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Commentaire de Sentero

sur Chouard : j'ai dit une énorme connerie - Elisabeth Lévy : certains de vos propos me font dire que vous êtes l'idiot utile d'autres...


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Sentero Sentero 18 juin 2019 00:55

@maQiavel et Belenos

Le problème est qu’en France dès lors qu’on a été scolarisé jusqu’au bac on a forcément eu connaissance des chambres à gaz plusieurs fois... et que à partir de là dire "je ne sais pas" n’est pas neutre car implicitement cela signifie que l’on remet en cause une parole universitaire ou académique relayée par l’EN (plus les grands médias, les grandes institutions gouvernementales, judiciaires etc)... moi cela ne me dérange pas du tout mais ce n’est pas neutre... et le faire surtout à priori sans rien connaitre au dossier (sauf ce qu’on a appris scolairement justement...) c’est donc manifester une défiance à la base par rapport à tout cet ensemble d’institutions... cela peut paraître choquant pour beaucoup de gens qui à priori (à tord ou à raison) font confiance dans ses institutions (jusqu’à preuve du contraire).

Bien sur si EC disait cela à propos de la planète Neptune... je ne sais pas si elle existe je ne suis pas un spécialiste de la question etc etc... il manifesterait le même type de défiance à priori des institutions envers une parole académique scientifique institutionnelle... mais cela ne choquerai pas grand monde, on trouverai cela excentrique et probablement il perdrait une bonne partie de son crédit pour beaucoup de gens qui le prendraient désormais pour un hurluberlu inoffensif mais peu crédible (un peu comme pour les platistes)... sauf que là avec les chambres à gaz il touche un thème qui est de l’ordre du "sacré" et non du religieux.

Quand j’étais à l’armée pendant les classes un gradé nous a présenté le drapeau du régiment (il s’agissait des troupes de marine, l’ancienne coloniale, où les traditions sont restées importantes) en nous annonçant qu’il était inestimable... un jeune soldat a fait remarquer que ce n’était qu’un bout de tissu (dans l’absolu il avait tout à fait raison, un drapeau n’importe lequel n’est objectivement qu’un bout de tissu) et l’adjudant est rentrée dans une colère noire, je me souviens même qu’il lui avait conseillé de ne jamais répété cela devant certains soldats (pas des jeunes appelés comme nous, mais des soldats de métiers) car il se ferait casser la gueule illico... cette surréaction montre que ce jeune soldat avait commis une sorte de sacrilège et pourtant l’honneur, l’amour du drapeau et en général le patriotisme n’est pas un phénomène religieux mais porte quelque chose de sentimental... un attachement fondamental (mais "appris" pas inné) lié à l’admiration que l’on a pour son pays mais aussi beaucoup aux sacrifices que certains ont fait en son nom...

Le cas du génocide des juifs me fait penser à ça, ce n’est pas une "religion" comme certains le disent (pas plus que pour moi le patriotisme est une religion) et d’ailleurs le terme est particulièrement ambigu dans ce cas car il mélange le génocide qu’à subi une communauté religieuse avec sa religion... on pourrait finir par croire que le "shoatisme" serait devenu un avatar du judaïsme ce qui est aberrant et fallacieux...
D’autant plus qu’en réalité ce génocide est associé étroitement à bien d’autres groupes de victimes (Tziganes, résistants, résistants déportés, FFL, soldats de 40, bombardés, Malgrès nous...). D’ailleurs les négationnistes purs et durs ne nient pas que les chambres à gaz (et le génocide des Juifs) mais aussi une grande partie des exactions du régime Nazi (présenté comme une victime des Alliés des Juifs etc etc...) sur d’autres groupes mémoriels, ils peuvent nier des exécutions d’otages, des déportations et tortures de résistants... ou même par exemple le massacre d’Ouradour sur Glane... la négation du génocide des Juifs cache donc la négation des souffrance d’autres groupes mémoriels en particulier les Tziganes (car si on a pas gazé les Juifs et bien les Tziganes non plus n’est-ce pas). Tout ça pour dire que bien sur pour beaucoup de Juifs surtout mais aussi de Français d’autres groupes mémoriels ou tout simplement de Français conscient des sacrifices (ou des sacrifiés) de nombreux compatriotes dans la deuxième guerre la Shoah est devenue en effet un phénomène qui touche au sacré ou qui est un élément constitutif d’un sacré plus grand (relié à des sacrifices passés bien antérieur)... donc le nier voire même en douter touche au sacrilège... c’est un problème en particulier quand ce sacré est instrumentalisé par certains (mais c’est un tout autre sujet).

