@Norman Bates
-Ce
processus constituant n’aurait aucun sens dans une démocratie puisqu’il s’agirait
déjà d’une démocratie. C’est bien parce que nous ne sommes pas dans cette
situation là mais dans une France oligarchique qu’il prend tout son sens, c’est
un processus qui est conçu pour lutter contre les oligarchies.
-Donc
évidemment que l’oligarchie qui est bien plus puissante ne croisera pas les
bras et fera tout pour torpiller ce processus, les choses ne vont pas se passer
de façon apaisée. C’est pour ça que c’est un combat et que l’échec est une
possibilité. C’est pour ça que la rage et la violence ne suffit pas. Et c’est aussi
pour ça que je parle de stratégie et de tactique. Dans le cas contraire, ce
serait une promenade de santé et ce ne sera jamais le cas, c’est une lutte très
difficile qui doit être menée avec intelligence. Et croire qu’elle peut être gagnée
en un claquement de doigt serait complètement illusoire. Je sais qu’il y’a des
gens qui se montrent impatient mais la réalité est là : le rapport de
force n’est clairement pas en notre faveur. Il faut travailler à l’inverser et
ça, ça demande du temps et du recul. Dans ce genre de lutte extrêmement difficile,
on n’a pas le luxe de se montrer impatient et irréfléchis comme un enfant roi dont
la volonté est gouvernée par la satisfaction de ses désirs immédiats, vouloir
tout tout de suite est la meilleure garantie de faire n’importe quoi, c’est la défaite
assurée. Oui la situation se dégrade mais on n’a pas le luxe de pouvoir faire
vite : on est faible. Ceux qui ont ce luxe de pouvoir agir rapidement sont
forts. Et gagner en force demande de la patience et du temps, c’est regrettable pour ceux qui veulent tout tout de suite mais comme ça.
-Il n’existe
pas de masse amorphe ou dynamique par nature. Une masse supposément amorphe
peut devenir dynamique et inversement, c’est une question de circonstance. Et l’une
des circonstances qui fait passer les masses de la passivité au dynamisme, c’est le
stress social. Il est illusoire de s’attendre
à un basculement du jour au lendemain dans une société de consommation qui a le
consentement de la grande majorité de la population, il n’y a qu’une grande crise
qui peut apporter ça. C’est quelque chose qui apparait très nettement quand on
s’intéresse à l’histoire des restructurations sociales : le propre des
grandes crises, comme situations à évolutions fulgurantes, c’est que les
opinions aussi connaissent des évolutions fulgurantes. Là on va vivre dans les
années qui vont venir une crise économique très intense qui va précariser des
pans entiers de population et c’est justement une forme particulière de stress
social. De cette crise vont naitre des insurrections et des révoltes. Tout
dépendra de la capacité à s’appuyer là-dessus et à rassembler les différents
mouvements derrière une idée forte. Ça peut échouer, c’est meme le plus probable. Mais ça peut aussi marcher.