes d’emportements mystiques associés à l’Etat, à la nation, au domaine publique, bref à la sphère politique. C’est une conception qui vient d’une époque où les sphères politique, économique et culturelle était confondues. Nous ne vivons plus à l’époque de Pharaon ou du Roy de France très chrétien.
Maintenant, il est vrai que cela n’écarte pas la dimension du sens de la nation (est-ce que "être Français" signifie quelque chose ou pas ?) Il y a sans doute une proposition à reformuler sans copier les modèles périmés. Comme il est dit fort à propos dans le débat, il faut pour cela de l’imagination politique.
Personnellement, il me semble qu’on doit s’y engager avec tempérance et en évitant tout romantisme (laissons le romantisme aux poètes et évitons d’appeler de nos voeux la venue d’un moderne Néron). Peut-être tout simplement en considérant que chaque nation représente et incarne une couleur particulière de l’humanité. Quelle est la mission de la France ? De quelle couleur particulière est-elle la gardienne ? Quelle note doit-elle faire entendre dans le concert des nations ? Oups... Attention, je commence à dériver vers le romantisme !!!