Dans l’Entre deux guerres je ne donne pas cher de la carrière et de la réputation d’un homme politique qui aurait pris à la légère le sacrifice des poilus de la Grande guerre, en le minorant, en le tournant en dérision, ou en expliquant que la Mère patrie ne méritait pas un tel sacrifice et que tout cela avait été complètement inutile et absurde... les groupes et associations d’anciens combattants jouaient un rôle important dans la société et dans l’opinion publique de l’époque et désapprouvaient parfois brutalement ce genre de discours... on est un peu dans le même "sacré" que la Shoah.
Je le répète c’est un problème mais finalement pas au niveau des historiens qui n’ont que faire de ce "sacré" et qui, loi Gayssot ou pas progressent, dans la connaissance de la Shoah ex le chiffre communément cité (dans les années 1950 avant tout travail de fond) de 100 000 Juifs français déportés vers l’Allemagne a été ramené à 76 000 par Serge Klarsfeld au début des années 1980 et ce travail de recensement (qui minore les estimations de départ) aurait tout aussi bien pu être fait de nos jours avec la loi Gayssot. Le problème est surtout médiatique et politique (mais c’est un autre sujet) et je suis très étonné que Chouard n’en ai pas pris conscience bien avant... et qu’il n’ai pas été moins "léger" sur la question car il doit bien sentir qu’elle mobilise encore un affect considérable pour de nombreux Français dont beaucoup de journalistes... bref.

Enfin Chouard a fait à mon avis une autre erreur... en manquant un peu de psychologie... admettons que vous connaissez quelqu’un, c’est peut-être pas un ami mais une relation, une connaissance... cet homme est vraiment intelligent voire brillant mais vous savez aussi qu’il lui arrive d’être un peu mythomane, ou disons de se vanter de choses qu’il n’a pas toujours fait... une fois en discutant avec vous il vous explique qu’un jour il a gagné une partie d’échec contre tel champion d’échec réputé dont le nom vous dit quelque chose... là vous êtes embêté car vous ne connaissez pas assez cette personne pour savoir si c’est un bon joueur d’échec (joueur amateur probablement mais peut-être très bon) ou pas... évidemment vous doutez forcément de sa parole qui n’est pas toujours sure mais il y a trois réactions possibles...
-soit vous le félicitez pour sa performance,
-soit vous vous montrez indifférent mais quand on vous annonce une telle performance, cela pourrait être pris pour du scepticisme, de la jalousie...
-soit vous manifestez ouvertement votre scepticisme et remettez donc sa parole en doute frontalement..
La réaction naturelle pour des individus socialisés comme nous sommes sera de le féliciter (en n’en pensant pas moins... cad que si on en a l’occasion on vérifiera discrètement si c’est vrai ou pas) car douter ouvertement (ou en restant indifférent) serait non seulement manquer de politesse mais aussi de socialité et de "confiance"... En effet dans ce cas vous présumez, sans en être certain, qu’il vous ment et en plus vous le lui dites ce qui est toujours très mal accepté.
Le bon sens conseille donc de douter (et comme vous dites Belenos on ne choisit pas de douter on doute c’est tout) mais de ne rien en dire en attendant de trancher... c’est une simple question de sociabilité, de présomption de confiance.
Bien sur il y a une part d’hypocrisie mais une bonne partie de nos relations sociales sont basées sur cette capacité de dissimulation (voir le Misanthrope)... combien de temps tiendrait la société si nous nous disions en permanence nos quatre vérités dans la sphère privée, familiale, professionnelle... je pense que dans l’interview Chouard aurait dû clairement éviter de montrer un quelconque scepticisme (un scepticisme neutre ou un scepticisme positif) par rapport à la question précise qui lui était posé (d’autant plus qu’il avoue lui même être incapable de savoir si les chambres à gaz ont existé ou pas) et qu’il aurait même dû adopter une réponse montrant une adhésion positive à la thèse présentée... donnant ainsi un espèce de gage de présomption de confiance que personne ne pourrait lui reprocher....

Je ne suis pas sur si j’ai été bien clair en expliquant comment je voyais les choses d’un point de vue psychologique ? ... mais j’ai déjà beaucoup trop écrit  smiley


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